Ivain

Jour 24 - "Shallow"

Nov 16th, 2023
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  1. …Et il le fut.
  2.  
  3. Il y eut à nouveau un temps d’éveils éphémères, de grognements de paresse et de grasse matinée involontaire. Ils ne partirent que peu avant le zénith. Au moins étaient-ils en raisonnablement bonne forme. Ceci dit, Lohim ne comprenait pas pourquoi son compagnon pressait le pas ainsi. Bien que le départ fut tardif, le garçon pressentait qu’ils n’avaient pas de but bien précis. Ils ne pouvaient donc pas être en retard.
  4.  
  5. En début d’après-midi, ils firent l’ascension d’un large plateau. Le dénivelé et l’effort le poussèrent à formuler ses doutes :
  6.  
  7. « Pourquoi on doit grimper au pas de course, le vieux ? À tous les coups, là-haut il n’y aura qu’une autre vaste étendue de rien. On se fait suer pour des prunes. Enfin, juste pour éviter le demi-tour j’imagine. »
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  9. « Détrompe-toi. Cette fois nous avons un objectif. Il y a encore un ou deux endroits que tu dois voir avant la Nuit de l'Eveil. Je veux que tu aies le tableau complet, avant de participer à leur rituel. »
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  11. Il marqua une pause et sourit à son disciple.
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  13. « Et cet endroit-là va te plaire, je te le garantis. »
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  15. Une fois de plus, la curiosité tarit le flot de protestations qui montaient aux lèvres de l’enfant. Il marmonna seulement un "j’attends de voir" qui se voulait dubitatif. De toute façon, ils n’étaient plus très loin du sommet de la pente.
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  17. Ils passèrent la crête, et Lohim eut le souffle coupé.
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  19. Ce qui s’offrait à sa vue n’était pas une plaine sèche mais une immense étendue d’eau. Elle occupait toute la largeur du plateau et rejoignait l’horizon, si bien qu’on ne pouvait en deviner la longueur. L’eau était immobile et de couleur incroyablement claire. On eut dit un miroir parfait du ciel d’été.
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  21. « E… est-ce que c’est… la mer ? » bégaya le garçon.
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  23. « Sur une élévation de terrain ? Bien sûr que non. On appelle cette région les Shallows. C’est un lac, en quelque sorte. Un très grand lac. Approche-toi du rivage. »
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  25. Lohim s’exécuta, et comprit à la fois le nom de l’endroit et la raison de sa couleur azurée. Sur toute la surface du lac, l’eau était très peu profonde. Un mètre tout au plus. Elle était également très limpide ; elle paraissait presque transparente lorsque l’on était suffisamment proche.
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  27. « C’est fou ça. »
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  29. « Je t’avais bien dit que ça te plairait », rétorqua le vieillard fanfaron. « "Shallows" est aussi le nom du peuple qui vit ici, et c’est eux que nous allons voir. Allez, on a encore de la route avant la tombée de la nuit. »
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  31. Ils suivirent la courbe du littoral. Ils marchaient sur du sable fin, d’une teinte presque blanche. Tout autour, la plage était jonchée de gros rochers grisâtres, de forme étrange et très variée. On eût dit les fragments irréguliers d’une énorme tour qui se serait effondrée de tout son long sur le rivage.
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  33. Soudain, le vieux entra dans l'eau sans crier gare. Il ne prit pas la peine de justifier sa décision. Le garçon hésita. Il ne voyait aucun signe particulier dans le paysage qui pouvait avoir déclenché ce soudain virement. Mais le vieux n’avait pas ralenti, et s’éloignait à présent en ligne droite de la rive. Avec une protestation inarticulée, l’enfant lui emboîta le pas, non sans avoir vidé ses poches dans son sac de voyage.
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  35. Ils avançaient droit dans le lac. Ils avaient de l'eau jusqu'aux hanches et jusqu'à la taille, respectivement. À présent qu’il y était plongé, Lohim put constater que la profondeur du lagon était vraiment parfaitement régulière. Le sol était plat et lisse, du même sable que les bancs qu’ils avaient laissés derrière eux, mais sans aucun débris rocheux. Bien sûr, leur progression était épuisante. La masse de liquide à déplacer les fatiguait plus vite encore que l’ascension du plateau.
