Ivain

Jour 6 - "Golden"

Oct 9th, 2023 (edited)
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  1. Maja et son guide repartirent au petit matin, alors que le garçon et le vieil homme étaient encore tous deux lovés dans leurs couvertures, grommelant un « au revoir » languide. Lorsqu’il émergea finalement, Lohim découvrit à ses pieds trois objets. Les deux premiers étaient de petites broches dorées, et le troisième un bout de papier sur lequel les mots « Ne va pas m’oublier » étaient soigneusement écrits. Bien sûr, le garçon fut touché du cadeau. Mais il était également contrit de ne rien avoir pu donner à la jeune fille en échange.
  2.  
  3. Le vieux ne lui laissa pas le temps de ruminer ces sentiments. Il pressa le garçon de se préparer au plus vite, peut-être pour le distraire de ses pensées. Ou sans doute par simple culpabilité d’avoir ronflé bien après le départ de leurs compagnons. En quelques minutes, le camp fut plié, le déjeuner avalé, et la route reprise.
  4.  
  5. L’onirinaute et sa pupille étaient repartis en longeant le plateau, profitant de sa relative fraîcheur. Lohim n’eut pas cette chance : son guide lui fit traverser une nouvelle plaine vaste et aride, légèrement vallonée et totalement déserte.
  6. Quelques jours après la rencontre, l’enfant exprima son désaccord avec un tact tout relatif :
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  8. « J’espère que tu as une bonne raison de nous faire marcher ici, le vieux. Et en plein soleil en plus. »
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  10. Son compagnon ne répondit pas.
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  12. « Est-ce qu’on va à cette Nuit de l’Eveil ? » renchérit Lohim.
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  14. « Pas encore. »
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  16. « On va où alors ? »
  17.  
  18. « On monte dans le Maquis Perché. »
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  20. « C’est ça notre destination ? »
  21.  
  22. « Non. »
  23.  
  24. Le garçon soupira. Sven avait toujours été assez taciturne, mais aujourd’hui il se surpassait. Il insista encore.
  25.  
  26. « C’est quoi alors ? »
  27.  
  28. Pour toute réponse, son compagnon pointa l’horizon. Lohim ne vit rien d’autres que des collines semblables à celles qu’ils traversaient.
  29.  
  30. « Je vois rien d’autre que des collines comme celles qu’on traverse. »
  31.  
  32. Bien entendu, cette nouvelle remarque fut accueillie par un silence nonchalant. Mais dans les heures qui suivirent, au fur et à mesure qu’ils approchaient de leur objectif, le garçon comprit de quoi le vieux parlait.
  33.  
  34. Ces collines-là étaient plus grandes que celles qu’ils avaient arpentées jusqu’ici. Elles étaient nettement plus rocailleuses aussi, et plus…découpées. Leurs flancs étaient abrupts, et parsemés de crevasses et de minuscules falaises. Leurs dimensions étaient variées, et parfois elles s’étageaient sur plusieurs niveaux, comme une rizière qui aurait subitement été desséchée. L’ensemble avait un aspect presque artificiel. Mais le garçon ne doutait pas que seule la main de la nature les avait dessinée : son guide et lui n’avaient toujours pas croisé âme qui vive.
  35.  
  36. La végétation avait changé aussi. Dans la plaine, les prairies jaunies laissaient parfois la place à des bosquets de petits arbres, serrés les uns contre les autres comme pour affronter les âpres rayons de soleil, et préserver un peu d’humidité ensemble. À présent, la flore était nettement plus basse, mais plus uniformément répartie. Chaque monticule, aussi gros et accidenté soit-il, avait son lot de buissons épineux et de mousses opiniâtres juchés sur sa crète ou nichés dans ses fissures. Pour faire bon accueil aux voyageurs, ces plantes sèches émanaient des senteurs agréables à travers la fine couche de poussière de roche qui les recouvraient.
  37.  
  38. « Le Maquis Perché », annonça sobrement le vieillard avec un sourire satisfait. « Prends garde à où tu mets les pieds ici. Il y a plus de crevasses que de cailloux. »
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  40. Ainsi, ils repartirent dans ce nouveau décor. Ils progressaient plus lentement, mais avec le plaisir de la découverte – ou dans le cas du vieil homme, avec la joie nostalgique de retrouver un paysage presque oublié.
  41.  
