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Islamistes et Insoumis, l'alliance du Nord (Erwan Seznec, Le Point, 2025)

Nov 11th, 2025
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  1. Islamistes et Insoumis, l'alliance du Nord
  2. Par Erwan Seznec, Le Point, dimanche 2 novembre
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  4. ENQUÊTE DU DIMANCHE. Laboratoire des municipales, l'ancien bassin minier voit socialistes et communistes s'élever contre un entrisme islamiste accueilli à bras ouverts par LFI.
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  6. La scène est banale dans la France de 2025. Quelques militants animent un rassemblement en défense de la Palestine, fin septembre, à Denain (20 000 habitants), dans le département du Nord. Les orateurs se succèdent devant un public clairsemé, déroulant les éléments de langage habituels sur la crise en cours à Gaza. On aperçoit un certain « Ali l'Iranien », ainsi qu'il est surnommé par les autres militants de l'association Justice et Paix, basée à Grande-Synthe, à 130 kilomètres.
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  8. Organisatrice d'événements propalestiniens, Justice et Paix est née début 2025, à l'initiative d'Insoumis du Grand Dunkerque. Son compte Facebook suit ceux des députés LFI Manuel Bompard, Clémence Guetté, Manon Aubry (députée européenne), Aymeric Caron, Thomas Portes, David Guiraud, etc. C'est une association satellite du parti. Les Nordistes du littoral ont été accueillis à Denain par Soufiane Iquioussen, responsable de groupe local. Là encore, rien à signaler. Du moins en surface. Pour comprendre ce que ce rassemblement a de préoccupant, il faut remonter dans le passé.
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  10. Le premier retour en arrière nous emmène en juillet 2024. « Ali l'Iranien » se recueille dans un cimetière de Grande-Synthe aux obsèques d'un certain Yahia Gouasmi. Cet imam était le chef du centre religieux chiite Zahra, fermé en octobre 2018 par les pouvoirs publics pour apologie du djihad armé. Sur une vidéo des funérailles diffusée sur les réseaux sociaux par la famille du défunt, on voit Ali l'Iranien assis en tailleur au bord de la fosse, avec le dernier carré des fidèles. Il y a là les deux fils Gouasmi. L'un d'entre eux est prédicateur. C'est également le cas du beau-fils de l'imam, Jamel Tahiri, qui officiait pendant la cérémonie funéraire, et qui est assis à côté de Ali l'Iranien. L'autre fils de l'imam, commerçant, a été condamné à 18 mois de prison, dont 6 mois ferme, en 2018 pour détention d'armes illégale.
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  12. Gouasmi était un radical. Fondateur d'un obscur « parti antisioniste » (également dissous en 2018), il avait monté une liste aux européennes de 2009 avec l'humoriste Dieudonné et le polémiste Alain Soral, régulièrement condamnés pour incitation à la haine raciale. Dénominateur commun des trois hommes : la haine des sionistes, pour ne pas dire des juifs.
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  14. À en croire Soral, Gouasmi était le bailleur de fonds. Franco-Algérien converti au chiisme et grand admirateur de l'ayatollah Khomeiny, l'imam de Grande-Synthe bénéficiait des largesses de Téhéran à travers le centre Zahra. « Si on a pu faire la liste antisioniste qui a coûté 3 millions d'euros, c'est parce qu'on a eu l'argent des Iraniens », déclarait ainsi Alain Soral en 2013 dans une vidéo exhumée par le site Rue89.
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  16. Du centre chiite Zahra aux Insoumis
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  18. Les Insoumis du Nord sont-ils au courant des fréquentations du militant de Justice et Paix ? Nous avons posé la question à l'association, sans obtenir de réponse. Ali l'Iranien n'est pas un sympathisant occasionnellement de passage. Il ne prend jamais la parole, mais il apparaît sur presque toutes les vidéos des manifestations du collectif. Interrogé à son sujet, Aurélien Le Coq, député du Nord, dit ne pas le connaître. Pas de réponse de Manuel Bompard, coordinateur national de LFI. Il l'a croisé au moins en une occasion, à Maubeuge le 24 septembre, à l'occasion du lancement de la campagne du candidat Insoumis local aux municipales.
