Ivain

Jour 15 - "Dagger"

Oct 27th, 2023
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  1. Un soir, ils croisèrent la route d’une caravane, qui allait vers l’est. Leur campement non loin de la route était inratable, car il y avait une vingtaine de voyageurs, autant de gardes, et tous leurs chevaux ainsi que le matériel pour une expédition au long cours. Le garçon n’avait jamais vu ça.
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  3. Le vieux s’approcha de l’un des hommes en armes et lui demanda s’ils pouvaient se joindre à eux pour la nuit, mais le mercenaire parut ne pas comprendre et lui indiqua du doigt un homme qui semblait très affairé.
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  5. Il devait s’agir d’un riche marchand, qui portait d’élégantes soieries colorées – très chères, et taillées pour lui, cela se voyait. Cependant, quelque chose dans son attitude en montrait bien plus à son propos que son accoutrement incongru : il avait des yeux perçants, le visage buriné par les éléments, et cette façon de se tenir, de parler aux autres en leur désignant un cheval, une tente ou un chariot.
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  7. A peine eut-il posé les yeux sur lui, le garçon devina que cet homme avait passé plus de temps sur les routes que sous un toit. Il commençait à se considérer comme un voyageur accompli malgré son jeune âge, mais le marchand, lui, était un explorateur, un vrai. Il avait dû voir le monde tout entier. Et pour la première fois de sa vie, il sentit au plus profond de lui comme un manque, presque comme s’il était jaloux de cet homme et enviait ce qu’il était.
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  9. Le vieux attendit qu’il eut fini de donner ses instructions, et réitéra sa demande. Le marchand les regarda un moment, en se frottant la barbe, l’air ennuyé.
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  11. Il n’était pas très correct de profiter ainsi de l’escorte d’autrui. Rien ne les en aurait empêché, car enfin tout le monde pouvait bivouaquer où il le souhaitait, mais c’était en général très mal vu chez les caravaniers. Cependant, il fallait bien avouer que le vieil homme et son jeune acolyte ne ressemblaient en rien à ce genre de vautours qui attendaient opportunément le départ des expéditions pour se mettre en route à quelques heures d’intervalle.
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  13. Il allait céder lorsqu’un autre homme débarqua sans s’annoncer et se permit une bourrade amicale dans les côtes du marchand. Celui-ci était originaire de très loin. Il portait une longue tunique noire très sobre, avait les traits marqués, la peau très pâle, et parlait avec un fort accent.
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  15. « Allons, Marco, réserve donc ta rigueur pour d’autres négociations : tu vois bien que ces deux-là ne portent aucune malignité en eux. Venez, amis, partagez mon feu, je vous accueille volontiers. Un peu de compagnie nouvelle ne fait pas de mal ! »
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  17. Le dénommé Marco leur souhaita une bonne soirée et s’excusa, car il avait encore à faire avant la nuit, et ils suivirent donc leur hôte jusqu’à sa tente.
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  19. L’homme se présenta brièvement, mais à vrai dire ils ne comprirent pas son nom. Il n’était pas un commerçant comme les autres : là où les autres transportaient en général de grosses quantités de denrées, les vendaient, et en rachetaient d’autres avant de rentrer au pays, lui se définissait plutôt comme un collectionneur. En effet, ses marchandises étaient toutes plus étranges et uniques les unes que les autres, et il les transportait de continent en continent sur le dos de sa robuste petite jument, troquant régulièrement celles dont il s’était lassé contre d’autres qui avaient éveillé sa convoitise.
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  21. A voir le tas monstrueux que ses possessions formaient sous une solide bâche, non loin du feu, le garçon se demanda s’il était vraiment possible d’entasser, équilibrer, sangler tant d’articles de formes et tailles si variées sur une seule bête, chaque matin.