  36. Heureusement, moins d’une heure après qu’ils eurent entamé cette interminable "traversée à gué", une silhouette apparut à l’horizon. Elle s’approchait rapidement. Le garçon plissa les yeux. Ces mouvements ondulants, cette longue chevelure flottante, on aurait vraiment dit…
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  38. « Une sirène ? »
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  40. Le vieux gloussa et l’enfant sentit le rouge lui monter aux joues.
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  42. « Ne t’inquiète pas, j’ai pensé la même chose la première fois. »
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  44. L’être arriva jusqu’à eux. En fait de créature fantastique, il s’agissait simplement d’un homme d’âge moyen, qui portait de longue palmes aux pieds et gardait les jambes jointes. Il n’était vêtu que de chausses et d’un étroit veston garni de poches bien gonflées. Ces capsules d’air semblaient agir comme flotteurs. Elles lui permettaient de garder la majeure partie du buste hors de l’eau pendant sa nage ondulante.
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  46. L’homme ébroua sa généreuse tignasse, puis leur adressa un sourire chaleureux.
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  48. « Salut gamin, salut Gähide ! Ça faisait longtemps qu’on ne t’avait pas vu ici. Vous n’êtes plus très loin, la navette va passer à quelques encâblures d’ici. Ne bougez pas, je vais leur dire de faire un petit détour pour vous. »
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  50. Et le mystérieux nageur repartit aussitôt dans la direction d’où il était venu. La rapidité et l’aisance avec laquelle il évoluait dans l’eau laissaient le garçon pantois d’admiration.
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  52. « C’est un Observant » fit le vieil homme. « Une sorte de garde-côte, mais, tu sais… dans l’eau. »
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  54. « Il t’a appelé Guehide, ou quelque chose comme ça. C’est ton vrai prénom ? »
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  56. « Mon vrai… quoi ? Non, "Gähide", ça veut juste dire "guide" dans leur dialecte. Figure-toi que c’est un peu mon boulot avec toi. Et j’ajouterai que tu ne me rends pas toujours la tâche facile. »
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  58. L’enfant voulut rétorquer sur le même ton, mais la navette promise arrivait. Il s’agissait d’une petite embarcation. Une barge à fond très plat, peinte en vert olive, et qui transportait déjà quatre passagers. Elle était guidée par un batelier muni d’une longue perche, qui appuyait cette dernière sur le fond marin pour faire glisser l’esquif. Cela demandait un certain effort physique, mais la technique du marinier était sûre, l’eau parfaitement calme, et le fond parfaitement lisse.
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  60. Les deux voyageurs grimpèrent à bord. Sven adressa un simple signe de main au conducteur. Ils n’eurent manifestement pas besoin de payer. L’enfant s'assit sur le rebord de la barge, auprès de son mentor, et observa avec fascination le sable qui défilait en-dessous.
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  62. Il n’eut pas le temps de se lasser de ce spectacle : bientôt, des édifices lui apparurent. Le batelier annonça d’une voix claire :
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  64. « Stillwater, dans quelques minutes. »
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  66. « C’est la capitale des Shallows », compléta le vieillard à voix basse.
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  68. Lohim était perplexe. Il apercevait les bâtiments au loin, mais il ne voyait de rivage nulle part. Ils étaient au beau milieu de l’immense lac. À une centaine de mètres de leur destination, il comprit enfin : la ville était une cité flottante. Chaque maison, chaque échoppe, chaque école même était montée sur pilotis. Les rues étaient des canaux. Ces derniers étaient régulièrement coupés de ponts de bois, peints de couleurs vives et s'arcboutant au-dessus des nombreuses barges qui circulaient. Au fond de ces voies d’eau, on voyait fréquemment un banc de poissons filer vers l’abri relatif d’une demeure.
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  70. La navette entra dans la magnifique ville aquatique. Elle ralentit pour s’intégrer à la circulation des dizaines d’embarcations présentes. Lohim était bouche bée d’admiration devant l’ingéniosité des constructions qui l’entouraient. Il vit encore un marché flottant dont les étals étaient des barges fixées à des pontons, des thermes ouverts qui utilisaient directement l'eau du lac chauffée localement en guise de bassin, et un théâtre qui arborait plusieurs étages d’armature en bois et couplait le jeu de scène de ses comédiens avec un habile système de jets d’eau et de cascades.