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  20. Pas de réponse, enfin, de la part d'Alain Soral. L'avis du polémiste multicondamné sur les nouvelles recrues des Insoumis du Nord serait pourtant intéressant. Alain Soral, en effet, ne connaissait pas seulement Yahia Gouasmi. Il a failli donner une conférence en 2011 à Rennes avec le père de Soufiane Iquioussen, l'imam Hassan Iquioussen. La conférence a été annulée au dernier moment, mais l'affiche était prête.
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  22. Hassan Iquioussen a été expulsé de France vers le Maroc à l'été 2022. Il avait tenu dans ses prêches suffisamment de propos antisémites, homophobes et sexistes pour que la préfecture du Nord lui refuse le renouvellement de son titre de séjour. Il vivait à Lourches, non loin de Denain. Plusieurs élus Insoumis avaient protesté contre son expulsion. Le député du Nord David Guiraud évoquait le 30 août 2022 une mesure ouvrant « grand la porte aux expulsions arbitraires ». Hassan Iquioussen, selon lui, était un musulman peut-être conservateur, mais républicain.
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  24. Laïcité impossible, charia non négociable
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  26. Contresens. Comme Yahia Gouasmi, Hassan Iquioussen n'a jamais admis la laïcité. Dans la conception du monde des deux imams, le religieux et le politique sont inséparables. La charia doit organiser la vie publique, tôt ou tard. Seul le délai est négociable, pas la finalité. « Il faut être un rigoriste », assène Hassan Iquioussen à son auditoire dans une vidéo datée du 23 décembre 2019. « La marchandise de Dieu coûte cher, le paradis coûte cher. Et c'est quoi le prix du paradis ? C'est le jihad. »
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  28. L'imam, qui connaît ses classiques, précise qu'il entend par jihad le combat spirituel contre les ennemis de la foi. Il n'est pas question de prendre les armes. Vingt minutes plus tard, dans le même prêche, ce sera fait. Établissant un parallèle entre la France contemporaine et l'Andalousie de la Reconquista, il incite son auditoire à refuser tout compromis. Car si les musulmans cèdent sur quoi que ce soit, ils sont voués à s'éteindre. « C'est exactement ce qui s'est passé en Andalousie ! » martèle l'imam, « tout doucement, de génération en génération, après cent cinquante ans, disparition totale de l'islam ». Le drame est survenu à cause « des traîtres, des lâches et des vendus » qui ont renoncé à la violence… Car à en croire l'imam, la royauté espagnole avait accepté toutes les demandes des musulmans d'Andalousie, sauf une. « Vous savez laquelle ? Les armes ».
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  30. Entrisme, la méthode Iquioussen
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  32. Une autre vidéo du prédicateur est moins spectaculaire, mais elle mérite d'être citée longuement car elle éclaire probablement l'engagement politique de son fils Soufiane. Datée du 17 septembre 2014, elle traite de la question des créneaux séparés pour les hommes et les femmes dans les piscines. Comment en obtenir ? « En ce qui concerne la piscine, ce serait bien que les musulmans s'engagent politiquement. La piscine, vous savez, c'est une décision politique […] Le règlement, il a été fait par des humains […] Il suffit de s'asseoir à la table des discussions et des négociations en tant que citoyens français, musulmans. Ma philosophie – je n'ai même pas utilisé le mot religion, d'accord ? Le mot religion est mis de côté –, ma philosophie, ma personne – je suis quelqu'un de pudique, j'ai été élevé comme ça – m'impose des restrictions, alors je voudrais avoir des horaires entre hommes, entre femmes. Et c'est possible. » Conclusion : « Si vous voulez aller à la piscine » sans croiser de femmes, « engagez-vous, et je vous promets que dans dix ans, le problème n'existera plus ».
