max-ou

« LFI coche toutes les cases antisémites » : l'avocat de Raphaël Enthoven démolit Mélenchon (2025)

Sep 24th, 2025 (edited)
68
0
Never
Not a member of Pastebin yet? Sign Up, it unlocks many cool features!
text 14.91 KB | None | 0 0
  1. « LFI coche toutes les cases antisémites » : l'avocat de Raphaël Enthoven démolit Mélenchon
  2.  
  3. Par Nicolas Bastuck, Le Point, no. 202509, mardi 23 septembre
  4.  
  5. Poursuivi pour injure publique par La France insoumise après un tweet la qualifiant de « passionnément antisémite », le philosophe, défendu par Richard Malka, comparaissait mardi devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.
  6.  
  7. 1er mai 2024, Saint-Étienne (Loire). En ce jour de fête du Travail, Raphaël Glucksmann , candidat aux européennes à la tête d'une liste d'union PS-Place publique, rejoint le cortège des manifestants. Huées, insultes, jets de peinture et d'oeufs pourris accueillent son arrivée aux cris de « casse-toi ! » et « Palestine vivra ! ». La violence est telle qu'il devra être exfiltré du défilé. Impliqué dans la défense des minorités, notamment celle des Ouïgours musulmans persécutés par le régime chinois, Raphaël Glucksmann avait dénoncé quelques semaines auparavant « le carnage de Gaza ». Petit-fils de résistants communistes, il s'est toujours dit favorable à la reconnaissance d'un État palestinien. Seulement voilà... Glucksmann est juif et, pour certains manifestants stéphanois, cela suffit à le chasser de ce cortège où flottent de nombreux drapeaux LFI. « Des groupuscules violents nous ont attaqués. Ces attaques sont le résultat de mois de haine et de calomnies savamment orchestrées par les Insoumis et d'autres », s'indignera le candidat, une fois à l'abri de cette foule haineuse.
  8.  
  9. En voyant ces images, le sang d'un autre Raphaël ne fait qu'un tour. Sur son compte X, suivi par 268 000 « followers », l'écrivain Raphaël Enthoven pianote à 17 h 44 : « #LaFranceInsoumise est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite [...]. Ils sont tellement cons [...]. On n'en peut plus de ce club de déficients. » Un mois et demi plus tard, un commissaire de justice frappe à sa porte. Il a du papier bleu à lui remettre : une citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris, émanant de LFI (la personne morale, pas ses élus ou cadres dirigeants) qui le poursuit pour « injure publique envers un particulier », délit passible de 12 000 euros d'amende.
  10.  
  11. « Les propos [d'Enthoven] s'inscrivent dans une accumulation de propos outrageants et grossiers à l'encontre de La France insoumise. Ils ne comportent l'imputation d'aucun fait mais ne sont utilisés que pour appuyer le mépris de l'auteur à l'égard de ce mouvement. Les termes "passionnément antisémite" versent dans l'attaque personnelle et outrepassent les limites admissibles de la liberté d'expression. Il s'agit de propos abrupts, méprisants, sans explication et tenus en dehors de tout contexte. Une invective grave caractérisant une injure », dénonce la citation. De tels propos « constituent une atteinte considérable à l'image du parti » en vue de « le discréditer dans l'opinion publique », ajoute l'acte de poursuite. En réparation de son « préjudice », LFI réclame au chroniqueur philosophe 10 000 euros de dommages et intérêts.
  12.  
  13. Club de déficients ? Comment dire, c'est à la fois une déficience de courage, d'empathie, de sincérité à laquelle s'ajoute l'hypothèse de la sottise comme cause de tout cela (Raphaël Enthoven à la barre)« LFI est un mouvement dangereux »
  14.  
  15. Un an a passé, le moment du procès est arrivé. Il s'instruit devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, où se jugent les affaires de presse. La justice fixe ici les limites de la liberté d'expression et sanctionne ses abus. C'est le tribunal des mots : mots qui dérangent, heurtent ou inquiètent ; mots qui tuent, blessent ou trahissent ; mots qui révèlent des vérités crues, parfois aussi.
