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- Extrait du "Feuillet de l’Exposition" (Paris, Louvre, 1957)
- Peu après sa découverte à Uqbar en 1907 par Herring, la fresque éponyme fut ramenée à Londres pour y être dévoilée. Le long de ses six mètres, les gravures y retraçaient les événements de la mythique Révolte des Eaux, de la proclamation d’Albane à la défaite des Ondins.
- Bien qu’elle fut sans grande importance archéologique au regard du reste de l’œuvre, c’est l’une des dernières scènes qui rendirent la fresque d’Uqbar célèbre auprès du grand public. Les commentateurs de l’époque s’émurent en effet d’un détail présent sur une représentation de Zakaz, victorieux, reprenant sa couronne à Albane : il sembla à un certain nombre d’entre eux que le suzerain des dieux était doté de plusieurs mains sur le bras droit, ce qui motiva quelques articles restés célèbres.
- Cette méprise illustre bien le manque de sources documentant les origines mythologiques du monde, et nous permet de mettre à l’honneur Fabrizzi l’Ancien, qui en 1864 expliquait fort bien la chose dans un essai resté trop peu connu, "Le Sacré et le Profane" :
- "Au commencement était Chaos, et le Monde d’alors n’était pas, car il n’y avait que Lui, et rien d’autre.
- Un jour, il donna naissance à trois enfants et leur ménagea un espace pour qu’ils puissent évoluer. L’Univers était né.
- Il y avait Hmota, Principe de la Matière, Smotret, Principe du Vide et Kebus, Principe de la Chaleur. Ces trois là emplirent le monde et ils le firent à l’image de leur père, chaotique. Ils passaient leur temps à se confronter, sans que jamais l’un ne l’emporte sur l’autre, et pendant longtemps aucune structure n’émergea tant leur comportement restait anarchique et insensé.
- Cet état aurait pu perdurer s’il n’y avait eu un quatrième enfant de Chaos. Il s’agissait de Zakaz (Ordre), Principe de l’Esprit qui à la différence des autres n’avait pas été incarné (car l’esprit se suffit à lui-même) et manquait de prises sur son environnement pour pleinement s’exprimer.
- Certains philosophes antiques, à l’instar de Soklatön, prétendirent que Zakaz ne fut pas conçu par Chaos, mais en l’absence de thèse convaincante sur la nature de son apparition, il est généralement accepté que, sciemment ou non, Chaos a créé son antonyme en même temps que l’Univers dans un souci d’équilibre primitif, de la même manière qu’il fit égaux ses trois autres enfants.
- Quoi qu’il en soit, Zakaz, avec beaucoup de patience, essaya par tous les moyens de dompter les autres Principes, de prendre le dessus sur l’inanimé en furie.
- Usant de suggestions légères, d’impressions fugaces, d’envies subtiles, il parvint à faire naître une idée – une seule idée, chez Hmota, Smotret et Kebus : l’idée de créer quelque chose bien à eux, comme leur père jadis.
- Pour cela il leur fallait coopérer, mêler en un parfait dosage leurs essences propres. Ils se réunirent donc au centre du monde, et saisirent chacun le poignet de son voisin de droite. Alors, du cercle formé par leurs poings émergea Zakaz incarné, tel que nous le connaissons aujourd’hui.
- Avant que ses géniteurs ne puissent réagir, il trancha net les bras tendus et s’en coiffa à la manière d’une couronne, actant sa domination sur les Principes originels, et les condamna à s’assagir, à respecter sa loi, celle qui dicta le reste de la création.
- Ainsi commença le long règne du premier des Dieux, Zakaz, garant de l’ordre du monde.
- Chaos ne disparut pas pour autant, mais de par sa nature même, il ne s’offusqua pas de ces évènements. Il demeure toujours égal à lui-même, tapi dans les plaines infinies nichées au cœur de toute chose, là où Hmota, Smotret et Kebus se côtoient aussi intimement qu’au début de leur vie. Et bien que leur environnement, à leur échelle, paraisse si immuable et bien réglé aux âmes innocentes, en son sein toujours résidera la folie des origines.
- C’est pour cela que Zakaz conserva son statut depuis lors, alors même que certains de ses enfants accomplirent des exploits inimaginables, le surpassant largement parfois : tous savent que les poings d’apparence docile qui ceignent son front ne rêvent que de lui broyer le crâne, lorsque l’occasion se présentera."
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