Not a member of Pastebin yet?
Sign Up,
it unlocks many cool features!
- Le nouveau coronavirus (2019 n-CoV, SARS-CoV-2, COVID-19)
- Pr H Fleury
- Professeur émérite, Virologie Tropicale et Rétrovirologie
- Université de Bordeaux et CNRS UMR 5234
- Les faits
- En décembre 2019, les autorités Chinoises déclarent l’émergence d’une pathologie respiratoire liée à
- un nouveau coronavirus dans la population humaine de Wuhan.
- Les premiers patients auraient été infectés dans un marché aux poissons de la ville. L’infection
- s’étend rapidement localement amenant les autorités Chinoises à construire deux hôpitaux
- supplémentaires à Wuhan en quelques jours. Puis elle s’étend au reste de la Chine et à d’autres
- parties du monde conduisant l’OMS à évoquer le terme de pandémie.
- Le virus est séquencé et les séquences sont rapidement accessibles sur le site OMS ainsi que dans des
- publications spécialisées (Zhang et al. NEJM 2020) ; il appartient aux Bétacoronavirus et est proche
- du virus du SARS ; son appellation va varier : 2019 n-CoV, SARS-CoV-2 enfin COVID-19 (OMS)
- Contamination et pathologie
- La contamination entre humains se fait par voie aérienne et par les mains ; elle peut très
- probablement se faire aussi, indirectement, par des surfaces souillées (poignées de porte, boutons
- d’ascenseur) comme cela a été décrit à Hong Kong pendant l’épidémie de SARS en 2003.
- Si l’on considère le coefficient de transmission Ro, c’est à dire le nombre de personnes contaminées à
- partir d‘un patient source infecté, celui-ci varie de 1,5 à 3,5.
- Officiellement l’incubation est en moyenne de 2 à 14 jours (d’où la période de quarantaine de 14
- jours). Puis le patient va présenter asthénie, myalgies, fièvre et toux ; sur le plan biologique, on note
- une lymphocytopénie ; 100 % des patients ont des signes radiologiques de pneumonie ; celle-ci peut
- évoluer à partir du 8ème jour vers un syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA) nécessitant un
- transfert en réanimation voire (quand les équipements le permettent) une mise en circulation
- extracorporelle (Huang et al Lancet 2020).
- La mortalité est de 1 à 3% ; celle du SARS était de 10% et celle du MERS coronavirus est plus élevée,
- de l’ordre de 35%.
- Le virus est détectable par PCR dans les sécrétions nasales, oropharyngées, bronchiques et dans les
- selles (Holshue et al NEJM 2020). Selon Zou et al.(NEJM 2020) la PCR est positive dans les sécrétions
- nasales chez des patients malades et le signal décroit jusqu’au 9eme jour voire 18eme jour ; dans la
- série publiée par cette même équipe un patient asymptomatique présentait une charge virale aussi
- élevée que celles observées chez les malades. D ‘autre part, Il semble que des patients en incubation
- de la maladie puissent transmettre le virus (Rothe et al NEJM 2020).
- Le tandem Duke University (USA) et NUS (National University of Singapore) vient de publier un test
- de détection des anticorps qui va permettre d’apprécier la diffusion virale dans la population et nous
- donner les vrais éléments de calcul de la mortalité. Grace au test sérologique, les autorités de santé
- de Singapour ont pu démontrer une chaine de contamination débutant au moment des fêtes du
- nouvel an chinois et passant par une réunion dans une église.
- Le seul traitement est symptomatique ; aucun traitement antiviral n’est actuellement officiellement
- recommandé ; il existe des initiatives d’utilisation de molécules antivirales (avec constitutions de
- cohortes structurées) comme le Favilavir (molécule antigrippale synthétisée par l’industrie
- Japonaise), le Danoprevir (anti hépatite C) le Kaletra (inhibiteur de protéase du HIV) (associé ou pas
- à la Ribavirine) et le Remdesivir (analogue nucléotidique anti HIV). L’équipe Chinoise qui a
- expérimenté le Remdesivir a également noté l’efficacité in vitro de la chloroquine (Wang et al.
- Nature 2020). Dans une récente recommandation publiée par Jin et al ( Military Medical Research
- 2020) , le groupe clinico-biologique de Wuhan indique que le Kaletra doit être utilisé précocement
- devant la dégradation clinique, biologique et radiologique du patient et que si cette « fenêtre »est
- manquée, le kaletra devient inutile. D’autres initiatives se proposent d’utiliser des anticorps
- monoclonaux anti-« Spike » (la partie de la protéine de surface qui se fixe sur le récepteur cellulaire)
- cependant que les Chinois organisent la préparation d’immunoglobulines à partir de dons du sang de
- patients convalescents.
- La course au vaccin est lancée en Chine et sur d’autres continents ; Le Wistar institute de
- Philadelphie est associé à l’université Laval pour construire des cassettes ADN codant certaines
- protéines du COVID (en particulier la protéine du spicule (le Spike, ou spicule, est la partie de la
- protéine de surface qui se fixe sur le récepteur cellulaire). Sanofi Pasteur vient de passer un contrat
- avec le US Department of Health pour un vaccin recombinant exprimant des protéines du COVID ;
- Sanofi utiliserait un Baculovirus pour produire la protéine de surface du COVID en grande quantité.