  16.  
  17. « M. Enthoven, veuillez vous approcher de la barre », lui enjoint le président. Costume noir et tempes grisonnantes, le prévenu, qui tient quelques notes qui ne lui seront d'aucune utilité, ne se fait pas prier. Si c'était à refaire, il retweeterait dans les mêmes termes et le revendique avec l'aisance oratoire qu'on lui connaît. Le tribunal lui demande de s'expliquer : LFI, un mouvement « détestable, violent et complotiste ? ». « Détestable, c'est un point de vue. Qui n'a pas en tête les violences des Insoumis ? C'est leur méthode d'action, j'enfonce des portes ouvertes en le disant. Quant au complotisme de LFI, il me vient du fait que M. Mélenchon estime, depuis le 7 octobre 2023, que le Crif [Conseil représentatif des institutions juives de France] dicte ses volontés au gouvernement français. »
  18.  
  19. « Passionnément antisémite ? » poursuit le président. « Quand on présente le peuple juif comme déicide ; quand on fait entrer à l'Assemblée des députés qui reprennent la terminologie de Soral sur les dragons célestes, pour désigner les juifs ; quand on présente comme "résiduel" un antisémitisme qui a augmenté de 1 000 %, j'estime qu'on est antisémite. C'est une haine qui s'en donne à coeur joie. » « Tellement cons ? » « On est sur Twitter, dans un climat d'agression, mon réflexe n'est pas de dire "ils sont tellement bêtes". Ça m'est venu spontanément, j'ai eu besoin de dire ce que j'avais envie de dire, se défend Enthoven. Ai-je jeté de l'huile sur le feu en le faisant ? C'est possible, mais ça me paraissait tout à fait nécessaire. » « Club de déficients », enfin ? « Comment dire ? hésite cette fois le prévenu. C'est à la fois une déficience de courage, d'empathie, de sincérité à laquelle s'ajoute l'hypothèse de la sottise comme cause de tout cela. D'où cette métaphore. »
  20.  
  21. Enthoven persiste et signe : « LFI est un mouvement dangereux et pestilentiel. Je lui livre une guerre acharnée depuis 2015, ça me semble important. » Il y a quelques semaines, lui fait alors remarquer Me Richard Malka, son avocat, le député LFI Aymeric Caron a considéré dans un tweet que Raphaël Enthoven mériterait de comparaître devant « un nouveau Nuremberg », comme « complice des crimes de Gaza ». « Des messages comme ça, j'en reçois des milliers », relativise le philosophe en haussant les épaules.
  22.  
  23. « Être qualifié de "passionnément antisémite" », pour un parti politique, c'est très grave. C'est une infamie, une disqualification », lui rétorque Me Mathieu Davy, partie civile au soutien de La France insoumise. « LFI, pas plus qu'aucun de ses élus, n'a jamais été condamné ni même poursuivi pour des faits de cette nature. Être qualifié de déficient, c'est aussi une violence très forte qui tend à contester la légitimité du mouvement. Avec ses propos, qui ne visaient qu'à faire mal et blesser, M. Enthoven n'a ouvert aucun débat. On sort ici du champ de la liberté d'expression, M. Enthoven a seulement développé une animosité personnelle et acharnée, c'est pourquoi vous le condamnerez. »
  24.  
