Ivain

Jour 16 - Fowl

Oct 17th, 2022 (edited)
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  1. « OK. Ma foi, ça me semble irréfutable ! C’est tout de même étrange que le grand Lidenbrock lui-même ait manqué cela en descendant par ce qui devait être l’un des nombreux pores capillaires du tatou, mais au moins son journal nous éclaire-t-il sur leur anatomie interne des plus fascinantes. »
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  3. « Hé, c’est une bonne idée, ça. Quand j’aurai un moment, je mettrai cette théorie à l’épreuve de Verne, ça donnera peut-être matière à un bon article, hahaha ! Bon, où va-t-on manger ? Tu décides, mais j’ai une faim de loup. »
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  5. Ivan lui jeta un regard incrédule :
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  7. « Hein ? Tu as oublié quel jour on est ? C’est marché, aujourd’hui, et à ma connaissance, Patrick doit toujours y venir, si sa camionnette d’avant-guerre ne l’a pas lâché. »
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  9. « Ah mais ouii, suis-je bête. Ça sera donc poulet rôti et patates de sa ferme, attablés devant une bonne bière. Allez, presse-toi donc, ça m’a donné envie. Et c’est ton tour ! »
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  11. « Ha, justement, j’ai. C’est une cosmogonie peu connue, qui nous vient d’une ethnie slave, je crois. Eh bien figure toi que c’est un poulet, justement, dont il y est question.
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  13. Le mythe raconte qu’aux origines, un immense serpent vint avaler la Terre (ou bien, devrais-je dire, le tatou) et tout ce qui reposait dessus, la séparant ainsi du Ciel. Malheureusement, vivre dans les boyaux d’un immense reptile présente quelques inconvénients notables : en ces temps-là, il faisait humide, froid et sombre toute l’année, et les premiers animaux, les premières plantes ne parvenaient pas à grandir comme il faut, ils restaient chétifs et malades toute leur vie.
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  15. Un jour une poule, parfaitement anodine, s’éloigna de ses congénères, attirée sans doute par quelque ver appétissant. Elle marcha bien longtemps, bravant courageusement les obstacles, et se retrouva finalement perdue dans les entrailles souterraines, que personne n’avait jamais osé explorer.
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  17. Le temps était dur à mesurer à cette époque, mais il faut croire qu’elle finit, nul ne sait comment et après bien des errances, par retrouver un chemin vers la surface, et à retourner jusqu'à son abri.
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  19. Elle reprit sa place comme si de rien n’était, mais le lendemain, l’œuf qu’elle pondit était fort étrange : il était fait d’une matière minérale que nul n’avait jamais vu, très sombre et extrêmement solide. La petite poule avait dû, au cours de son périple sous terre, avaler quelque chose de la sorte, et en faire cette drôle de coquille.
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  21. Le surlendemain, elle recommença : cette fois, l’œuf était d’un gris clair presque brillant, et il tintait joliment quand il se cognait à l’un de ses voisins. Lui aussi était très robuste, mais bien plus léger que le premier.
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  23. Le troisième jour, l’œuf était d’une teinte incroyablement vive, lisse au toucher, et il laissait passer la lumière, on voyait presque le jeune poussin se développer à l’intérieur.
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  25. Et ainsi, chaque jour, la poule produisait un œuf différent des autres. Il y en avait donc certains, lourds et mats ; d’autres, légers et brillants, et les derniers, colorés et transparents.
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  27. Tous avaient en commun leur formidable robustesse, et à cause de cela, aucun ne parvint à éclore…
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  29. La poule était très déçue, car elle se faisait bien âgée à présent, et bientôt elle ne pourrait plus pondre.
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  31. Le dernier œuf qu’elle eut fut sans doute le plus beau : et en effet, nous le savons maintenant, il était d’or pur.
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  33. Comme il était le moins solide de tous, le poussin à l’intérieur, à force de frapper, frapper de son bec, finit par fendre la coquille. En sortant, tous s’aperçurent que lui aussi possédait les propriétés de son œuf : ses plumes, son bec étaient du même jaune, et tintaient de la même façon quand il s’en servait. Bien vite, le poussin grandit et devint un magnifique coq. Le coq d’or. Il aurait pu vivre sa vie comme tous les autres avant lui, mais il se sentait seul ; autour de lui, ses frères et sœurs par centaines, étaient toujours prisonniers. Alors, il décida de les aider à éclore. Patiemment, il les tria, du plus solide au plus fragile, et il frappa de son bec, au risque de le fracasser, celui qu’il estimait être le plus à sa portée.
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  35. Grâce à son aide acharnée, un second poussin naquit. Lui aussi avait hérité des attributs de sa coquille. Le coq d’or lui montra alors l’œuf suivant, et tous deux se mirent au travail.
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  37. Sans ménager leurs efforts, jour après jour, le coq d’or et ses frères et sœurs brisèrent tous les œufs de la poule voyageuse. Ils formaient un groupe magnifique, et la poule était très fière.
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  39. Mais le coq d’or, lui, n’était toujours pas satisfait. De nature brave et infatigable, il trouva une dernière coquille à percer : il guida sa fratrie sur la plus haute des montagnes de la Terre, dont le sommet touchait presque le corps du grand serpent. Alors, tous se mirent à user de leur bec sur les gigantesques et innombrables os, muscles, tendons. Cela leur prit bien du temps, et finalement, un matin, les animaux et les plantes entendirent le chant du coq d’or résonner. En levant les yeux, il purent admirer, par un trou au-dessus d’eux, le premier rayon de soleil de leur existence.
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  41. Et c’est ainsi que la Terre a éclos.
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  43. On raconte que le coq d’or, ses frères, ses sœurs, se séparèrent une fois leur tâche accomplie, se répartissant sur toute la surface de leur nouveau monde, qui enfin pourrait, comme eux auparavant, commencer à grandir.
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  45. C’est depuis cette époque que nous autres, humains, creusons la terre à la recherche de minéraux, de cristaux et de métaux.
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  47. Et, comme chacun le sait, il en est un moins robuste que les autres, fort heureusement d’ailleurs… Et c’est pourquoi il demeure encore le plus attirant, le plus précieux de tous à nos yeux. »
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