Ivain

Jour 12 - "Spicey"

Oct 20th, 2023 (edited)
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  1. Après une nuit bien plus confortable qu’à leur accoutumée, ainsi qu’une grasse matinée bien méritée, l’enfant et le vieillard quittèrent le village.
  2.  
  3. Ils descendirent de nouveau dans la plaine ; mais celle-ci était bien plus clémente que les précédentes. Une multitude de sapins solitaires et d'aiguilles rocheuses naturelles offraient de l'ombre aux voyageurs, jusqu’au zénith. Un mistral frais venu de la mer zigzaguait entre ces obstacles et secouait leurs tignasses, comme pour en égoutter la sueur. Ils purent ainsi marcher toute la journée sans faiblir. Dans la lumière déclinante du soir, ils arrivèrent devant une petite cascade, que formait une rivière fougueuse en dévalant une colline jusqu’à un bosquet de conifères.
  4.  
  5. « Continue », déclara subitement le vieil homme, « moi je fais le camp. »
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  7. Perplexe, le garçon ne put que demander bêtement :
  8.  
  9. « Continuer où ? »
  10.  
  11. Son guide répondit par un vague geste en direction de la butte. Il avait déjà commencé à ramasser du bois pour le feu.
  12. Lohim commença à gravir la pente, incertain. Avant d’en passer le faîte, il entendit le vieillard lui lancer une dernière remarque :
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  14. « Je fais le camp pour une seule personne, alors ne sois pas pressé de revenir ! »
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  16. « Quoi ? T’es sérieux ? »
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  18. Pas de réponse. Il voulut insister, mais une lueur attira son regard. Sur la toile sombre et rougeâtre du crépuscule, elle se détachait nettement. Une sorte de boule de lumière pâle, qui flottait un bon mètre au-dessus du sol, en amont de la rivière. Une luciole ? Non, l’éclat en était trop fort. Était-ce cela que l’on appelait un feu follet alors ? Peut-être… il s’était laissé dire que les feux follets n’apparaissaient que dans les marais. Et si le terrain était effectivement humide près du cours d’eau, on ne pouvait pas le qualifier de marécageux.
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  20. Il s’avança doucement vers la lueur, soucieux de ne pas faire fuir la créature – si toutefois c’en était une. Au fur et à mesure qu’il s’approchait de la source lumineuse, celle-ci semblait rapetisser. Et bleuir. À quelques pas du phénomène, il ne voyait plus qu’une petite sphère couleur azur, pas plus grosse qu’un abricot. Il s’approcha encore. C’était une sorte de flamme transparente, figée, qui ne produisait aucune chaleur. En son centre, il vit un point de lumière blanche. À y regarder de plus près, ce cœur de la flamme ressemblait fort à ce qu’il avait aperçu depuis le haut de la pente. Il fronça les sourcils, puis, frappé d’un éclair de génie, s’écarta sur le côté, sans détacher les yeux de cette nouvelle perle de lumière.
  21.  
  22. Effectivement, ce qu’il avait pris pour le noyau de la flamme était un autre feu follet, à une trentaine de pas de là, aperçu à travers le premier. Il marcha vers ce nouvel objectif. Comme précédemment, la lueur vira progressivement au bleu, et sembla se recroqueviller à son approche. Et comme précédemment, à travers son faible éclat translucide, on apercevait encore une autre sphère lumineuse.
  23.  
  24. Il chemina ainsi, de grain de lumière en grain de lumière, pendant près d’une demi-heure. Ce chemin ésotérique lui avait fait longer la rivière, puis l’orée d’un bois de cyprès, puis l’avait simplement fait avancer de manière erratique dans la plaine silencieuse. Enfin, parvenu à son vingtième feu follet, il vit un nouveau genre de lueur en son centre. Elle était rouge orangée, et mouvante. Elle semblait bien plus chaleureuse que ces prédécesseuses. Et de fait, c’était la lumière, bien naturelle cette fois, produite par un feu de camp.
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  26. Il approcha du foyer. Le feu était situé au centre d’un cercle de pierres massives. Ces mégalithes étaient taillés de la main de l’homme, et couverts de runes antiques. Ils étaient alternativement couchés et debout. Sur chaque pierre à l’horizontale, sauf une, était assis un homme, une femme ou un enfant. Lohim n’eut pas de mal à reconnaître des Onirinautes. Déjà parce qu’ils portaient tous le même genre de vêtements simples que celle qu’il avait déjà rencontrée, sans aucune distinction de rang ou de statut social. Mais surtout à cause de l’expression de leur visage, qui paraissait tout à la fois solennelle et distraite. Bien sûr, chacun des adultes portait au front le fameux diadème de bois.