  25. En défense, Me Richard Malka s'est étonné de ne pas voir dans le prétoire Manuel Bompard, Mathilde Panot ou Maxime Carpentier, les trois représentants légaux de LFI, selon ses statuts. « Ils n'ont pas daigné nous faire l'honneur de leur présence, comme s'ils n'assumaient plus. Ça manque de panache, c'est dommage », a-t-il ironisé. « Pour LFI, le débat et la contradiction, c'est comme la démocratie : c'est pour les autres », a-t-il regretté. De même s'est-il dit « surpris » de ne pas voir aux côtés de son client Le Monde, France Inter, Le Nouvel Obs, Le Point... ; les nombreux historiens et intellectuels (Nonna Meyer, Michel Onfray, Robert Hirsch...) qui ont pointé la dérive antisémite de LFI ; Yonathan Arfi (président du Crif), Paul Salmona (directeur du musée d'Art et d'Histoire du judaïsme) et le politologue Rudy Reichstadt, qu'il a fait citer comme témoins qualifiés ; Clémentine Autain, qui a su dire que « l'antisémitisme ne saurait être une option » et les 92 % de juifs français qui considèrent que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon contribue à le faire monter en France. « Si vous condamnez Raphaël Enthoven, il faudra les condamner tous. Ça va faire du monde à juger ! » sourit Me Malka. Avant de se rembrunir : « Ce procès est absurde et monstrueux. Il vise à interdire aux victimes de l'antisémitisme le droit de désigner leur bourreau, à neutraliser toute réponse immunitaire à un cancer qui se répand. Mais puisque LFI l'a voulu, allons-y ! »
  26.  
  27. La meilleure défense étant l'attaque, surtout dans cette matière, Me Malka a livré durant une heure trente une plaidoirie d'une rare intensité, à l'image d'un débat qui, selon lui, tient en deux questions : « LFI est-il devenu un parti antisémite ? » ; « La justice a-t-elle vocation à interdire que la question soit posée, au risque de museler ceux et celles qui alertent sur un phénomène qui n'a rien de résiduel ? » Les réponses étaient dans les questions, mais le défenseur de Raphaël Enthoven s'est employé à y répondre.
  28.  
  29. « L'antisémitisme renaît toujours de ses cendres, sous une forme ou une autre. Au mieux, il saute une ou deux générations, venant d'une religion ou d'une autre, de droite ou de gauche, là où on ne l'attend pas. Aucune haine ne mute aussi bien que celle du juif », a lancé Me Malka dans une formule qui fera date.
  30.  
  31. Il avait laissé à sa collaboratrice Marine Viegas le soin de labourer le terrain juridique et jurisprudentiel, décortiquant chacun des termes visés par la poursuite (parti « détestable », « violent », « con »...). Il dresse pour sa part l'inventaire des « outrances » de Mélenchon - « le Très Haut », le « grand timonier », moque-t-il - et de ses disciples, pointant les « propos d'ivrognes » des députés d'un parti qui « disqualifie la démocratie ». « M. Mélenchon s'accorde le droit d'accuser la terre entière de complotisme mais ne supporte pas le tweet d'un éditorialiste. Sa devise est : "Toute la liberté d'expression pour moi, aucune pour les autres". Il n'accepte de monter sur un ring de boxe que si ses adversaires ont les mains attachées dans le dos », raille-t-il.
  32.  
  33. L'avocat, qui avait fait charbonner son cabinet, a offert au tribunal un florilège des outrances LFIstes, une sorte d'« offre de preuves » tel qu'on les présente généralement dans les affaires de diffamation. L'antisémitisme « résiduel » dont parle Mélenchon ? « Un véritable négationnisme, moralement criminel », s'étrangle Richard Malka, qui convoque les crimes de Mohammed Merah, des frères Kouachi et du gang des barbares, les tronçonneurs-profanateurs de l'arbre d'Ilan Halimi. Avant d'en appeler aux statistiques : 37 % des juifs français ont subi une agression depuis les attaques du 7 octobre 2023 ; 54 % des élèves reconnaissent désormais un préjugé antijuif. Les affiches « authentiquement nazies » éditées par LFI pour caricaturer Cyril Hanouna ? La preuve par l'image, s'il en était besoin...
  34.  
