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- Quand j'étais petit, notamment à 9-10ans, ma mère m'a expliqué pourquoi on avait un philtrum - elle ne l’appelait pas comme ça - au-dessus de la bouche. Elle disait qu'avant de naître, on possédait toute la connaissance, qu'on la tenait de Dieu, mais qu'un ange nous posait le doigt sur la bouche en nous disant : « Tu sais tout, mais chut. » Puis que c’était seulement à force de toujours devoir taire ce que l’on savait, qu’on l’oubliait. Il est possible qu'elle me l'ait expliqué aussi quand je ne savais pas encore parler, ou pas encore assez bien pour m'en souvenir. Quand j'avais deux ans et demi (je le sais parce que ma sœur était déjà née et que nous n'avions pas encore été kidnappés par les services de « protection de l'enfance »), et sûrement plus tôt encore, je criais souvent : « J'ai mal ! J'ai mal !» à cause de ma « fibromyalgie » (C'en est ? C'en est pas ? On ne va pas refaire ici le jeu désespérant de ces comédiens de médecins pour qui soit ça n'existe pas, surtout quand ils sont généralistes, soit c'est psychosomatique, surtout quand ils sont psychiatres, soit il me faut des opioïdes, surtout quand ils sont somaticiens, soit ça s'appelle la flemme – une flemme à hurler, c'est un concept intéressant... -, soit un peu de tout ça. En réalité, cette confusion tient à une faute épistémologique fondamentale, c'est-à-dire à la fraude vivante que représente le médecin ontologique. Ontologique, oui, parce qu'il existe un danger proprement vertigineux à déplorer de la médecine comme étant de la mauvaise médecine.
- En effet, qu'est le scandale pour un médecin ? La nécessité d'obtenir plus de subventions. - Pour ? - La Santé. - C'est un peu court. - Nous y venons. Un médecin est un homme capable d'opérer un certain nombre de transitions dans l'état du corps, une capacité rendue possible par une connaissance très pointue, n'est-ce pas ? - C'est vrai. - Et en raison de cette connaissance pointue, les transitions opérées par le médecin rapprochent de la santé. - C'est vrai. - Un bourreau est capable d'opérer des transitions dans l'état du corps, ai-je raison ? - Parfaitement raison. - Le bourreau est donc un médecin ? - Non, parce que les transitions opérées par un bourreau ne rapprochent pas de la santé. - Et celles opérées par le médecin en rapprochent en raison de ses connaissances pointues. - Absolument. - Donc le bourreau est un médecin dont les connaissances ne sont pas assez pointues ? - Impensable ! L'activité du bourreau ne vise pas à procurer la santé ! - Mais s'il connaissait moins, le bourreau serait peut-être un meilleur bourreau ! - Peut-être. - Et s'il ne savait pas tuer, peut-être le bourreau tuerait-il mieux ! - Absurde. - Je te l'accorde. La connaissance pointue du médecin à laquelle il doit sa capacité à procurer la santé se borne-t-elle à un nombre d'états du corps et aux méthodes permettant d'opérer des transitions entre ces états ? - Il apparaît clairement que non. - Qu'est-ce que le médecin doit connaître en outre, et est-il le seul à qui cette connaissance soit utile ? - Il doit savoir quels sont les bons états du corps, et lesquels sont les mauvais. Cette connaissance n'est utile qu'au médecin, car lui-seul, avant de distinguer entre bons et mauvais, est à même, du fait de ses connaissances pointues, de définir les états du corps. - Et comment distingue-t-il les bons des mauvais ? Et si distinguer entre bons et mauvais est quelque chose en plus que de les définir, alors ces états sont bons ou mauvais sans que cela n’appartienne pour autant à leur définition ? Je ne comprends pas ce que cela veut dire. - Si je le savais, je serais médecin. - Bon… cela me semble louche, mais pour résumer ce que nous avons sans sauter aux conclusions, on pourrait dire qu’il ne suffit pas de définir ces états pour distinguer entre bons et mauvais, mais définir ces états est une condition préalable à cette distinction, ai-je raison ? - Tu as raison. - Sais-tu définir une banane ? - Je crois savoir ce qu'est une banane. - Cela me va. Et sais-tu différencier une bonne d'une mauvaise banane ? - Il me semble. - Qu'est-ce qu'une bonne, et qu'est-ce qu'une mauvaise banane ? - Une bonne banane me plaît au goût, et une mauvaise banane me déplaît au goût. - Aimes-tu tes bananes mures ? - Assurément. - Donc une banane trop verte est une mauvaise banane. - Une banane trop verte est en effet une mauvaise banane. - Et un homme en bonne santé te plaît-il plus qu'un homme malade ? - Je ne saurais dire… Je ne sais pas que ma sympathie pour untel soit corrélée à son état de santé. - Quelqu’un faisant preuve de civisme te plaît-il davantage que quelqu’un faisant preuve d’incivisme ? - Voilà, ce serait plutôt ça.. - Et n’existe-t-il pas un certain nombre de conditions sanitaires qui entravent quelque peu le projet de faire preuve de civisme, voire en abolissent l’envie même ? La maladie n'a-t-elle pas, en général, tendance à éloigner du civisme, quoiqu’on puisse en faire une circonstance atténuante ? Un homme sain ne reste-t-il pas le plus enclin à faire preuve de civisme ? - Oh… vu sous cet angle…. - Et cela procède-t-il de son éducation, s'acquiert-il avec du temps ? - Cela prend le temps d'une éducation. - Tu as dit qu'une banane trop verte est une mauvaise banane, tu as dit en outre qu'un homme en bonne santé est un homme conforme à certaines normes de civisme, et tu as dit que cette conformation prenait le temps d'une éducation, donc un enfant est un homme malade, et un maître un médecin. - Quelle idée saugrenue ! Un enfant n'est pas nécessairement malade, et un médecin ne façonne pas la santé à partir d’une matière première, disons, « brute », il la restaure selon la connaissance qu'il en a, à partir d’un état du corps qui s’en détourne d’une façon ou d’une autre. - C’est donc surtout la connaissance qu'il a des êtres conformes qui le renseigne sur les êtres non-conformes. - Certes. - Connais-tu la pomme ? - Non. - Mais tu connais la banane. La pomme est donc une banane malade. - Tu sembles bien renseigné, alors je te crois. La pomme est une banane malade, ce que n'est pas la banane verte puisqu'elle deviendra jaune.