- D’autres stratégies sont envisagées, comme l’utilisation de nanoparticules lipidiques chargées en
- ARNm viraux (CureVac). Une équipe de l’Institut Pasteur utilise le virus rougeoleux vaccinal vivant
- atténué pour cloner l’information génomique de la protéine de surface. Une société Californienne a
- synthétisé et cloné les gènes de protéine de surface dès la publication des séquences par la Chine ;
- cette société laisse entendre qu’elle pourrait expérimenter un vaccin dans les prochains mois.
- Raisonnablement, on peut estimer que l’initiation des premiers essais humains de vaccination
- nécessitera de 6 mois à 1 an.
- D’où vient le COVID-19 ?
- C’est un monde nouveau qui s’ouvre lorsque l’on prend conscience de la grande importance des
- Coronavirus dans le règne animal ; il existe des Coronavirus chez les porcs, les chats, les oiseaux, les
- chiens, les souris et bien sur les chauves souris ; chez l’homme on connaissait des Coronavirus
- entrainant des atteintes respiratoires minimes (HCoV-229E, NL-63,OC-43, HKU-1) ; les premiers
- Coronavirus d’importance pathogène ont été ceux du SARS et du MERS. Les chauves-souris sont le
- réservoir le plus large de Coronavirus ; les Coronavirus de chauves-souris peuvent être transmis à
- l’homme généralement par l’intermédiaire d’un mammifère (civette pour le SARS et chameau pour le
- MERS) . Le cas du COVID-19 est complexe ; les autorités chinoises ont annoncé la transmission du
- COVID-19 à partir d’un marché aux poissons de Wuhan ; des hypothèses ont été publiées sur un
- animal intermédiaire ( pangolin , serpents qui hébergent des virus proches). Or, en 2013 (Ge et al.
- Nature 2013) l’équipe de ZL Shi (qui travaille au sein du P4 de Wuhan) avait décrit des Coronavirus de
- chauves-souris qui présentent toutes les conditions d’une transmission directe à l’homme et
- notamment qui utilisent comme récepteur l’ACE2 (enzyme de conversion de l’angiotensine) sur les
- cellules respiratoires humaines (ce qui les dispenseraient d’un hôte intermédiaire pour infecter
- l’homme). Une équipe des USA associant ZL Shi comme co-auteur avait signalé la dangerosité d’une
- souche (CoV-W1V1) dès 2015 ( Manachery et al. Nature Medicine 2015). Cette même équipe
- prévoyait le passage direct potentiel à l’homme du CoV-W1V1 et lançait une alerte mondiale dans
- une revue de grand renom (SARS-like WIV1-CoV poised for human emergence Menachery et al.
- PNAS 2016). Diverses souches du nouveau virus COVID-19 ont été séquencées (Lu et al. Lancet 2020)
- et il est clairement établi qu’il s’agit d’un coronavirus de chauve-souris différent du SARS et du MERS
- et équipé d’une protéine de surface lui permettant un passage direct chez l’homme.
- Le virus peut il varier sur le plan génomique ? Une publication très récente ( Tang et al. On the origin
- and continuing evolution of SARS-CoV-2) a identifié deux variants S et L ; S est le variant ancestral ; L
- aurait été sélectionné au début de l’épidémie de Wuhan par passage adaptatif chez l’homme et
- serait plus pathogène. La surveillance engagée à Wuhan semble indiquer une diminution du variant L
- mais ce point mérite une confirmation. Au total, si l’on résume les données de la littérature, les
- hypothèses de l’émergence du COVID-19 chez l’homme sont
- 1 Passage direct de la chauve souris à l’homme ce passage étant possible car le virus a d’emblée une
- possibilité de fixation sur les cellules respiratoires humaines ; ce risque avait été signalé il y a
- plusieurs années (voir ci-dessus)
- 2 Passage de la chauve souris à un hôte intermédiaire non encore définitivement identifié mais qui
- pourrait être le pangolin dont les souches sont proches de COVID-19 dans l’arbre phylogénétique
- proposé par Tang et al.
- L’hypothèse d’un accident de laboratoire a été évoquée au vu des données publiées sur le SARS en
- Chine, à Taiwan et à Singapour (Siengsanan-Lamont et Blacksell Trop Med Infect Dis. 2018, Normile
- Science 2004) et ne peut être écartée à priori et mérite de faire l’objet d’une réflexion dans le cadre
- de la sécurité globale des laboratoires de haute sécurité dits P4.
- Conclusion
- L’homme vit dans un monde complexe sur le plan écologique ; le réservoir animal d’agents infectieux
- (notamment de virus) est considérable et la recherche en amont a des retombées pour la santé
- humaine. Parmi les animaux les plus intéressants pour cette recherche figurent les chauves-souris ;
- nombreux sont les exemples d’émergence ou réémergence virale à partir de ce mammifère volant :
- Marburg et Ebola, Hendra, Nipah, rage, maladie de la foret de Kyasanur, SARS Coronavirus, MERS
- Coronavirus et maintenant COVID-19
- Note : ce texte est adressé au bulletin du conseil de l’ordre des Médecins de la Gironde ainsi qu’à la
- Newsletter de l UMR 5234 CNRS. Je remercie le docteur Franck Dugravier pour ses conseils pendant
- la rédaction du texte. Cette synthèse est une revue factuelle de la littérature dans des journaux
- reconnus sur le plan international. Les données peuvent évoluer d’un moment à l’autre.
- Coronavirus de souris (souche JHM) dans le SNC de souris (cliché réalisé au Rose F Kennedy Center,
- Einstein College of Medicine, Bronx, NY en 1978) (Fleury et al Neuropathology and Applied
- Neurobiology 1980)
Advertisement
Add Comment
Please, Sign In to add comment