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  23. Après le repas, il se laissa distraire de la conversation pour reporter son attention sur le tas. Le marchand commençait à expliquer au vieux le principe d’un jeu (un grand plateau sur lequel les joueurs plaçaient à tour de rôle des pièces noires et blanches) qu’il ne connaissait pas – décidément, son compagnon semblait très porté sur le sujet. Voyant l’intérêt que l’enfant portait à ses affaires, il lui suggéra d’aller fouiller dedans sans se gêner.
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  25. Il était dur de s’intéresser à un objet en particulier, car sitôt déplacé, ce dernier en révélait un autre, encore plus curieux. Cela lui rappela le musée de l’ermite du maquis perché, mais en moins bien rangé.
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  27. Il ne sait combien de temps il passa à examiner ces trésors : une boîte de bois blanc, sans couvercle ni charnières ; un sablier dont le sable semblait s’écouler à l’envers ; une drôle de petite roue en métal, dotée de billes entre sa surface intérieure et extérieure ; un masque effrayant avec de grands yeux oranges écarquillés ; une écharpe rouge aussi fine et légère que l’air ; une longue-vue montrant ce qui se trouve derrière soi ; un sac de toile qui faisait disparaître et réapparaître ce que l’on y mettait ; une lampe à huile qui insultait copieusement quiconque la frôlait ; un crâne de reptile rouge sang, et qui dégageait en permanence une chaleur surnaturelle ; une flûte en verre totalement transparente, pour montrer la musique plus que pour l’entendre ; un petit miroir qui ralentissait la lumière et ne renvoyait son reflet qu’après quelques secondes ; le buste d’une créature cornue ressemblant à une chèvre et possédant trois yeux ; et tant d’autres choses...
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  29. Il aurait pu passer la nuit là, mais le marchand l'interpella, alors que les deux allaient entamer leur seconde partie.
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  31. « Alors, petit, tu vois quelque chose qui te plaît ? »
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  33. « C’est que… Nous n’avons pas d’argent, malheureusement. »
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  35. « Crois-tu que ce soit la valeur marchande de ces choses qui m’importe ? Si tu m’offres quelque chose que je juge suffisant, tu pourras te servir. Je vois bien que tu n’as rien sur toi, mais peut-être as-tu, je ne sais pas, une histoire à me raconter, un poème à m’apprendre ? »
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  37. A ces mots, l’enfant supplia du regard le vieux, qui leva un sourcil, l’air faussement outré. Et puis non, de toute façon, c’était à lui de trouver ce qu’il mettrait sur la balance, et à personne d’autre.
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  39. « Que dirais-tu d’une énigme ? »
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  41. Alors il raconta l’énigme du perroquet obèse – celle-là, elle lui appartenait, et à lui seul, issue du plus profond de son crâne. Le vieux pouffa en entendant la réponse, le marchand sembla apprécier, et lui offrit de choisir quelque chose. Mais c’était impossible, à vrai dire : il y avait trop de merveilles, dont il ne savait rien de précis d’ailleurs. Il avait peur de se tromper.
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  43. « Indécis, hein ? Pourtant, le choix est une illusion, parole de marchand ! Tiens, regarde, je vais t’aider. »
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  45. Il se saisit du sac de toile et du coffret de bois blanc et les posa devant lui.
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  47. « Tu pourras prendre un des objets qui se trouvent dans l’un ces deux contenants. Lequel veux-tu ouvrir ? »
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  49. Le garçon désigna immédiatement la boîte blanche.
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  51. « Ah, tu vois ! Bien, je l’ouvre. »
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  53. Il manipula le coffret si prestement que l’enfant ne put distinguer le mécanisme secret – il l’avait fait exprès… Dedans, se trouvaient un petit rubis magnifiquement taillé et une courte dague au manche en laiton et à la lame rougie par ce qui devait être du sang.