- …
- Le débat sur la fibromyalgie est analogue au débat sur l'autisme : d'abord identifié comme un syndrome sur base d'une impression triviale, très circonscrit sur le papier mais défini en des termes très ambigus et sujets à interprétation, et pour cause. Du fait même de cette absolue ouverture conceptuelle, la théorie finit par s'étoffer hors-sol, c’est-à-dire en se basant non plus sur les premiers cas répertoriés, mais sur des cas qui furent eux-mêmes diagnostiqués à l’aune de leurs précédents, tant et si bien que d’itérations en itérations, de mise à jour en mise à jour, par adjonction de nouveaux cas, du maître étalon, lui-même à l’aune duquel d’autres cas lui seront adjoints à lui-même - par le procédé d’un véritable téléphone arabe - il advint qu’on n'y reconnaissait plus du tout les êtres qui par leur étrangeté avaient procuré l'impression triviale initiale aux savants pionniers : En fait on s'y était projeté, avec le narcissisme que chacun plaçait dans ce qu’il avait de plus banal, partout où l'on pensait découvrir un nouvel aspect de ces créatures étranges. Quand on voyait quelque chose qu’avaient en commun des « autistes » avec l'homme moyen, quand on se surprenait à s’identifier à eux, à les aimer un peu pour quelque chose, quand on leur trouvait enfin quelque chose de banal, on délibérait au contraire que l’on avait soi-même quelque chose d’étrange, d’exceptionnel, puisque ce que l’on se connaissait dorénavant à soi-même, on l'avait d'abord observé chez eux, où la découverte d’une île de normalité en quelque matière que ce soit était en effet, contextuellement, un événement, découverte favorisée encore par la facilité de la caractériser avec les mots, les mots étant des moyennes de perception, et si on l'avait d'abord observé chez eux, c'est parce que le banal est tacite par défaut, ce qu'il y a de plus « vrai », le plus inconnu car ce qu'il est le plus inutile d'expliciter, sa pérennité étant déjà assurée autrement.
- Le ying et le yang, cas d'école de mystification de l'étranger comme un contraire à soi dans un but d'affirmation de soi, par reconnaissance charitable d'un point commun à soi comme absolution, et par reconnaissance d'un point « contraire » résiduel en soi-même comme signe du mérite qu'il y a à être tel qu'on est : « Comme le bon revient de loin ! » , se flatte ainsi le national, « Qu'il y a encore, hélas, d'étranger qui court toujours, qui n'a pas accompli le moi qui se trouve en germe chez lui. »
- Deux causes « contraires » ou plutôt « symétriques » entrent en jeu ici. La première, pour être bien comprise, nécessite d’avoir correctement intégré le fait que ce qui occasionna l’idée de distinguer l’autisme parmi les « psychoses », puis de ne plus le considérer comme tel par la suite, est le réalisme mental, à savoir la superstition consistant à croire que la certitude puisse être plus qu’un sentiment. En effet, la perception d'un individu en tant qu’autiste plus ou moins sévère étant fonction de sa non-propension à admettre comme telles des données considérées comme évidentes par une coterie quelconque - ce qui occasionne, de la part des tenants d'une « évidence » quelconque, le réflexe de détecter par principe une erreur de jugement ou bien une difficulté à acquérir du savoir d'un ordre purement gymnastique en quelque sorte, une lenteur à parvenir intellectuellement d'un point A à un point B en suivant une trajectoire par avance aussi assurée que la causalité, qui aboutirait mécaniquement à conclure ce que l'on sait soi-même - et le rôle que se donne le psychiatre étant de décrire positivement ce qui pourtant ne peut l'être, pour prouver ce qu'il veut prouver, en tant que « relever de la psychiatrie » est différer d'un idéal, sa mission étant de démontrer qu'il y a là humanité, et que c'est par le prolongement, la ramification, l'exacerbation de certaines parties de cette humanité fondatrice de l'être au détriment d'un équilibre avec ses autres parties, par cet accident de répartition, ce parasitisme qu'exercerait certaines tendances particulières de l'individu sur le reste, que nait un obstacle à la connaissance rationnelle, posée d'emblée, gratuitement, comme étant à la fois origine et conséquence nécessaire de la répartition attendue des composantes d'humanité. C'est donc en commençant par présumer de l’existence d’un obstacle fait de production psychique active comme facteur principal sinon unique à la non-assimilation par le sujet supposé autiste de l'évidence prêchée, que l'on cherche à classer l'autisme, ce qui en fait une psychose, en gardant à l'esprit que ce livre ne se pose pas de fausses questions, ne s'intéresse donc à l'autisme et à la psychose que comme des catégories de l'entendement propres au délire psychiatrique, une production psychique sans objet réel, à composante mégalomaniaque - si nous devons emprunter la voie maïeutique car il n'y a vraiment pas de mal à appliquer à lui-même, jusque dans sa propre improbité désinvolte, un tel principe de mort - eut égard au fait que les ronfleries jargonnantes du psychiatre trouvent