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  34. Pronostic déjoué, mais ce n'est pas faute d'avoir essayé, en ce qui concerne son fils et ses amis. Soufiane Iquioussen apparaît sur la scène publique vers 2011. Il s'est approprié un projet de « garage solidaire », mêlant réinsertion et réparation automobile à petits prix. Il se dit de gauche, dans une circonscription où elle domine alors le paysage, et il affiche une fibre résolument sociale. « Il voulait réconcilier les jeunes avec la politique, il était issu de l'immigration, il portait un projet d'insertion, il cochait absolument toutes les cases », résume Aymeric Robin, maire PCF de Raismes et président de la communauté de communes de la Porte du Hainaut. Les élus locaux lui ouvrent les bras. L'intercommunalité subventionne le garage.
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  36. La radicalité de son père n'est pas encore un sujet. Iquioussen père a donné des cours au lycée Averroès, mais, à cette époque, c'est un gage de respectabilité. Droite comprise, la classe politique lilloise observe les débuts de cet établissement privé musulman avec sympathie. Quant à l'étiquette « Frère musulman », que Hassan Iquioussen revendique, il passe encore pour un brevet de modernité.
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  38. Seul détail embarrassant, en 2012, Soufiane Iquioussen milite pour la Manif pour tous, contre le mariage gay. Les élus de gauche font comme s'ils n'avaient rien remarqué. « Un jour, vers 2011, raconte un maire du secteur, alors que j'étais attaché parlementaire, il m'a demandé si le fait que Dominique Strauss-Kahn soit juif ne me dérangeait pas. » C'était avant le scandale du Sofitel. DSK faisait figure de candidat naturel de la gauche pour la présidentielle. Erreurs de jeunesse, se dit-on dans le Hainaut.
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  40. Quenelle au Sénat
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  42. Il va y en avoir une autre, énorme. Soufiane Iquioussen est parrainé par des élus locaux pour recevoir le prix « Talents des cités » du Sénat en 2013. En marge de la cérémonie, il se fait photographier dans les couloirs du palais du Luxembourg, faisant avec quelques amis la quenelle chère à Dieudonné, clin d'œil antisémite, en forme de salut nazi le bras baissé…
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  44. « Honnêtement, admet Aymeric Robin, sur le moment, je n'ai pas percuté ! Je ne connaissais pas la signification du geste. » L'élu, en revanche, réagit promptement lorsque la gestion du garage solidaire dérape. Vice-président en charge de la cohésion sociale à l'intercommunalité, il comprend que l'association va dans le mur. Les garages solidaires perdent leur soutien public. L'aventure se terminera au tribunal de commerce.
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  46. En froid avec le PCF, Soufiane Iquioussen se rapproche après les municipales de 2014 du Parti socialiste, et en particulier de la maire de Denain, Anne-Lise Dufour-Tonini. Comme Aymeric Robin, celle-ci lui réserve un accueil chaleureux. « Il était prêt à s'engager, il ne parlait jamais de religion, nous n'avions aucune raison de lui claquer la porte aux nez », résume Yohan Senez, directeur de cabinet de l'élue. Soufiane Iquioussen est recruté au Centre communal d'action sociale (CCAS). Un de ses amis, converti à l'islam et cogérant du garage solidaire, s'engage au même moment en politique dans une autre commune PS du secteur, Haveluy.
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  48. Vers 2015 et 2016, le vent commence à tourner. La vague d'attentats qui frappe la France braque les projecteurs sur l'islamisme, sous toutes ses formes. Diffusés sur les réseaux sociaux, les prêches de Hassan Iquioussen préoccupent les autorités. Son fils Othmane, imam de la mosquée de Raismes, reste encore sous les radars, mais la famille se retrouve sous surveillance. Le renseignement territorial diffuse un message d'alerte aux élus locaux : prenez garde aux Iquioussen.
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  50. Hassan Iquioussen indicateur ?