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  72. La barge traversa ensuite une grande place ronde qui semblait être la cour centrale de Stillwater. Une bonne quinzaine de bateaux à fond plat tournaient en cercles concentriques autour d’une impressionnante fontaine flottante, garnie de sculptures d’hippocampes qui crachaient chacun un arc d’eau claire directement dans le lac. La navette s’arrêta contre un large ponton, et tous ses passagers descendirent. Lorsque le garçon et son guide suivirent le mouvement, le batelier posa la main sur l’épaule du vieil homme et indiqua de l’autre une maison qui donnait sur la place.
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  74. « Vous dormez ici ce soir », dit-il simplement. « Tout est arrangé. »
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  76. Les deux voyageurs trouvèrent un enchaînement d’étroits quais en bois qui menaient jusqu’à ladite demeure. Lohim la considéra un moment. Elle ressemblait à n’importe quelle autre habitation de la ville. Rien n’indiquait qu’il s’agît d’une auberge, ou même d’un restaurant. Cela n’empêcha pas le vieux de toquer à la porte avec assurance.
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  78. Ils furent accueillis par un couple de femmes d’âge mûr à l’air débonnaire, qui se présentèrent sous les noms de Gert et Joséphine. L’hospitalité que le garçon avait déjà remarqué chez tous les autochtones était encore plus manifeste chez elles. Elles arboraient toujours une attitude joviale, ne s’embarrassaient d’aucune norme sociale et traitèrent leurs invités avec affection sans chercher à masquer celle qu’elles éprouvaient l’une envers l’autre. Lohim se sentit instantanément chez lui.
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  80. Comme il le soupçonnait, il s’agissait d’une habitation ordinaire et non d’un établissement quelconque. L’enfant et le vieillard participèrent à la préparation du dîner. Celui-ci était constitué essentiellement de salade d’algues et de fruits de mer – ou devait-on dire fruits de lac ? Les aliments provenaient d’une faune et d’une flore d’eau douce, et cela leur conférait un caractère plus fin que la nourriture maritime à laquelle le garçon était habitué.
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  82. Ils partagèrent le repas dans une ambiance conviviale, échangeant des histoires et des anecdotes à vive allure. À l'heure de la tisane, Joséphine se tourna vers le jeune garçon. Les deux autres convives se turent soudain. À leur attitude, Lohim eut la désagréable impression que ce moment avait été prévu pour lui. Après un court silence gênant, son hôtesse déclara :
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  84. « Je vais te réciter un conte, si tu le veux bien. »
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  86. « Oui, bien sûr » répondit l’enfant d’une voix mal assurée.
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  88. « Il était une fois trois jeunes frères. C’étaient les enfants d'une architecte talentueuse et reconnue, et ils avaient grandi dans le confort et la joie. Mais la violence des Hommes coûta sa vie à la brave femme, et les orphelins se retrouvèrent sur la route. Dégoûtés de ce monde injuste, ils ne cherchaient rien tant qu’à s’en isoler. Ils ne cherchaient pas de nouvelle famille, mais juste un abri et la solitude.
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  90. Un jour, les trois adolescents découvrirent un vaste réseau de grottes. Plus que vaste, il était immense ; ils auraient pu passer leur vie entière à l’explorer. Et surtout, il était vide de toute présence humaine.
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  92. À l’aube de leur vie d’adulte, les trois frères prirent trois directions différentes.
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  94. L’aîné s’enfonça toujours plus loin dans les profondeurs souterraines, et finit par refuser l’existence de la surface elle-même. Il n'assumait plus ses responsabilités de grand frère, mais sa fratrie ne lui en tint pas rigueur.
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  96. Le cadet, lui, garda toujours un pied à l’extérieur, mais seulement pour y édifier la façade de l’imposant palais qu’il construisit dans la caverne. Il était resté le plus proche de la vie d’architecte de leur mère, et il admirait toujours cette dernière avec passion. Mais il gardait son domaine jalousement, et ses seuls contacts avec l’extérieur devaient passer par l’entrée étriquée qu’il avait aménagée à cet effet. Au fond, c’était peut-être lui qui était le plus fermé au monde et aux nouvelles expériences.
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  98. Enfin, le benjamin, après avoir exploré un moment les grottes, revint à la lumière du jour. Il put apprécier celle-ci à sa juste valeur après quelques mois d’obscurité. Finalement, il trouvait de la beauté au monde extérieur, et fut content d’y vivre. Mais plus il ouvrait ses bras à l’humanité, plus il se sentait éloigné de ses frères, qui s’en étaient définitivement coupés. En fin de compte, cela ne l’empêcha pas d’être heureux. Ni de continuer à descendre de temps en temps dans la mystérieuse caverne. »
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  100. La conteuse marqua une pause théâtrale.