toujours dans le bavardage le plus populaire et les mœurs les plus mufles, le vocabulaire le plus obscène et l'attitude injurieuse, leur rigoureuse traduction et sans doute leur seule origine. Dans un second temps, en se reposant sur le préjugé d'avoir à traiter une psychose, on cherche donc à documenter la teneur de la production psychique faisant figure d'obstacle à la bonne conformation, à l'abrutissement en vérité, et puisque l'on se réfère à un modèle de la psychose type comme caractérisée par l'hallucination, l'erreur de jugement répétée (appelée délire) et une indocilité, la non-prévalence d'hallucinations, la conformité des jugements en des matières triviales en dépit de la non-propension à s'y adonner, et la docilité normale des spécimens que l'on a commencé par étiqueter comme psychotique pour se donner une piste d'étude, par différenciation, l'autiste devient très vite celui qui a une perception particulièrement aiguë et fiable, une connaissance particulièrement étendue (c'est-à-dire un jugement particulièrement conforme, de sorte que la représentation des choses vraies parmi les données stockées en mémoire est largement majoritaire, tandis que la mémoire du psychotique habituel présente un penchant à s'encombrer du faux endogène et exogène, de sorte qu'une partie de la mémoire ne s'en voit pas attribuer le nom), et un zèle particulier dans la révérence au bon et au juste, au certifié et l'honoré, un sens pour discerner l'évident. Ne me faites pas dire que la perception et le jugement correct soient des symptômes de docilité ou des séquelles de dressage, ne me faites pas dire que l'adoption massive et sans réserve du concept de maladie mentale soit l'issue d'un processus analogue au règne d'un caïd de cour d'école, dont il faut reprendre à son compte les médisances sous peine d'en être à son tour pris pour cible, en effet, qu'est-ce qui pourrait bien pousser quelqu'un à défendre untel de sa maladie mentale, sinon de paver, à travers la légitimation du paria, la voie à son propre penchant, qu'il est suspect, oui, de donner une tribune au banni, non, pitié, ne me le faites pas dire, pitié, tout mais pas fou, pas moi, pas fou, c'est lui le fou, et avec lui tous les fous, « mais nous ne traitons personne de fou », « nous cherchons, cherchons sans relâche la folie, où est-elle ? nous cherchons en vain la folie chez nos patients, les présumés fous, oui, en vain », « si la société doit bien quelque chose à la psychiatrie, c'est de lui avoir permi de dépasser cette notion », se lave les mains la psychiatrie qui a approfondi cette notion, aussi stupide qu’indélicate, balourde et de mauvais goût, jusqu'à la rendre labyrinthique et savante dans un pur et constant souci de marketing. Mais une conformité anormale, supra-normale à des critères consciemment considérés n'annule pas l'étiquetage primordial des individus assignés à la catégorie autiste, qui reste, avant tout et en dernière instance, une tocade de bureaucrates, et c'est en tant qu'excès, autre déséquilibre, que l'on traitera dès lors le fait de répondre tant à ces critères, et toute la dimension inconsciente, naïve du jugement occasionnant cet automatisme d’étiquetage chez l'animal expert, la seule vraie matière de son comportement de détection, ces étrangetés sans sens profond, de moins en moins étranges et n'étonnant plus en somme que parce que la conformation particulière à ce que l'on ose s'avouer attendre, rend particulièrement insolite à un esprit la non-conformité au ridicule dans ce que l'on attend, au refoulé dans ce que l'on attend, à ce dans ce que l'on attend que pourtant rendre explicite, même dans le secret de sa petite voix intérieure, plongerait dans l'inconfort abyssal de n'être plus suffisamment identique à ces attentes dans la mesure où on les conçoit dans un référentiel que l'on contient aussi à l'intérieur de soi, mais que constituant le premier authentique et irréversible regard porté par soi sur soi à l'état précédent, nouveau seul socle de son ego, mais île perdue et pauvre au milieu de ce qui à la fois apparaît désormais comme une jungle répugnante et comme seul objet de ce nouveau regard, abominable et unique image de soi par opposition à la rationalisation triviale précédemment intériorisée mais dès lors instance révérée comme critère légitime de jugement de soi auquel s'identifie encore le regard mais non plus la mémoire du regard. Cet insolite, du fait de l'insécurité de l'animal expert, ne pouvant faire l'objet d'une attention soutenue poussée jusqu'à l'héroïsme, ne pouvant être le point cardinal d'une investigation, c'est le pendant de cet insolite, chez ceux parmi les individus affecté de l'insolite qui ont été triés à l'aune du fait de n'être pour autant pas purement bon pour la casse en raison de leur conformité à l'avouable, le pendant de cet insolite, l'excellence à l'aune des critères avouables, qui fait l'objet d'une description en tant qu’insolite, afin d'éluder l'insolite tout en reconduisant l'animal expert comme autorité suprêmement affectée à la question de l'insolite.