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  52. « En revanche, ironise un maire du secteur, ils se sont bien gardés de nous dire que Hassan Iquioussen était ménagé parce qu'il faisait office d'indicateur ! » L'imam aurait signalé aux autorités des réunions clandestines rassemblant de plus radicaux que lui. Très actif dans l'immobilier, il aurait bénéficié en retour d'une certaine mansuétude pour mener ses affaires. Officiellement guide touristique, Hassan Iquioussen s'était constitué au fil des années un patrimoine qui se chiffrait en millions d'euros. Cela expliquerait-il son impopularité locale ? Lorsque Hassan Iquioussen a été expulsé, en 2022, quelques centaines de mosquées ont signé une pétition de soutien. Celles de Denain n'étaient pas dans la liste.
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  54. À l'approche des municipales de 2020, Hassan Iquioussen est devenu infréquentable. Son fils Soufiane se défend de toute filiation politique, au-delà de sa filiation tout court. La maire sortante de Denain lui accorde le bénéfice du doute. Personne n'est responsable des opinions de ses proches. C'est d'ailleurs, aujourd'hui, la ligne qu'adopte La France insoumise. « Contrairement à Marine Le Pen, Soufiane Iquioussen s'est démarqué de son père », tacle Aurélien Le Coq.
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  56. Soufiane Iquioussen continue donc à participer à la campagne à Denain en 2020. Il intronise en politique son ami de longue date, Youssouf Feddal. Celui-ci entre sur la liste de la maire PS pour 2020. Et est élu conseiller municipal.
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  58. Le parcours de Youssouf Feddal est assez étonnant. Il y a cinq ans à peine, il était référent local LREM à Denain pour le parti présidentiel. Il s'était donné du mal pour atteindre ce poste, évinçant une référente déjà en place. La République en marche en avait fait un des invités vedettes d'une convention organisée dans la métropole lilloise en 2020. Il incarnait la diversité. Peu de temps avant cette convention, Soufiane Iquioussen et Youssouf Feddal avaient rencontré un responsable de la formation présidentielle, chargé d'implanter le parti dans la population d'origine immigrée.
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  60. 2025, changement d'étiquette. Youssouf Feddal manifeste pour la Palestine avec La France insoumise, abandonnant le costume LREM pour le débardeur et le poing levé. Il dément être adhérent du parti, mais ne va pas jusqu'à démentir qu'il pense aux municipales. « Une troisième voie doit exister lors de ces municipales entre le RN absent du mandat et sans projet, et la majorité qui n'a pas su répondre aux besoins des Denaisiens », nous a-t-il expliqué. « Il n'aura pas l'investiture, mais La France insoumise le soutiendra », décrypte un bon connaisseur de la vie politique locale.
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  62. « Pour Youssouf Feddal, l'étiquette est un masque, tacle Sébastien Chenu. Son seul projet est de faire avancer une cause communautariste. » Le député RN de la circonscription connaît très bien Denain, où il a été candidat aux municipales en 2020. Là encore, Aurélien Le Coq défend l'engagement du jeune homme. Passer d'Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon en quatre ans n'aurait rien d'exceptionnel. « Il y a dans ce pays des millions de dégoûtés de Macron. Même les anciens Premiers ministres lui tournent le dos désormais. » Indéniable, mais est-ce la bonne grille de lecture, en l'occurrence ?
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  64. Feindre, pour la cause
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  66. « Un ex-ami de Soufiane Iquioussen m'a raconté une anecdote qui l'a poussé à prendre ses distances avec eux, rapporte un élu du secteur. Ils étaient en réunion, entre jeunes militants d'origine maghrébine, dans la mouvance frériste. Un type arrive, costume trois-pièces, verre de whisky dans une main, cigare dans l'autre. Les jeunes le fixent, ébahis. Il leur dit : “Vous croyez que vous réussirez à grimper dans la société en qamis et en sandales ?” »
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  68. L'élection de 2020 est arrivée. Anne-Lise Dufour-Tonini a été réélue confortablement dès le premier tour. « On a alors découvert un visage de Soufiane Iquioussen qu'on ne connaissait pas du tout, raconte un proche de la maire. Il a fait comprendre qu'il se voyait directeur de cabinet, avec Youssouf Feddal comme premier adjoint. La maire a refusé, vu leur manque d'expérience, et ça a été le clash. » Youssouf Feddal a basculé dans l'opposition. Soufiane Iquioussen a quitté Denain. Il aurait passé quelques années dans le secteur de Dunkerque.