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  55. « Aaah, je les avais oubliés : la Preuve d’Amour, et le Prix du Sang. Très bon choix, petit. Lequel me prendras-tu ? »
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  57. Là encore, il resta indécis – ce qui fit beaucoup rire le marchand. C’était trop évident. N’importe qui aurait choisi la gemme plutôt que l’arme de piètre facture, mais si cette dernière était dans la boîte, c’est qu’elle devait avoir son importance également.
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  59. « Bon, bon, pardonne-moi ; je ne devrais pas user de telles méthodes contre un jeune homme ignorant des subtilités du commerce. Voilà ce que je te propose : prends-les toutes les deux, la nuit porte conseil, comme vous dites, et demain matin, tu me rendras celle dont tu ne voudras pas. Marché conclu ? »
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  61. Et c’est ainsi qu’il sombra dans le sommeil, quelque temps plus tard, l’esprit obnubilé par la dague et le rubis plutôt que par la Frontière du royaume, pour une fois.
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  65. Il était sur le majestueux perron de marbre, superbe dans son costume neuf, et attendait son tour pour entrer dans la grande demeure dont les lumières festives éclairaient la chaude soirée d’été. Il inspirait fort, s’enivrant des parfums du jardin pour se donner du courage.
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  67. Il était également dans la chambre de dame Estella, et il l’aidait à se préparer pour le grand bal, tout à l’heure. Il lui tendait les parures qu’elle essayait sans pouvoir se décider, bien qu’à son humble avis elle fut resplendissante à chaque fois.
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  69. Quel étrange rêve ; deux paires d’yeux, d’oreilles, deux corps distincts. Il était le jeune homme nerveux, mais aussi la jeune domestique réservée. En fait, il était également Lohim, car il avait conscience de cette dualité, alors que les jeunes gens l’ignoraient, eux. Il était donc trois personnes, mais il était moins que ces personnes également : ici, Lohim n’était au fond qu’une somme incongrue d’organes sensoriels qui ne pouvait que recevoir et jamais transmettre. Les bruits les voix les images les goûts les émotions. Qui toutes se mélangeaient. Seule, la musique joyeuse que l’orchestre à cordes diffusait en continu lui offrait une sorte d’ancrage temporel.
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  71. Il était désormais dans la grande salle de réception. Il avait ouvert son col, car il avait trop chaud, et s’était servi un verre de quelque chose – il, Lohim, ne comprenait pas la langue que tout le monde parlait, mais il trouvait le breuvage très bon.
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  73. Il était aussi quelques pas derrière Estella, aussi discret que possible dans sa robe noire toute simple qui dénotait en ce lieu, prêt à assouvir le moindre des désirs de sa maîtresse qui venait de faire son entrée dans la salle.
  74. Il voyait la dame que les deux autres regardaient. Il voyait à la fois sa nuque et son visage, les détails de ses souliers éclatants et les reflets du lustre sur les boucles de sa chevelure noire.
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  76. Il reprit un verre, puis un autre, et alla danser, cherchant du regard, à chaque tour qu’il faisait, la silhouette élancée d’Estella dans la salle. Il était inquiet qu’elle puisse disparaître comme par enchantement.
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  78. Il fixait également Estella, depuis un coin de la salle où s’affairaient les serveurs près du buffet. Il ne parvenait pas à détacher son regard d’elle, qui dansait ainsi avec tous ces hommes si semblables.
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  80. Il changeait de partenaire à chaque fois que la mesure le lui permettait, se rapprochant de plus en plus d’Estella, pas après pas. Il dansait énergiquement, pour que la sueur qui commençait à perler sur son front semble naturelle.
  81. Une voix derrière lui lui souffla quelque chose sur un ton léger, et cela le mit mal à l’aise, il sentit la chaleur monter à ses joues. Alors il détourna les yeux d’Estella et promena son regard sur l’assemblée.
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  83. Il croisa son propre regard un instant ; cela lui sembla étrange, comme s’il était face à un miroir qui ne serait pourtant pas là, et lui procura un léger vertige.