- Aussi le « syndrome » fut bientôt requalifié en « spectre » sur lequel, au fond, tout le monde se situait, et surtout ceux qui savaient se vendre en tant que tels pour le traitement de faveur qui leur serait accordé en tant que sur-conformes d'une part, et universellement excusables d'autre part par l'étiquetage comme handicapés... cherchez l'erreur… en effet, parmi les aspects de ce que l'homme attend de l'homme, l'incapacité à vendre, à convaincre, une ingénuité « morbide » occupe l’un des plus hauts rangs, c'est pourquoi ce trait se trouve si étrangement mêlé au milieu d'une panoplie de qualités intellectuelles dans l'autisme. En vérité, la question de l'autisme est infiniment simple puisque l'autisme est défini négativement. Une combinaison de facteurs génétiques, culturels et autres fait converger le développement des cerveaux humains en un seul modèle, un modèle sujet à évolution mais dont toute évolution locale, à mesure qu'elle se maintient dans le temps localement, tend à se propager à l'ensemble uniformément. Un cerveau autiste n'est pas un cerveau conformé à un autre modèle que le modèle majoritaire qui serait un modèle propre à l'autisme, il est un cerveau dont le développement, pour une part conséquente, n'a pas suivi de modèle du tout, a suivi une voie tout à fait unique, pour une raison quelconque ou en l'absence de raisons du contraire, telles que l'exposition sociale ou une valorisation du conformisme, ou bien l'enseignement sans recul de banalités, ou bien le fait de regarder les mêmes dessins animés que les petits camarades le matin... Des études ont mesuré la part d'« aléatoire » (le cerveau normal est lui aussi un aléa) dans la connectivité neuronale des cerveaux d'artistes, et de ceux des scientifiques. Il est apparu, à la grande surprise des chercheurs, que si les artistes étaient organisés d'une façon plus aléatoire que la moyenne, cela était d'autant plus marqué chez les scientifiques. C'est parce que pour se contenter d'être « artiste » au sens trivial, il faut évoluer dans un environnement paradigmatique suffisamment acquis par avance aux exigences de la façon dont nous sommes nés, il faut que des ainés nous aient pavé le chemin, vendu pour ce que nous sommes réellement, car ils en étaient aussi. Être artiste au sens faible, au sens artificiel, au sens mensonger, c'est travailler à se faire choisir, évaluer : cela suppose de vivre parmi ses pairs, voire, de préférence, ses supérieurs en esprit ou en capital de quelque nature, pour appartenir aux rescapés par le mérite. C'est ainsi qu'appartiennent au tableau clinique de l'autisme, des « intérêt restreints », ceux artistiques en faisant partie, mais les scientifiques étant les plus autistiques. Plus l'on est étranger, plus exploiter son environnement en quelque matière que ce soit requiert d'être perçu comme possédant un discernement infaillible, et l'aléatoire en matière de méthodes d'acquisitions de la connaissance, sur le plan neurologique tout comme sur le plan méthodologique, est comme révéler un tracé fait à la colle sur une feuille de papier noir : un technicien zélé et fier se concentrera beaucoup pour recouvrir le tracé au blanc correcteur sans faire d'erreur, mais un étranger jettera de la farine, attendra que la colle sèche, puis retournera la feuille avant de la secouer, et il est probable que le résultat en soit le plus conforme, mais c'est par cela même qu'il ne dit rien de son auteur, celui-ci renfermant cependant d'autant plus de richesse par ailleurs qu'il s'économise en la matière considérée, qu'il optimise sa façon de donner un gage, de s'acquitter du bien prétendument commun.
- Il n'y a donc pas d'autisme sinon en référence à l'humain conformé, pas de rapport en propre entre un cas d' « autisme » et un autre sinon dans le regard biaisé d'une catégorie d'êtres plus nombreux qu'aucun de ces cas uniques, mais non moins contingents. Il n'y a pas d'autisme du tout, comme « non-lampe à huile » n'est pas une catégorie de mobilier. « Qu'est-ce qui appartient en propre à la non-lampe à huile ? Par-delà les variables propres à chaque exemplaire, quel est le dénominateur commun, le critère premier, irréductible qui fait la non-lampe à huile ? ». Magie : Voilà du grain à moudre pour l'éternité ! Et plus le temps aura passé, et plus on réalisera à quel point la question était profonde, infiniment profonde, plus l’on creusera obstinément et plus on découvrira à quel point on avait toujours eu raison de creuser un mystère si crucial, plus l’argumentaire qui étaye cette affirmation sera construit, plus des piliers se soutiendrons, qui soutiendront d’autres piliers et d’autres piliers encore, plus le chemin sera long et labyrinthique pour remonter à l’affirmation péremptoire, plus chaque mantra facile à connaître aura toujours deux ou trois autres mantras faciles à connaître en renfort sur lesquels sauter, si l’un vient d’être rendu inutilisable par un critique avisé, le temps de se faire oublier, de pouvoir à nouveau y revenir à loisir comme si de rien n’était, fort de ce que ledit critique ne se fatiguera pas une seconde fois contre cette tête particulière de l’hydre, et qu’ayant repoussé, cette tête sera défendue par quelques autres, dont par exemple un nom disqualifiant quelconque pour l’attitude que l’on caractérisera par principe comme le fait de se répéter, d'être obsédé ou bien idiot pour n'avoir pas retenu la vérité assénée précédemment, plus l’édifice, brouillon casuistique, s'affaissera sous son propre poids et plus il ressemblera à un tas, et plus il sera stable, indécrottable. Et pour cause…
- Il n'y a pas de santé, pas de maladie. Ma plus grande tâche à ce jour fut d'identifier le dénominateur commun d'une vaste constellation de problèmes connus, mais séparément. Et ce qui semblait être un casse-tête sans fin, je me propose d'y remédier par l'idée simple de destruction de l'Humanité, c'est-à-dire que j'ai inventé le savoir-vivre, or si le faire triompher ne sera pas si difficile puisqu'il suffira que mon travail soit connu pour provoquer une désadhésion massive, le faire connaître est un impératif moral de premier ordre. Le problème auquel je réponds est actuellement l'urgence n°1 à l'échelle planétaire.