  42. Peu avant le coucher du soleil, ils parvinrent à une surprenante formation : trois monticules plus hauts que larges, de forme vaguement ovale, tenant plus de l’énorme rocher que de la colline. Sven et Lohim se hissèrent sur le plus grand des trois. Dans l’interstice qui le séparait de son voisin, de l’eau jaillissait d’une fissure dans la roche et allait cascader joyeusement jusqu’à un petit bassin en contrebas. Le site était idéal pour le bivouac. D’autant que l’air encore chaud embaumait la lavande et le thym.
  43.  
  44. Une fois le campement installé, ils s’assirent au bord d’un promontoire qui dominait le reste du maquis. Le garçon pris une grande inspiration ravie et soupira d’aise. Il admira un temps le paysage qui s’offrait à lui, si différent de ce qu’il avait connu toute son enfance. Puis, toujours prompt à se désintéresser, il se mit à triturer les broches que lui avait offert Maja.
  45.  
  46. « Pourquoi elle m’en a offert deux ? Une seule ça aurait été mieux. »
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  48. « Peut-être qu’elle connait ta propension à perdre les choses importantes ? »
  49.  
  50. Lohim ignora la pique et répéta, têtu :
  51.  
  52. « Une seule ça aurait été mieux. Il en faut une seule pour que ce soit un souvenir de quelqu’un. »
  53.  
  54. Plutôt que de remettre en question cette logique péremptoire, le vieil homme suggéra :
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  56. « Si tu ne sais pas quoi faire de la deuxième, tu peux toujours l’offrir. »
  57.  
  58. « À toi ? »
  59.  
  60. « Je pensais à Ramphra, un ermite du coin. Il adore tout ce qui est doré. Tu peux être sûr qu’il te récompensera pour ce cadeau. »
  61.  
  62. Le garçon fit la moue.
  63.  
  64. « Ça m’étonnerait qu’il en veuille. C’est pas du vrai or, tu sais. »
  65.  
  66. « Je n’ai pas dit "en or", j’ai dit "doré". Il collectionne tous les objets dorés, sans exception. Et il les bichonne. »
  67.  
  68. « Pour quoi faire ? »
  69.  
  70. « Eh bien, il les expose pour les visiteurs, déjà. Et puis, je sais que sa collection a un rapport avec la quête de sa vie. Le Monde Doré, il l’appelle. Mais je ne sais plus exactement ce que c’est. »
  71. « Ah, ça m’intéresse ça. Et il est où, ce Ramphra ? »
  72.  
  73. « Il a une cabane dans la pinède. Le petit bois qu’on aperçoit tout là-bas, au fond du vallon. C’est à presque un jour de marche, mais si tu penses que cela vaut le détour… »
  74.  
  75. « Oui. Je pense ça. On y va demain ! »
  76.  
  77. « Haha, entendu. Dans ce cas, va te coucher. Demain sera une journée assez ardue. »
  78.  
  79. L’enthousiasme aidant, ladite marche fut plutôt vite accomplie. En début d’après-midi, Lohim parvint en bas du vallon et franchit l’orée du bois de pins, suivi à une cinquantaine de pas par un Sven fourbu qui tentait de rester à sa hauteur. Une heure plus tard, ils se tenaient tous deux devant la fameuse cabane.
  80.  
  81. Elle faisait trente bons pieds de long, et malgré sa rusticité, c’était un logis qui semblait confortable. Surtout à des voyageurs qui n’avaient pas connu l’agrément d’une demeure depuis des mois.
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  83. Avant qu’ils n’aient pu frapper à la porte, celle-ci s’ouvrit sur un curieux personnage. Ramphra était un petit homme dans la quarantaine, à la barbe hirsute, aux cheveux très longs et au front protubérant, sous lequel pétillaient de petits yeux en proie à un perpétuel émerveillement. Il arborait un sourire jovial, dont il ne devait probablement pas souvent se séparer.
  84.  
  85. « Entrez, entrez ! Vous devez être fourbus. J’ai deux sièges, prenez-en un chacun. Je vais voir s’il me reste quelque chose d’autre à boire que l’eau de la rivière…Ah, on dirait que non, désolé. »
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  87. « Aucun souci », répondit calmement Sven. « Merci pour votre hospitalité. »
  88.  
  89. « Qu’est-ce qui vous amène par ici ? »
  90.  
