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- Au bord d'une côte battue par le vent, succession de falaises basses et de plages de sable doré, Azul se laisse admirer, entre deux vagues, au milieu de l'écume et des embruns, flottant calmement sur l'eau d'un bleu superbe.
- Les forts courants septentrionaux qui balaient sans cesse la région font préférer aux grands bâtiments un accostage plus aisé, bien loin, et ainsi, jamais aucun port n'a vu le jour par ici. Azul n'est de fait qu'un modeste village de pêcheurs qui, par leur ingéniosité et leur persévérance, ont su prospérer et faire de leur habitat un joyau que tout homme se devrait de visiter un jour.
- La ville s'est édifiée sur le modèle de ces autres qu'on trouve fréquemment aux extrémités des immenses lacs, dont les rues sont des canaux et les maisons, des barges immobiles. Pour ne pas voir leur foyer emporté par le flux incessant, les premiers colons charrièrent laborieusement d'immenses blocs de granit jusqu'à la mer, d'abords à quelques dizaines de mètres du bord, puis au fil du temps, de plus en plus loin, pour en faire les ancres des bateaux et des péniches sur lesquels ils s'installèrent.
- Petit à petit, une immense digue sous-marine vit le jour. Si un architecte voulait aujourd'hui se lancer dans tel projet, le coût en serait faramineux, on le jugerait irréalisable ; mais à Azul, bloc après bloc, barque après barque, génération après génération, des hommes et des femmes déterminés y parvinrent. Plus que ces énormes tas de roche, c'est la ville même qui se fait barrière au courant : une curieuse coutume veut que chaque couple, en s'installant, fabrique son nouveau logis, et qu'à sa mort, leur construction soit coulée, et solidement attachée aux ancres de pierre et aux restes laissés par les générations précédentes. Ainsi, année après année, en comptant sur la contribution de tous à Azul, la ville renforce son socle, fortifie son armature.
- Aujourd'hui, pour quiconque se rend à Azul, il est aisé d'oublier la fureur de la mer, pas si loin pourtant. La ville-digue est si longue, si épaisse, qu'au sud, un immense lagon aux eaux calmes et limpides offre à la ville un terrain de jeu plus stable que toute terre ferme. De petites baraques rondelettes en bois peint, aux intérieurs aussi fonctionnels et confortables qu'une cabine de bateau, amarrées les unes aux autres en un archipel multicolore, se font face le long de rues liquides que de modestes ponts traversent çà et là. Des jetées immenses en planches claires cheminent, comme ailleurs des avenues, entre de hautes constructions plus majestueuses ou officielles, en roche volcanique et couvertes de tentures qui claquent au vent. En se penchant au dessus du bastingage, on peut voir le fond de l'océan, pourtant à une dizaine de mètres sous soi ; des poissons de mille couleurs et de mille formes s'y activent lentement, chamaillés par quelques plongeurs, dans une eau tantôt marine, tantôt turquoise. Tout autour, des embarcations de pêcheurs, à vent ou à rames, partent et reviennent du large et d'ailleurs, chargées à ras bord. Sur une vaste plate-forme au cœur du lagon, un marché, couvert d'une myriade de voiles aux motifs géométriques, propose à qui s'y rend toutes les sortes de richesses que la mer a à offrir : poissons en tout genre, crustacés, pieuvres et requins, algues et éponges comestibles, gemmes d'eau, perles, sculptures en nacre ou en bois flotté, hamacs aux couleurs vives, outils de navigation et de pêche... Les hommes, comme les femmes d'ailleurs, ont le torse nu, et exhibent fièrement leurs muscles, leur peau halée et leurs tatouages. Autour du marché, de petits canaux rayonnent, réservés à la navigation. Certains, des enfants surtout, s'y déplacent en nageant, au milieu des rires, des chants et des musiques de ceux qui remaillent et ravaudent filets et gilets, font leur lessive, mangent, boivent ou se détendent simplement.
- Le soir, lorsqu'il admire le soleil disparaître dans la mer, le nez plein d'iode, le cri des mouettes et le claquement de l'eau porté à ses oreilles par la brise marine, un léger roulis à ses pieds, le visiteur se croirait toujours en voyage, sur le pont de son navire, à profiter d'une soirée calme, plutôt qu'arrivé déjà à destination. Il se dit alors, quelle ville agréable ces gens ont-ils fondée.
- Mais ce n'est pas son cadre idyllique ou son mode de vie plaisant, au jour le jour, qui font d'Azul une si belle cité. La raison en est plus simple, et toute autre ville devrait la garder à l'esprit : rares déjà sont celles qui parviennent à grandir sans dénaturer ni agresser leur environnement ; mais Azul en cela est unique : elle est son propre milieu naturel, en symbiose avec la mer qui la nourrit et qu'elle nourrit tout autant. Toujours la vie est aisée quand elle s'épanouit parmi la vie.
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