- Etant donné la profondeur du mensonge humain, l’essentiel sinon la totalité des « notions » que manipule quelqu’un qui agit sous son emprise ne peut être effleurée, nommée même sans s’encombrer d’un réseau tentaculaire d’autres « notions », incantations ramifiées, dont tout humain, en tant qu'il est humain, est porteur et contagieux, il convient dès lors de ne jamais faire référence à un discours humain qu'auprès d'une audience pour qui la nature humaine a fait l'objet d'un exposé complet dont elle a pleinement approuvé la teneur en en ayant prouvé la pleine compréhension - la compréhension implique l'approbation mais une approbation prétendue ne garantit pas la compréhension - nature humaine dont les rapports avec laquelle chacune de ces notions devront être précisées en tant que chacune en découle d'une façon qui lui est spécifique. En l'absence d'une théorie complète, quitte à être erronée et provisoire, de ces rapports, il faudrait veiller à ne pas employer du tout les mots humains, mais tant que cela restera trop difficile car une part insuffisante du vocabulaire aura été passée en revue, contentons-nous de bannir les mots dont nous n’avons établi qu'a posteriori que nous n'étions pas précédemment pas fondés à les employer : le fait, par exemple, que le mot « santé » ait dû attendre un déclic dont l'effort à le provoquer m'aura été si exigent doit nous pousser à la plus extrême vigilance, et ce prioritairement à l'égard du plus anodin. Je recommande toutefois, quand les meilleures conditions ne sont pas réunies, de s'exprimer aussi peu que possible, en essayant de relier ça à un besoin ou une intention bien identifiée. Parfois, on entend de la part des humains, ce qui semble être un début de sagesse, mais lorsque l'on s'enthousiasme et que l'on veut en apprendre plus, l'humain trouve qu'on pose les mauvaises questions et on est déçu, il apparaît rapidement qu'il n'y a rien pour nous dans cette sagesse apparente au premier abord. C'est parce qu'à chaque percée conceptuelle apportée par des individus à l'homme, correspond une image qu'il s'en est faite pour l'agiter comme un ornements à peu de frais, qui n'a en dernière instance que l'utilité d'accréditer le mythe de l'espèce et, concernant la ou les réalités correspondant à cette image, d'autre effet que d'en empêcher complètement l'appréhension. Complètement, oui, en effet, établir les réalités qui correspondent aux croyances humaines auxquelles correspondent des réalités demande de posséder au préalable une connaissance fondamentale, absolue et universelle servant de dépendance ontologique à ces réalités, c'est ce qui les discrédite auprès des esprits intelligents qui ne possèdent pas cette connaissance, on ne peut pas y parvenir par l'accumulation d'exemples, et commencer par se défendre des croyances humaines en arguant que ce dont on parle n'a rien à voir passera toujours auprès d'eux pour mauvaise foi et tentative de donner artificiellement du crédit à ces mêmes âneries dont on se défend, tandis qu'elles ne suscitent que plus notre haine que celle de ces esprits intelligents sans la connaissance fondamentale, en tant que nous savons ce dont elles sont les « parodies » involontaires. Les tentatives infructueuses de transmettre à l'homme la connaissance de ces réalités, s'étant soldées par l'adjonction d'imbécilités au vaste folklore humain, sont cependant à l'origine de cette complexité des rapports de toute personne malencontreusement enlisée dans un vocabulaire humain, et l'homme portant au plus profond de ses affects le principe de cette désinvolture - refus, par incapacité, de s'encombrer de toutes les implications logiques des notions qu'il manipule, mais refus également de renoncer aux avantages que donne le fait de s'en réclamer - et de ce brouillage systématique du sens. Si ceux qui sont à l'origine de mots révolutionnaires dont l'homme n'a retenu que la puissance évocatrice pour la détourner en en faisant des instruments de perpétuation du même, connaissaient la vérité qui se situe à l'origine du langage humain, la vérité contre laquelle s'est en tout point édifié le langage humain, ils ne parvinrent jamais à théoriser, à mettre en formule le plus ardent de leurs cris du coeur : « En tant que telle, l'opinion humaine n'a aucune part à quelque débat que ce soit. » Ils rêvaient d'en être sûrs, mais leur circonspection le leur interdisait tant qu'ils ne possédaient pas la définition d’« Humain », la vraie, celle que je m'apprête à vous livrer, et dont vous découvrirez qu'elle possède en propre cette implication.