  91. « Le jeune Lohim ici présent à quelque chose à vous donner. »
  92.  
  93. Les yeux pétillants s’agrandirent de curiosité, puis s’écarquillèrent véritablement à la vue de la broche que venait de sortir le garçon.
  94.  
  95. « Oh, c’est pour moi ça ? Merci merci merci ! Bien sûr, en échange je vous offre le gîte et le couvert. Comme tu le sais » ajouta-t-il à l’attention du vieil homme.
  96.  
  97. Celui-ci ne répondit que par un sourire entendu.
  98.  
  99. « En attendant, je vous laisse, il faut que j’aille m’occuper de cette beauté », poursuivit Ramphra en caressant affectueusement la broche. « Mettez-vous à l’aise ! »
  100.  
  101. Lohim attendit que leur hôte disparaisse dans une pièce voisine, puis lança à son compagnon, à voix basse mais chargée d’une indignation naissante :
  102.  
  103. « Attends, c’est ça la récompense ? Tu voulais que je me sépare de la moitié de mon cadeau, juste pour que tu dormes dans un lit douillet ce soir ? »
  104.  
  105. Sven bailla son indifférence.
  106.  
  107. « Tu m’a clairement annoncé que tu n’en voulais pas, de toute façon. »
  108.  
  109. « Tu abuses quand même, papy. »
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  111. « Allons, allons. Maintenant que l’échange est opéré, autant en profiter. La collection de Ramphra est dans cette pièce-ci, si je me souviens bien. »
  112.  
  113. Cédant à la curiosité, l’enfant ravala sa colère et suivit son guide dans une salle qui occupait une bonne moitié de la superficie de l’édifice.
  114.  
  115. C’était une véritable caverne au trésor. Tout le long de chaque mur, des présentoirs taillés directement dans le bois massif exposaient des objets de forme et de nature incroyablement variées. Il y avait là des bijoux, des ustensiles de cuisine, des statuettes, de la monnaie, des pièces d’ingénierie et des décorations d’intérieur. Il n’y avait aucun ordre, aucune logique dans la disposition. Seul deux points communs unissaient tous ces artéfacts : ils étaient de couleur dorée, et ils étaient minutieusement nettoyés et polis. De loin, chaque pièce de cette collection scintillait à la lumière ; et de près, on se rendait compte qu’elle était parfaitement réfléchissante. Au centre de la salle, une massive colonne en bois de chêne était percée d’alcôves sur toute sa circonférence et à diverses hauteurs. Chaque alcôve contenait un unique bouton de manchette finement ouvragé. Lohim n’avait absolument aucune idée de comment un ermite était entré en possession d’autant de boutons de manchette, mais sa perplexité ne diminuait en rien l’admiration qu’il éprouvait pour la collection étalée sous ses yeux.
  116.  
  117. Les deux voyageurs passèrent plus d’une heure dans le musée, à détailler chaque pièce de l’exposition en poussant d’occasionnels "oh" appréciateurs. Enfin, Ramphra réapparut. Il revint auprès d’eux, non sans avoir élu une place de choix pour sa dernière acquisition, désormais parfaitement lustrée.
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  119. « Votre collection est incroyable », déclara Lohim sans préambule.
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  121. « Merci petit gars. Elle est presque entièrement constituée de dons, et j’accorde beaucoup d’importance à chaque cadeau qu’on me fait. »
  122.  
  123. « Je vois ça. C’est vrai que vous êtes en quête du Monde Doré ? »
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  125. « On peut dire ça, oui. »
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  127. « Et vous pouvez me dire ce que c’est ? »
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  129. « Bien sûr. Le Monde Doré, c’est un monde en-dehors de notre monde. Il est entièrement baigné d’une lumière d’or. C’est cette même lueur dont on jouit pendant un court instant, au tout début d’un coucher de soleil. Mais dans le Monde Doré, cet instant devient éternel et immuable. Le temps et l’espace sont étirés par sa magnificence. En ce royaume, toute chose devient transfigurée par la beauté de la lumière, et semble faite de l’or le plus pur. C’est ce que nos plus lointains ancêtres appelaient l’apothéose. Le poète l’appelait Empyrée, car ce monde semble fait d’un feu sublime, un feu sans destruction. »
  130. Gagné par la véhémence de son hôte, le garçon hocha la tête plusieurs fois avec enthousiasme.
  131.  