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  70. De son côté, Aymeric Robin, réélu maire de Raismes, est entré en confrontation avec le frère de Soufiane Iquioussen, Othmane, l'imam de la mosquée Assalam. Celle-ci a créé une école privée hors contrat, Mine de savoirs, envers laquelle le maire ne dissimule pas sa méfiance. « Par principe, je suis pour l'école publique. En l'espèce, je m'interroge sur les enseignements de cette école hors contrat et sur son modèle économique. J'ignore qui la finance. Je sais seulement que les frais de scolarité demandés aux parents d'élèves ne suffisent pas. »
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  72. Guerre ouverte
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  74. Aymeric Robin ne lâchera rien. Selon lui, ce qui se joue dans le Hainaut ne se résume pas à une querelle de politique locale pouvant déboucher sur un compromis. « Nous sommes un laboratoire », dit le maire. D'un côté, le PCF, le PS, la CGT, les grandes forces qui ont structuré la vie politique du bassin minier, encore vaillantes mais sur la défensive. De l'autre, un groupe informel ayant la famille Iquioussen pour pivot, soudé par des convictions religieuses et communautaires, politiquement pragmatique. Peu importe l'affiliation, l'essentiel est d'avancer. « Maintenant, c'est notre tour » : voilà leur grande phrase, résume un élu.
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  76. À six mois des municipales, la guerre est déclarée. Elle a déjà fait des victimes à Douchy-les-Mines. Dans ce bastion PCF de 10 000 habitants, le maire, Michel Véniat, a recruté en 2017 comme directeur de cabinet un certain Oussama Mouftah, neveu de Hassan Iquioussen, cousin de Soufiane, militant propalestinien de longue date.
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  78. En juin 2022, ce dernier a fait venir comme directeur général des services (DGS) un de ses amis qui travaillait à la sous-préfecture de Valenciennes, Mohammed Abdoune. « Il n'y a eu aucun souci les premières années, relève Francis Wojtowicz, ex-adjoint aux finances. Puis, à partir de 2020, nous les avons vus prendre progressivement le pouvoir, sans que le maire ne s'y oppose. » Quatre adjoints, dont Francis Wojtowicz, se sont vu retirer leur délégation en septembre 2023. Ils s'étaient opposés aux licenciements de quatre dames du périscolaire.
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  80. « Entre 2021 et 2024, il y a eu près de 60 départs sur un effectif d'environ 200 agents », relève Francis Wojtowicz, sans faire mystère de ses soupçons : le dircab et le DGS pratiqueraient délibérément une gestion brutale des ressources humaines, dans le but de renouveler les effectifs sur une base communautaire. Le maire, Michel Véniat, a vigoureusement démenti, mais il a néanmoins débarqué son DGS en juin dernier.
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  82. Sa majorité ayant explosé, il ne se représente pas. Il a désigné un successeur parmi les rares élus qui sont toujours de son côté, Romain Merville, ex-PS (qui n'a pas souhaité s'exprimer). « On change de cheval mais le cocher reste le même », cingle Patrick Soloch, secrétaire de section du PCF de Douchy. Ce cocher serait selon lui « le bien installé directeur de cabinet qui poursuit cet entrisme politique ». Contactés, ni Oussama Mouftah ni Romain Merville n'ont souhaité s'exprimer. Pour les prochaines municipales, le PCF de Douchy prépare une liste d'union avec le PS, Les Écologistes et même les Insoumis, précise Patrick Soloch. Ailleurs, LFI semble décider à jouer sans réserve la carte du vote communautaire.