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  28. D’un geste amical, la femme la plus proche du garçon l’invita à prendre place sur le dernier banc de pierre. Les autres ne réagirent pas, sauf les plus jeunes qui lui adressèrent un petit sourire encourageant. Il avait la déroutante sensation d'être attendu. Cela le rendait un peu hésitant. Mais il se rappela que le vieux l’avait peu ou prou envoyé passer la nuit ailleurs. Il n’avait donc pas le choix. Alors il prit place sur le mégalithe, et tenta de prendre part à la conversation.
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  30. En l’occurrence, la discussion n’était pas dans sa langue. Cela ne lui était jamais venu à l’esprit que les Onirinautes puissent avoir leur propre dialecte, étant donné que la seule qu’il avait rencontrée jusque-là parlait couramment le sien. Il ressentit une vive déception – il avait longtemps nourri l’espoir d’être à leur contact, pour profiter de leur sagesse. Il ne voyait pas comment cela serait possible sans pouvoir communiquer. Mais il s’attacha tout de même à écouter ce qui se racontait.
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  32. Phonétiquement, c’était un joli langage, plein de sons doux qu’on produisait avec la bouche à peine entrouverte, semblables à des « ma » ou des « nè », sur différentes notes. Cette litanie, qui donnaient l’impression que toute la conversation était scandée, se mariait très bien avec l’air détaché et légèrement mystique qu’arboraient les Onirinautes en permanence. Elle berçait Lohim. Ces sonorités apaisaient son inquiétude, et tempéraient même son impression d’être un intrus au sein du cercle.
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  34. Avisant son air attentif, l’homme qui se tenait immédiatement à sa gauche se tourna vers lui. Il avait une trentaine d’années, et un physique tout à fait commun si l’on exceptait l’ornement qui ceignait son front. Il savait baragouiner quelques mots dans la langue du garçon, et entreprit de lui indiquer le thème général de la conversation tout au long de la soirée. Lorsque les personnes présentes sortirent le nécessaire pour partager un repas – peu après l’arrivée de l’enfant – il s’attribua également la mission de lui indiquer les bonnes manières à table. Bien sûr, il s’en tenait au strict minimum : faire tourner, attendre, manger, boire… mais cela faisait toute la différence pour le garçon. Il se sentait inclus, et il sentait aussi qu’il apprenait beaucoup.
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  36. La nourriture était correcte, sans plus. Cela ne l’étonnait pas. Qui s’attacherait à cuisiner le meilleur plat possible pour le consommer dans un rêve ? De toute façon, l’intérêt du repas résidait dans la compagnie qu’il avait et dans l’environnement qui l’entourait.
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  38. Au cours du dîner, son traducteur improvisé le délaissa un moment pour converser directement avec sa voisine. Lohim en profita pour observer les alentours. À quelques dizaines d’enjambées, du côté opposé à celui par lequel il était arrivé, il vit le village des Onirinautes. "Hameau" aurait été un terme plus exact. Il ne s’agissait que de quelques demeures spartiates, plus proches des yourtes que des maisons. Elles n’étaient fermées que par un simple rideau, et la plupart de ces "portes" étaient pour l’heure grandes ouvertes. Il pouvait ainsi voir que l’intérieur aussi était passablement fruste, avec un mobilier tout à fait minimal, à l’exception du lit. Chaque lit était grand, richement décoré et semblait extrêmement confortable. Pour un Onirinaute, rien ne devait limiter le temps que l’on passait dans le "vrai" monde.
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  40. Tandis que l’enfant tentait ainsi d’expliquer ce qu’il voyait de ce peuple par ce qu’il savait de leur culture, ses réflexions furent interrompues par un signe de la part de son voisin. Ce dernier lui montra un plat qui circulait parmi les convives. Une sorte de grand bol en terre cuite, rempli avec ce qui semblait être une mousseline mauve. Lohim remarqua que seul les adultes en prenaient, mais aussi que tous les adultes en prenaient. Son traducteur se servit une large portion. Puis il se tourna vers le jeune garçon et essaya de formuler une question. Petit à petit, Lohim comprit ce qu’on lui demandait : est-ce qu’il se souvenait de ses rêves ?