  132. « Mais alors, où il est ce monde ? Comment on le découvre ? »
  133.  
  134. Ramphra retrouva subitement sa contenance. Calmement, avec un air de malice, il invita le gamin à se pencher sur un présentoir.
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  136. « Qu’est-ce que tu vois, mon garçon ? »
  137.  
  138. « C’est la broche que je vous ai offerte. »
  139.  
  140. « Regarde de plus près. »
  141.  
  142. « C’est…du métal, recouvert avec de l’or. Ou peut-être de l’or des fous. »
  143.  
  144. « Non, ça c’est ce que tu sais. Je te demande ce que tu vois. »
  145.  
  146. Perplexe, l’enfant approcha son visage au plus près du présentoir. Sur la surface du bijou, deux yeux déformés et teints en jaune lui rendaient son regard inquisiteur.
  147.  
  148. « Je vois mon reflet. »
  149.  
  150. « Oui ! Continue. »
  151.  
  152. « À bien y regarder, je vois votre reflet aussi. Et le reflet de la pièce. Mais tout est doré, et comme étiré vers le haut ou le bas. »
  153.  
  154. Il comprit enfin.
  155.  
  156. « C’est ça, votre monde doré ? » fit-il sans pouvoir masquer une pointe de déception dans la voix.
  157.  
  158. « Absolument ! Un monde en miroir du nôtre, où chaque chose et chaque créature semble faite d’or pur. Un domaine où l’espace lui-même est transfiguré, et où tout est à jamais dans la lueur. Toi, tu vois un objet, une broche, un accessoire. Mais moi, je vois une frontière ! La fine limite qui sépare notre terne réalité d’un royaume scintillant ! »
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  160. Il s’exclamait de nouveau, agitant les mains avec emphase. Puis il sembla enfin remarquer le dépit de son interlocuteur. Il se pencha vers l’enfant et reprit doucement :
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  162. « Tu es déçu, n’est-ce-pas. Toi qui arpentes le monde et vois la vérité partout, crois-tu que je sois fou ? »
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  164. « Non monsieur. Mais, c’est que…le Monde Doré, je voulais y être. Si je ne peux pas y aller, ça ne sert à rien d’en parler. Désolé. »
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  166. Ramphra se redressa et échangea un regard entendu avec le vieillard, qui observait la scène avec amusement.
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  168. « Eh bien, mon garçon, comme je le disais, je ne laisserai pas un cadeau sans récompense. Tu m’as offert un nouvel aperçu du Monde Doré, il est normal que je t’en procure un. C’est pour cela que je vous offre le gîte cette nuit. Toute personne qui dort en ces murs pose ses yeux nocturnes sur le domaine de la perfection. »
  169.  
  170. Lohim gratifia cette réponse d’un sourire ravi. Une fois de plus, il fut pressé de s’endormir ce soir-là. Et après un dîner étonnamment savoureux, uniquement composé des fruits de la cueillette, il put s’allonger dans un lit digne de ce nom, et rêver.
  171.  
  172. Cette nuit-là, il se retrouva dans un village incroyable, bien loin de la pinède et du maquis. Des maisons faites d’or pâle portaient haut leur toits mordorés, dont chaque tuile resplendissait de reflets chatoyants. Il courut sur la grand place, donc chaque pavé était un lingot qui tintait joyeusement sous ses pas. Il s’assit sur le rebord luisant d’une fontaine de vif-argent.
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  174. Levant le regard, il vit un beffroi immense, d’un ocre brillant, qui fendait le ciel en s’étirant selon un arc impossible, semblant s’évaser à son sommet. Et tout en haut de ce beffroi se tenait une statue d’ange en or massif, rendue gigantesque par la déformation qui étirait chaque chose. Cette déformation était presque infinie sur les ailes de la créature, qui paraissaient couvrir le ciel entier d’un dôme protecteur.
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  176. Il sut que le nom de l’ange était Apothéose.
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  178. Lorsqu’il se réveilla, ses yeux le piquaient comme s’ils avaient été exposés trop longtemps à la lumière crue. Il s’assit sur le lit, laissa un moment ses paupières fermées, et sentit un autre changement en lui. Sven lui confirma avec bienveillance ce dont il se doutait déjà : à la base de son crâne, deux runes symétriques et recourbées descendaient depuis le glyphe de la Peur jusque dans sa nuque.
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