- [...]
- Le feu brûle, il fait mal. Si on ne remplit pas certaines conditions techniques et intellectuelles, l'on est bien avisé de fuir le feu quand on en voit. Pourtant, j'ai comme le pressentiment que le premier qui déclarera que le feu est bien aura devant lui la forge, la monnaie, la lumière à volonté, la machine et bientôt la lune. Cela commencerait bien sûr par savoir l'éteindre, mais pas avant d'avoir reconnu ses qualités ; Autrement, au mieux, on s'en priverait à jamais, au pire, on s'en ferait un ennemi toujours plus féroce, comme en laissant le loisir à d'autres d'en faire leur bien et de nous reléguer au rang de danger pour le feu, et de danger connu des amis du feu, ce qui n'est certes pas une place enviable.
- Je souffre depuis toujours d'une affliction physiquement éprouvante au possible et invalidante à l'égard de nombre des critères considérés par les humains comme un minimum. Un minimum moral. Je n'y peux rien que je sache mais cela me vaut néanmoins la disqualification aux honneurs de l'esprit public. Mes propres maux, comme ils s'expriment à autrui, me sont facturés non comme des maux, mais comme de l'ingratitude, de la mauvaise volonté ou une forme de perversion sociale non nécessaire mais choisie et vaniteuse. Pourtant croyez-moi, je paierais très cher pour n'avoir pas du tout à m'interroger sur la façon dont je peux traiter avec les humains sans y laisser trop de plumes, pour ne plus jamais avoir affaire à un seul humain. Ce qu'on prend avec tant d'indignation pour une sorte de jeu en raison du mépris absolu qui le caractérise, c'est ma misère par excellence, ce qui, entre tous les faits qui constituent ma vie, si une telle chose est possible, est celui qui risquerait le plus dangereusement de me faire sombrer définitivement dans une lassitude générale et irréversible, ce qui déjà, souvent, me donne un avant-goût terrifiant de la perspective d'un dépérissement qui serait sans retour s'il devait atteindre un stade critique avant que je n'aie fini d'accomplir ma tâche, dont l'idée qu'elle arrive à son terme est la seule fenêtre vers une autre perspective que la ruine. La ruine, absolue, la sortie par les égouts d'un monde putride lui-même, sortie morcelée, écartelée, fraternellement partagée entre mille intestins rampants, mille vers hideux, mille volontés humaines, charognardes, si l'on me passe ce pléonasme. Si je me plains, cela est invariablement attribué à des problèmes d'ordre psychique, et ce depuis toujours et non seulement depuis que j'ai entrepris de retourner le langage dans mon sens, c'est-à-dire que je suis tenu par la nécessité vitale de souffrir en silence sous peine d'occasionner par surcroît de mes problèmes, des interprétations problématiques. Compte tenu de cela, la meilleure option qui s'offre à moi est le plus souvent d'accepter d'être considéré comme une sorte de crapule. Je suis heureux, en vérité, que croire cela de moi allège la conscience de mes bienfaiteurs indûment rétribués lorsqu'ils finissent par prendre contre moi des dispositions injustes que je suis capable d'endurer avec une relative, très relative aisance car bien que je n'aie plus leur fragilité à la longue, cela reste un supplice. Ils méritent vraiment beaucoup, tellement plus qu'ils ne me réclament, leur seule erreur est de croire que je le leur dois : Je ne le leur dois pas, puisque je ne l'ai pas. Les gens investissent toujours tant en moi... ils commencent toujours par me prendre pour leur héros, mais je ne suis pas même le héros de mes propres causes, je ne suis que l'avocat de mes propres causes et l'avocat par anticipation de leurs héros. Ah, cette histoire de mauvaise volonté, on me l'a souvent rabâchée. Quand j'étais tout petit, je hurlais parfois de douleur ; ces douleurs n'ont jamais cessé, mais j'ai été contraint par un impératif vital de comprendre prématurément que me plaindre serait le plus souvent la pire de mes options. Cette défiance conciliante aux interprétations nées de la bonne volonté indifféremment de la mauvaise est l'un des piliers les plus profondément ancrés de mon rapport à l'esprit collectif et à son langage. Il détermine subtilement quantité de détails insoupçonnables de mes choix les plus anodins en apparence et de mes réflexes à l'utilité inconsciente. Il me donne à voir, en lieu et place du rêve étanche des humains, un monde invisible à quiconque voudrait le voir sans en avoir absolument besoin. De quel rêve je parle ?
- J'en ai déjà donné deux échantillons ; en l'espèce ; les marques Santé et Discipline.
- En voici un troisième :
- Ma mère, il y a quelques années, tandis que j'avais arrêté de hurler de douleur depuis de nombreuses années pour les raison que j'ai expliquées, au détour d'une conversation amusante où on se remémorait les péchés mignons et autre originalités que ma sœur et moi avions pu avoir petits – ma sœur disait « hélicopante » pour « hippocampe » ou pensait nous montrer une image dans un livre en nous le tendant côté couverture parce qu'elle voyait l'image face à elle – me rappela les faits en ces termes :
- - Petit, tu criais : « J'ai mal ! J'ai mal ! » quand tu étais contrarié.