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  102. « Alors mon garçon, as-tu compris ce qui se cache dans mon récit ? » reprit-elle.
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  104. « Je dirais que c'est une image. C’est ça non ? Une image pour parler d’un choix que tout le monde doit prendre. Moi, la troisième option me paraît la meilleure. Il faut savoir accepter le monde tel qu’il est, et trouver son bonheur comme on peut. »
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  106. « Haha, il y a de cela. Mais sache que ces trois enfants existent, d'une certaine manière. Ce sont des peuples. Pour être plus précise, ce sont les trois peuples qui habitent la région dans laquelle tu te trouves. Les descendants d'un ancien et prestigieux royaume dont le nom a été oublié, et qui domina ces terres en son temps. »
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  108. « Ah, je vois ! Dans ce cas, la grotte, c’est le monde des rêves, n’est-ce-pas ? Et le frère aîné, ce sont les Onirinautes ? »
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  110. « Tout à fait. Nous les appelons Drommevanders. En revanche, tu n'as sans doute jamais vu le cadet. »
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  112. Le garçon réfléchit.
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  114. « Non, mais je crois avoir vu leur œuvre. Des sortes d’alcôves dans la montagne au sud-ouest, avec des autels, et des bougies, et des statuettes d’ange. »
  115.  
  116. « Bien ! »
  117.  
  118. Joséphine adressa un regard appréciateur au vieil homme qui surveillait la scène avec attention.
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  120. « Il est perspicace ton protégé, Gähide. Tu as bien œuvré. »
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  122. Pour toute réponse, ce dernier leva les mains comme pour dire "je n'y suis pour rien, moi".
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  124. « Mais madame », reprit Lohim.
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  126. « Joséphine, je t’en prie. »
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  128. « Joséphine, le dernier des trois frères, c'est... c’est vous non ? Je veux dire, ce sont les Shallows ? »
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  130. Elle lui adressa un sourire chaleureux.
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  132. « Oui. Nous avons choisi de voir la beauté du Monde Éveillé, tout comme celle du Monde Nocturne. Nous sommes plus libres que nos cousins aussi. Ici, chacun vit à sa mesure entre les deux mondes. »
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  134. « C’est bien, ça. »
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  136. « Merci. Mais cette philosophie est aussi ce qui nous attire l’inimitié des deux autres peuples. »
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  138. « L’inimiquoi ? »
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  140. « Les Drommevanders et les Engladyrkuns nous critiquent. Oh, ils ne sont pas ouvertement méchants avec nous, et nous pouvons encore échanger avec eux, dans ce monde ou dans l’autre ; mais ils ne nous prennent pas très au sérieux. Tu sais, "shallow" veut dire peu profond. À l'origine, cela désignait le lac. Mais maintenant, dans la tête de nos cousins, c’est aussi le caractère qu’ils nous prêtent. Comme nous nous intéressons au Monde Éveillé plutôt qu’à la richesse infinie des rêves, ils nous voient comme superficiels. »
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  142. « Mais il ne faut pas les écouter ! Il y a plein de belles choses ici aussi. »
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  144. « Ne t’inquiète pas, nous avons confiance en nos choix. En tout cas, moi, je sais ce qui est important pour moi », ajouta-t-elle en couvant Bert d’un regard tendre.
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  146. « Bon, c’est pas le tout, mais on doit aller se coucher », coupa le vieux avec l’insensibilité qui lui était caractéristique. « Nous repartons demain avec la première navette. »
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  148. « Ah bon ? » fit l’enfant, déçu.
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  150. « Eh oui. Tu ne voudrais pas abuser de l’hospitalité de ces gens charmants ? »
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  152. « Non, j’imagine… »
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  154. « Alors c’est décidé. »
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  156. Les deux voyageurs prirent congé. Une fois couché, Lohim fut gagné par une pensée passagère : le prophète enchaîné au rocher, auquel des trois peuples appartenait-il ? Il était vêtu comme un Onirinaute, mais quelque chose clochait. Le garçon avait l’impression troublante qu’il faisait plutôt partie du Royaume révolu. Qu’il était l’architecte du conte.
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