  35. « Mélenchon est celui qui a appuyé sur l'interrupteur pour rallumer les feux de l'antisémitisme. Sa responsabilité est écrasante », accuse l'avocat d'Enthoven. « Ses mots le trahissent, il n'arrive plus à les retenir », s'indigne encore Richard Malka en visant « celui qui utilise le mot "diaspora" pour qualifier les juifs français ». Il les « essentialise », les réduit à leur religion, instrumentalise le conflit israélo-palestinien en « faisant mine de ne pas savoir que des milliers d'entre eux se sentent otages impuissants de la politique israélienne ». « Mélenchon sait précisément la violence qu'il déchaîne, mais il s'en fiche. Pire, il semble en jouir [...]. C'est comme si on demandait à chaque musulman de France de rendre des comptes sur la barbarie des talibans, les massacres de Boko Haram, les viols des yézidis par Daech, les attentats d'al-Qaïda, la dictature iranienne, l'élimination des chrétiens d'Orient, l'esclavagisme libyen ou le nettoyage ethnique pratiqué au Darfour... ».
  36.  
  37. L'habileté de la plaidoirie de Richard Malka est d'avoir fait fi des propos incendiaires des Insoumis sur Gaza. « Ils peuvent dire ce qu'ils voudront, je ne tomberai pas dans ce piège et ne leur reproche rien à ce sujet. » Une observation, simplement : « On peut être à 1 000 % propalestinien sans avoir recours aux mythologies antisémites. Ça s'appelle communiste, ça s'appelle François Ruffin, ça s'appelle Clémentine Autain, ça a bien des noms mais ce n'est ni Manuel Bompard ni Jean-Luc Mélenchon », oppose Richard Malka.
  38.  
  39. « Perversité », « préjugés médiévaux », « violence compulsive », « antisémitisme chimiquement pur »... Protégé par l'immunité judiciaire, qui préserve la liberté de parole dans l'enceinte d'un tribunal, l'avocat de Charlie Hebdo frappe fort. « Mon client a eu mille fois raison d'employer le terme de "parti passionnément antisémite". Ce n'est pas injurieux, c'est analytique. LFI a réussi à relégitimer la haine religieuse en France. Les juifs ont peur et c'est de LFI dont ils ont peur », martèle-t-il. « La passion obsessionnelle des Insoumis a transformé des Français en juifs. L'extrême droite n'y était pas parvenue, ils l'ont fait [...]. Mélenchon ne s'est pas contenté de manipuler l'antisémite prétendument "vertueux", car antisioniste. Il a ressuscité l'antisémitisme chrétien, pierre angulaire de 2 000 ans de persécutions des juifs, lorsqu'il déclare : "Je ne sais si Jésus était sur la croix, je sais qui l'y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes." La question juive lui dévore le cerveau. On a du mal à le croire, et pourtant, revoilà dans sa bouche le peuple déicide ! Ce n'est pas un vieux collabo qui parle, c'est le leader de la gauche française. Comment ne pas parler de passion antisémite ? »
  40.  
  41. Le temps est venu de conclure. Cosmopolitisme du juif errant, séparatisme, peuple déicide, spéculation financière, conspiration pour dominer le monde, colonialisme et supériorité raciale... « Tout y est ! » Citations à l'appui, Richard Malka a trouvé dans le discours de LFI et de ses dirigeants la trace de tous les mythes antijuifs, tels que répertoriés par l'historien spécialiste de l'extrême droite Pierre-André Taguieff. « LFI coche toutes les cases antisémites [...]. Page après page, fantasme après fantasme, Jean-Luc Mélenchon réécrit le Protocole des sages de Sion [...]. Comment s'est-il perdu à ce point ? Pour gagner des voix hypothétiques, ce destructeur de la République a assassiné ce qu'il était. L'antisémitisme ronge et détruit son hôte. C'est un chemin sans retour pour celui qui l'emprunte. La seule postérité de Mélenchon sera de l'avoir réhabilité. C'est son oeuvre la plus importante, celle qui écrasera tout le reste [...] Après Auschwitz, c'est un tragique exploit qui présage de temps obscurs. »
  42.  
  43. Puis, s'adressant au tribunal : « Quel est ce procès où l'on tente de faire taire ceux qui dénoncent la haine, plutôt que ceux qui la propagent ? Dénoncer la passion antisémite de ce parti est plus qu'un droit, c'est un devoir moral. Si le tribunal le veut bien, nous ne laisserons pas faire. »
  44.  
  45. Jugement le 6 novembre.
Add Comment
Please, Sign In to add comment