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  42. Pris de court par l’interrogation – c’était la première fois du repas que l’on parlait directement de lui – il répondit en bégayant qu’il se souvenait de certains de ses rêves. Le trentenaire parut satisfait, et lui tendit le bol. Le garçon hésita. Aucun des autres enfants n’y avait eu droit, et d’ailleurs aucun ne semblait avoir essayé. Il demanda à son interlocuteur ce dont il s’agissait.
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  44. Ce dernier chercha ses mots, puis en choisit un seul :
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  46. « Epicé. »
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  48. Lohim fut rassuré. Si c’était là le seul danger du plat, il pouvait bien essayer. Et puis, il ne voulait pas vexer ses hôtes. Il se servit une louchée raisonnable, puis prit une tranche de pain en guise de sécurité, au cas où ses papilles viendraient à flamber. Enfin, il goûta la mixture.
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  50. Ce n’était pas épicé. Au contraire, c’était même très doux. Une douceur fleurie, légère, qu’il ressentit d’abord dans son palais, puis dans son œsophage, son ventre, et finalement tout son corps. Il se sentit enveloppé par elle. Il avait l’impression de flotter. Le contact de la pierre froide sous son séant semblait comme atténué.
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  52. Il se laissa aller à cette sensation d’apesanteur tranquille, et regarda les pierres érigées. Dans l’engourdissement confortable qui le tenait, il ne fut que modérément surpris de voir les lignes gravées dans la roche se mettre à bouger doucement. Les runes glissaient les unes sur les autres, s’entrecroisaient élégamment, formaient de nouveaux symboles qui disparaissaient aussitôt. Il lisait ces symboles à la lueur très diffuse qu’émettaient à présent les mégalithes, et qui abolissait toute notion de jour ou de nuit. Il se rendit compte qu’il pouvait se concentrer sur une petite partie d’une seule pierre, et découvrir encore des myriades de détails dans le ballet des gravures. Tout ce mouvement était fractal, et d’une complexité sans fond. De plus, ses propres pensées semblaient avoir le pouvoir de complexifier encore les motifs mouvants. Cependant, ces motifs capturaient ses pensées en retour, tant leur pouvoir hypnotique était grand. La valse des runes était une boucle infiniment répétée, et il en faisait à présent partie. Il était prisonnier.
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  54. Son voisin le saisit par l’épaule. Le contact lui parut ahurissant. Il était à la fois lointain et très tangible, localisé et omniprésent, comme si la nature elle-même le saisissait. Il tourna lentement des yeux écarquillés vers son nouvel ami. Ce dernier lui montra le ciel avec un sourire indulgent.
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  56. Il regarda dans la direction indiquée. De grands nuages dérivaient lentement au-dessus de l’horizon noir. Leur matière cotonneuse était légèrement teintée de violet par les derniers vestiges du crépuscule. Ils étaient beaux. Et ils bougeaient d’eux-mêmes. Ou plutôt, ils bougeaient sous l’action du vent, mais pas de ses pensées. Lohim comprit le geste de son compagnon. Regarder quelque chose qui se déplaçait lui permettrait de ne pas retomber dans la boucle qui avait failli capturer son esprit.
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  58. Alors, il se sentit libre, et puissant. Il pouvait exercer son imagination visuelle sans craindre de représailles. Il joua à habiller les nuages avec des créatures, des vaisseaux célestes, parfois de simples rubans de couleur. Tout ce qu’il envisageait apparaissait réellement à ses yeux. C’était très plaisant.
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  60. Puis, soudain, il se sentit égocentrique, et un peu honteux. Depuis le début de cette expérience transcendante, il n’avait fait que tester ses propres facultés, et observer ses propres sensations. Il avait complètement ignoré la présence de ses convives, quand bien même il était là grâce à eux. Il s’attacha à observer leur visage un par un, de la manière la moins intrusive possible, pour essayer de percevoir ce que chacun et chacune ressentait. Peut-être – il osait l’espérer ! – pour essayer de partager leurs propres rêves éveillés.
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  62. Chaque Onirinaute dont il croisa le regard lui sourit. Ces sourires avaient une signification particulière. Ils avaient quelque chose d’officiel, ou de rituel. Comme s’il avait réussi une sorte de test. Une femme, celle qui lui avait fait signe de prendre place à son arrivée, se leva posément, marcha jusqu’à lui et lui tendit un ramequin richement décoré. Il contenait du sorbet à la prune, ou quelque chose qui y ressemblait.