- Je lui ai expliqué ce qu'il en était réellement et elle s’en est excusée. Le schéma dans lequel je suis impliqué à l'égard des divers impératifs irréalistes se voulant s'appliquer à moi a beau n'être qu'une expression autrement plus féroce de la même injustice, je n'ai pas l'habitude de recevoir beaucoup d'excuses. Mais qu'importe, ce serait sans fin.
- Je ne veux me faire comprendre que de ceux qui le peuvent et, cela va de paire, en ont besoin, et qu'on ne vive exclusivement qu'entre nous, et que tous les autres nous fichent une paix royale. Et donc, fort de la science exclusive d'un tableau d'ensemble impliquant d'un côté l'expérience immédiate d'une réalité intérieure, et de l'autre le discours en décalage complet qui est censé s'y rapporter, je suis capable de voir à nu, claire comme de l'eau de roche, l'absurdité radicale du cours des événements que l'on prétend justifier si aisément et du cours d'idées si tragiquement plébiscitées, en face desquelles la patience est aussi difficilement pensable qu'absolument nécessaire, ainsi qu'à quel point l'expertise de tous les experts est bidon, les émanations du langage humain non moins grotesques en soi que dangers mortels pour moi, aussi je suis contraint de rendre caduque, sans la moindre négociation possible, l'idée de santé. Naturellement, l'attitude qu'ont les gens à l'égard de cette réalité que pourtant moi seul puis constater n’est pas tant le produit incongru de la rencontre de deux objets singuliers, que quelque chose qui parle d’eux seuls en tant qu’émetteurs de telles sentences. Ils prétendent parler de moi, mais ils parlent, tout court. Ils ne m’expriment pas, ils s’expriment. Comment en vouloir à quelqu’un de ne s’exprimer que dans la limite de ce qu’il est ? d’autant que d’autres attentes à mon égard sont précisément la calamité ambiante contre laquelle je suis absolument forcé de déployer les efforts abyssaux que l’on me connaît. Mais cela me pousse à la réflexion suivante :
- Si j’étais autre chose qu'une personne, parlerait-on de moi de façon aussi hasardeuse et avec la même assurance ? Et les plus grands experts seraient-ils aussi les plus à côté de la plaque ? Chercherait-on, prétendant s'intéresser à moi, à camoufler une attitude prescriptive à mon égard ? Se heurterait-on aussi inlassablement à mon incapacité de réaliser une attente arrêtée ? Me prierait-on ? Je veux dire... d'être autre chose que conforme à ma nature immuable ? En d'autres termes, ne prierait-on pas plutôt autre chose que moi d'être à ma place afin que je ne sois pas ? M'étudier ne serait-il pas dès lors une façon de me fausser à son propre regard ; de me nier pour me substituer quelque chose par quoi l'on se rend maître de ses pairs, par une formule à peine suffisante pour qu'en passant de mains en mains, je ne provoque pas de surprise ? Une chose dont le premier critère constitutif est d'avoir vocation à se véhiculer sans friction dans un tissu de têtes spécialement calibrées pour une devise monétaire ; un titre de propriété en lieu et place de son objet ?
- Mon seul répit envisageable réside dans ma possibilité de transmettre mes pensées pour former une population à mon image, car parvenir à mettre son esprit au grand jour est une modalité particulière de reproduction sexuée – les phrases sont littéralement du code génétique – et étant largement hors de la norme, ce n'est pas en cherchant auprès de la norme que je pourrai valider et mettre en pratique mes atouts, mais bien en me faisant une norme sur mesure, calquée sur ou en compatibilité psychologique à la moindre petite aspérité possible de ma nature, cette nature, sans rien n'en excepter, placée au sommet d'une nouvelle échelle de valeur sans que j'aie le devoir de justifier cela par autre chose que le fait qu'il s'agisse, précisément, de ma nature. Une méthode donnée n'est pas un prérequis à la science en général ; la méthode est idiosyncratique.
- La fibromyalgie n'a pas de cause identifiée, pas de tableau clinique outre les seules plaintes des « sujets atteints », il n'existe aucun test pour la déceler, le médecin a tôt fait, par conséquent, d'y voir avant tout quelque chose dont l'existence reste à démontrer chez l'individu, si tant est qu'il y croie par ailleurs, or en cela, elle met en lumière le dévoiement complet du rôle du médecin dès l'instant où on y voit un scientifique. Par exemple, on consulte le médecin lorsqu'on a besoin de prouver son inaptitude au travail, comme pour obtenir des congés payés ou, comme moi, pour une compensation de handicap.
- « La théière de Russel est une analogie inventée par Bertrand Russel (1872-1970) pour contester que la charge de la preuve soit au sceptique qui refuse les croyances religieuses et montrer que c'est au croyant de les prouver. L'idée est celle d'une hypothétique théière en orbite autour du Soleil, entre la Terre et la planète Mars ; selon Russel, y croire (et demander aux gens d'y croire) sous prétexte qu'il n'est pas possible de prouver sa non-existence est insensé». Wikipedia.