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  85. Il sentait désormais un nervosité sourde lui tordre le ventre, sa respiration s’était accélérée, il était au milieu de la salle, à quelques pas d’Estella, il tournait marchait tournait marchait, de plus en plus vite, et la nausée n’avait pas disparu. Il avait la main crispée sur quelque chose qu’il ne regardait pas, son esprit était obnubilé par quelque chose qu’il ne comprenait pas, il avait envie d’en finir.
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  87. Il, Lohim, sut qu’il allait tuer. Maintenant. Il prit peur.
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  89. Une douleur éclata dans sa poitrine, et il sombra dans les ténèbres, mais il continuait de voir. Il luttait pour respirer, pour rester conscient, et il s’effondra au sol, ne sentant plus ses membres.
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  91. Enfin, il regarda la dague dans sa main. Il n’avait aucun souvenir de l’avoir saisie sur la table, auparavant. Il y avait du sang sur sa lame, mais aussi sur sa robe, et aussi sur le parquet ciré, autour de la plaie qu’il ne sentait guère plus désormais.
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  93. Il entendit un cri, qui était aussi un écho lointain d’un monde qu’il commençait à oublier.
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  95. Un homme tenta avec force de se saisir de son bras, mais il était incapable de lâcher la lame. Il tenta de se dégager, effrayé. L’autre devint plus violent, mais Estella – pourquoi était-elle en vie, elle ? Qui était mort ? C’était… lui ? - s’interposa et prit ses épaules entre ses bras. Sa voix l’apaisa.
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  97. La douleur revint hélas, et le monde avec lui. Il y avait trop de lumière, trop de bruit. Quelqu’un s’affairait autour de lui, lui ôtait ses vêtements, examinait sa plaie hurlante. Quelque chose l’inquiéta, ça devait être grave. Mais la douleur était si forte...
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  99. Un homme d’âge mûr se tenait au-dessus de lui, furieux, encadré de deux gardes. Estella se mit à crier elle aussi, et elle raffermit sa prise sur ses épaules, protectrice. Il déplaça son bras, de peur que la dague qu’il ne pouvait toujours pas lâcher ne la blesse.
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  101. Il entendit distinctement sa respiration hachée, car le silence s’était fait, et un murmure naquit dans l’assemblée. Tout le monde avait les yeux braqués sur lui, désormais. Le médecin s’était éloigné brusquement, et tenait haut dans la main une fine aiguille dont il sut qu’il la portait dissimulée dans sa manche, reliée par un tube souple à un petit ballon dont il sut qu’il l’avait soigneusement fixé au creux de son aisselle.
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  103. L’homme en colère se saisit de sa veste et y trouva une enveloppe, qui contenait un papier plié et un rubis.
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  105. Il était en colère lui aussi, désormais, et il croisa de nouveau son propre regard. Cette fois-ci il se reconnut distinctement, il se regarda fixement, et de la haine passa d’une paire d’yeux à l’autre.
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  107. Quelqu’un vint se poster dans son champ de vision et se saisit de lui, le traînant par terre. Peur douleur fatigue…
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  109. En même temps, il pleurait doucement dans le cou tiède d’Estella qui embrassait son front, caressait ses cheveux, chuchotait son nom et des mots qui l’apaisaient. Ses tremblements cessaient. Soulagement amour fatigue…
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  111. Le rêve s’estompa en un sommeil profond.
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  113. A son réveil, le garçon rendit au marchand le rubis, et leurs routes se séparèrent.
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  115. Il n’avait rien raconté au vieux, qui ne lui avait rien demandé, mais semblait approuver son choix. Pour rire, il lui fit tout de même remarquer que la vente du rubis lui aurait assuré de quoi s’offrir un navire entier de couteaux à fromage, ce à quoi l’enfant répondit fièrement que sa dague était unique car elle portait un nom : Preuve d’Amour.
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