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  84. Le coup de gueule de Cédric Brun
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  86. Conseiller régional des Hauts-de-France, adhérent du PC rattaché au groupe LFI à la région et militant CGT, candidat Nupes face à Sébastien Chenu aux législatives de 2024, Cédric Brun avait tiré la sonnette d'alarme dès février 2025. Dans un courrier adressé à l'état-major Insoumis (Manuel Bompard, Paul Vannier, David Guiraud, Aurélien Le Coq, etc.), il demandait en urgence une « clarification politique », un groupe d'action concurrent du sien étant en train de se mettre en place sur Denain en se revendiquant LFI. « Nous avons signalé les liens de ce groupe avec les Frères musulmans en lien direct avec la famille Iquioussen », écrivait-il, ajoutant que le Renseignement territorial lui avait demandé son avis sur « les Iquioussen et la mosquée salafiste de Raismes et leur intention d'intégrer LFI pour présenter des listes ou infiltrer des listes déjà établies ». Paul Vannier l'avait invité en retour à saisir le Comité de respect des principes du mouvement…
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  88. « J'étais naïf », réalise aujourd'hui Cédric Brun. « Je croyais que le parti ne voyait pas l'entrisme dans le Valenciennois, sur Dunkerque et sur Maubeuge. En réalité, ils savent et ils s'en accommodent, par électoralisme. Ils écartent les militants qui ne sont pas d'accord avec cette ligne. » À l'été 2024, Soufiane Iquioussen était aux Amfis, l'université d'été des Insoumis. On le voit souriant sur une photo entre le député Sébastien Delogu et un de ses amis, Abdoullah Boughazi, désormais tête de liste LFI pour les municipales 2026 à Maubeuge…
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  90. Cédric Brun a quitté le groupe LFI à la région. « Les Écologistes avaient proposé de m'accueillir, mais apparemment, ils ont changé d'avis… » Il regarde avec effarement les militants communautaires avancer leurs pions, et pas seulement à La France insoumise. « Je suis syndicaliste CGT et je suis bien placé pour savoir que c'est aussi un problème dans le monde du travail. » Cédric Brun n'en fait pas mystère, il se méfie de Soufiane Iquioussen et de Youssouf Feddal, comme du mystérieux Ali l'Iranien.
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  92. « Les allégations de Cédric Brun en disent plus sur lui-même que sur quiconque d'autre, s'insurge Aurélien Le Coq. Elles révèlent ses fantasmes islamophobes. » Un procès d'intention auquel s'attendait le conseiller régional. Depuis qu'il s'est exprimé publiquement, il est attaqué par les Insoumis sous cet angle, ce qui ne trompe pas grand monde dans le Valenciennois. « On ne peut pas s'interdire de parler de ce sujet sous prétexte de ne pas faire le jeu du RN. C'est de ne rien dire qui fait son jeu », commente le conseiller régional. Le Rassemblement national, de son côté, joue la sobriété. Il commente peu. Il attend, en regardant grimper les intentions de vote.
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  94. La tactique des Insoumis sera-t-elle payante, difficile à dire. À Denain, Anne-Lise Dufour-Tonini part favorite, plus que jamais sans LFI. « Il faut redoubler de vigilance, explique-t-elle. Ce qui était de l'entrisme opportuniste dans plusieurs partis politiques il y a une dizaine d'années s'est transformé en un accueil volontaire et en toute connaissance de cause au sein de La France insoumise. » Elle y voit « une insulte aux milliers de musulmans qui n'ont rien à voir avec l'activisme d'une minorité organisée ». À Roubaix, selon Cédric Brun, « David Guiraud a ses chances. Il a fait des scores impressionnants dans les bureaux de vote de la commune aux législatives ».
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  96. À Douchy et Maubeuge, le RN est en embuscade. Aux législatives, en 2024, ce dernier avait récolté 56 % et 41 % des voix, respectivement, dans ces deux communes. Personne ne s'attend à ce qu'il reflue. Personne n'anticipe davantage un raz de marée LFI dans le Nord aux municipales. L'enjeu est ailleurs. Cette campagne marque une étape. Grillés au PS puis au PCF, les communautaristes ont enfin trouvé une formation politique qui se veut républicaine, mais plus forcément très laïque, et qui ne leur demande pas, en conséquence, d'avancer masqués. Et c'est avec eux, en connaissance de cause, que La France insoumise tente de se bâtir des fiefs électoraux.
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