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  64. Avec un hochement de tête reconnaissant, le garçon pris le ramequin et goûta ce nouvel aliment. Contrairement à ce à quoi il s’attendait, ce n’était pas froid du tout. C’était tiède, et très sec. Cette sensation d’âpreté accapara un moment son attention. Un long moment. Il sentait, en mâchant lentement chaque bouchée, que la substance le dégrisait. La lumière surnaturelle, la danse des runes, la chevauchée des créatures célestes… tout s’estompa progressivement.
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  66. Il revint à lui. Tous les Onirinautes avaient disparu. Ou plutôt, ils étaient tous retournés dans leurs demeures. Lohim les apercevait, délicieusement étendus dans leurs lits immenses. Et il les entendait ronfler. Chaque habitant du village, chaque homme, chaque femme et chaque enfant, ronflait joyeusement dans un épais sommeil. Comme cette attitude était partagée par tous, elle ne parut pas ridicule au garçon. Au contraire, il eut soudain la crainte de perturber un repos aussi royal. Il devait s’éclipser, mais par où ? Il avait suivi le chemin des feux follets pour parvenir au cercle de pierres. Il n’avait plus aucune idée de la direction de son campement.
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  68. En fouillant la plaine des yeux, il avisa une forme qui flottait en l’air. Elle était presque imperceptible. Une ombre dansant languidement sur le ciel ténébreux. C’était un cerf-volant. Le garçon était presque sûr qu’il n’était pas là à son arrivée. Il eut la conviction que le jouet avait été placé là pour lui. Il avança donc dans sa direction. Il gravit une butte, au sommet de laquelle il trouva le fil du cerf-volant attaché à un arbrisseau. De ce promontoire, il pouvait voir une nouvelle portion de la plaine. À sa droite, un bois de cyprès, et un peu plus loin, un mince ruban couleur d’encre. La rivière. En plissant les paupières et en attendant que ses yeux s’acclimatent complètement à l’obscurité, il finit par apercevoir la cascade.
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  70. L’aube commençait à poindre lorsqu’il rejoignit le campement. Le vieillard était déjà debout. Il avait l’air un peu préoccupé. Le garçon s’avança jusqu’à lui, mais ne sut pas quoi dire. Par où commencer pour raconter cette folle nuit ? Il n’en eut finalement pas l’occasion. Son compagnon étudia attentivement ses yeux, puis demanda à brûle-pourpoint :
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  72. « Est-ce que tu as mangé une sorte de mousse violette ? »
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  74. « Elle était plutôt mauve… »
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  76. Le vieil homme étouffa un juron.
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  78. « À quoi pensent ces gens ? Je t’avais envoyé vers les Drommevanders pour que tu discutes avec eux, pas pour qu’ils administrent une drogue à un enfant ! »
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  80. « Ils m’on jugé assez grand, eux », rétorqua le garçon avec un air de défi.
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  82. « Ils ne t'ont pas vu somnambule. Moi si. Je t’ai vu te cogner aux racines et tenter de nager. L'épisode de l'apnée, je peux te dire que ça m'a refroidi. Et tu devrais être le premier à y faire attention. »
  83.  
  84. Le sermon était un dur retour à la réalité pour Lohim, mais il savait qu’il n’était pas indu.
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  86. « Bah, de toute façon, ils ne m’ont pas prévenu de ce que c’était, leur mousse. »
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  88. « Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? »
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  90. « Ils m’ont juste dit que c’était épicé. »
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  92. Sven secoua la tête et eut un sourire qui surprit l’enfant.
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  94. « Alors ils t'ont prévenu. En fait, c'est une question de traduction. Ou plutôt de culture.
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  96. Tu sais, chez nous, "épicé" signifie qu’un aliment pique, qu’il est presque douloureux. Que "ça réveille", comme on dit. Mais pour eux qui ne croient pas en notre réalité, "ça réveille", cela veut dire s'enfoncer encore plus dans le faux monde. À l'inverse, une substance qui nous permet de rêver éveiller, donc pour eux de faire rentrer un peu du "vrai" monde dans le faux, c'est ce qu’ils appellent une épice.
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  98. C’est ce que fait cette mousseline violette. Elle rend poreuse la frontière entre le rêve et la réalité. Entre notre monde et le leur. Le résultat est un hybride sur lequel tout le monde peut s’entendre, Drommevander ou non. C’est sûrement pour cela qu’ils t’en ont donné. »
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