- J'ignore si cela signifie que Russel a dû faire face à la même ironie cosmique que moi à cause d'une réalité corporelle, et donc sociale, aussi tragique que la mienne, mais je ne connaissais pas cette démonstration par l'absurde de l'illégitimité et du caractère proprement extravagant - bien qu'elle soit toujours la première à se targuer de réalisme - de l'injonction à tout conformisme, de tout appel à la convenance, lorsqu'à l'âge de 13 ans, on me demanda pourquoi je n'avais pas de téléphone portable. Je répondis, en substance, qu'en posséder un procédait d'une action ; celle de l'acheter, et que par conséquent il n'y avait pas de pourquoi à ma non-possession d'un téléphone portable, que ma situation était celle par défaut en la matière, mais que le fait que mes « camarades », qui m'avaient posé la question, en possèdent un, puisque cela faisait suite à un achat, les impliquait activement, eux ou leurs parents ou quelqu'un d'autre, était en revanche sujet à « Pourquoi ? », cela est d'autant plus sûr que les avantages qu'il y a à disposer d'un smartphone ne sont en rien mystérieux, à commencer, en l’occurrence, par leur fermer leurs sales bouches. Si cela doit encore en rassurer quelques-uns, « abolir le préjugé selon lequel la représentation statistique d'une situation présage de sa qualité en tant que situation par défaut d'un ensemble donné d’individus en leur qualité d'individus », est une traduction possible de « détruire l'Humanité ». Faisons comme si c'était encore à moi de donner des gages après tout ce que j'ai subi, allez, pourquoi pas, au point où on en est.
- Admettons que l'humain possède un smartphone. Le smartphone existe depuis 2009. L'humain existe depuis 2009. Ou alors, si l'humain a existé avant 2009, et que c'est en qualité d'humain que l'on m'a interrogé, alors l'on avait tort de m'interroger.
- Comme on ne peut pas prouver l'inexistence de la théière de Russel mais seulement son existence éventuelle, on ne peut pas prouver l'inaptitude à travailler en général ni à une tâche donnée, mais seulement l'aptitude. Si je travaillais, on aurait la preuve que je peux. En attendant, l'idée me semble surréaliste, et je n'ai pas à dire pourquoi, me le demander est une faute épistémique plus encore que morale, et il n'y a pas de mots pour dire à quel point ce n'est pas peu dire. Puisque ce n'est qu'un nom, la réalité de la fibromyalgie est on ne peut plus aisée à saisir. Il est vain de continuer de chercher ce qu'est la fibromyalgie puisque, comme l'autisme, c'est un diagnostic poubelle. C'est au mieux ce qui m'aura parfois servi à changer de sujet pour éluder la question des médicaments dans les fins d'entretiens psy, tout en m'exposant continuellement à une interprétation qui, si elle n'était pas dangereuse eut égard aux traitements qu'elle aurait pu motiver, me donnait beaucoup à pleurer : l’idée que ma douleur pouvait être psychosomatique (c'est, d'un point de vue extérieur, toujours l’hypothèse la moins coûteuse, raison de plus pour me passer cette insulte à mon intelligence, en effet, comment ne pas se douter, considérant sa parcimonie, de la pléthore de fois où elle m'a été proposée, et dûment rejetée, si bien entendu l'on est solidement adossé à un paradigme dans lequel l'existence même du psychosomatique passe pour être plus qu'un dogme utile à des fins particulièrement nobles). La réalité de ce que l'on peut inclure sous le nom de fibromyalgie, c'est-à-dire la réalité des causes de douleur généralisée non-identifiées, est aussi vaste et disparate que la réalité « non-lampe à huile » du mobilier. Certaines « fibromyalgies » sont des maladies auto-immunes, d'autres du surmenage dû à une très faible endurance – me concernant, me tenir debout est déjà un travail, dans le sens où pour être capable de soutenir que je suis en capacité de travailler, on ne peut pas se baser sur une expérience du travail plus intense que celle qui consiste pour moi à me tenir debout, non pas que la persévérance dans cette épreuve me fasse souvent défaut à mon jeune âge tant j'en ai l'habitude, et on pourrait être tenté de m'objecter que j'ai déjà fait montre de performances physiques nettement supérieures à quelques occasions, mais que cela représente mon extrême limite pour un rythme de croisière, et qu'en tant qu' extrême limite, ce n'est pas parce que je maintiens ce rythme qu'il ne m'est pas déjà d'un coût énorme – d'autres encore sont des infections chroniques classées « bénignes ». De l’hypoglycémie, de l'anémie ou de la migraine, et la plupart n'a probablement aucun lien avec aucune condition répertoriée, et ce reste, ce véritable angle mort, contient probablement plus de diversité que celle de toutes les hypothèses jamais formulées pour prétendre au titre de seule et unique fibromyalgie. Il est vrai que la fibromyalgie commença par être répertoriée comme un symptôme de plusieurs maladie connues, et que lui donner le statut d'une maladie à part entière fut une tentative de faire reconnaître les difficultés propres de personnes qui ne rentraient dans les critères d'aucune des maladies vérifiable dont elle aurait pu être un symptôme. Mais faire vraiment cas d'une telle chimère, dont n'importe qui pourrait se prétendre affligé pour se voire garantir un quasi-SMIC gratuit sans avoir à fournir plus d'explications, c'est demander à la Santé de retourner à l'état de médecine, et c'est demander en outre à cette médecine de consister à pourvoir ce qu'on est censé échanger contre elle, c'est ainsi que le socialisme, entendu comme le fait de pourvoir à chacun en proportion de ses besoins dûment évalués, est éternellement voué à être en pratique la violation la plus obscène de sa propre éthique, cf la bienveillance souvent réelle de la machine Dolto pour ne citer qu'un autre exemple.
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