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- Henda est juchée sur une colline abrupte. La partie basse de la ville se niche contre son flanc, et les édifices du pouvoir coiffent son sommet. Celui-ci s’élève en pente douce, vers l’ouest, jusqu’à une saillie qui surplombe la plaine. A cet endroit, les monuments de la citadelle cèdent la place à une longue terrasse, qui prolonge le mouvement du promontoire, et porte le regard du promeneur vers le ciel lointain.
- Ainsi, Henda fut érigée toute entière dans un même élan. Chaque construction se tourne vers l’éminence. Sur le faîte de la colline, toutes les bâtisses et les tours sont comme étirées dans la direction de la saillie. Plus bas, les grappes de maisons amassées au creux de la butte donnent une impression de tension. Comme si la ville dans son ensemble s’apprêtait à se lancer, ou à lancer une partie d’elle-même au firmament. Alors, on se tient sur le belvédère et on observe dans son axe, afin de voir vers quel but la cité se tend de toutes ses forces. Serait-ce la montagne qu’on voit se détacher de l’horizon ? Ou est-ce le cumulus qui plane nonchalamment au-dessus ? Ou bien encore une destination insoupçonnée, qui n’a pas de présence physique sur cette terre mais existe dans le regard de la ville ?
- Cet élan perpétuel se retrouve dans le langage des habitants. Chacun présente son quotidien telle une chose temporaire, comme à la veille d’un voyage. Même les évènements qui rythment la vie citadine sont évoqués comme les signes d’un état transitoire. Avec tout le naturel du monde, les natifs émaillent leur discours de « pour l’instant », « jusqu’à maintenant » et « tant que nous le pouvons ». Bien vite, le sens de ces mots s’émousse à l’esprit du visiteur, et ils deviennent des locutions régionales. Mais l’impression qu’ils suscitent reste inscrite quelque part en lui.
- Aujourd’hui, je ne peux décrire Henda sans éprouver un léger malaise, une dissonance. Car à mes yeux, « Henda » n’est que le nom de la cité telle qu’elle se tient pour l’instant, sise sur sa colline. C’est donc un mot éphémère, volatile, qui s’estompe devant la vérité de la ville comme une luciole est effacée dans la clarté de l’aube. Mais alors, quel nom lui donner pour ne pas trahir son être ?
- Voici la réponse à cette question : alors que je revenais vers les palais de la capitale, au cours de la première nuit que je passai hors des murs d’Henda, je rêvai. Dans mes songes, j’entrevoyais une ville lumineuse, élancée dans toutes les directions, pleine de flèches altières et d’arches ciselées. Les galeries, les passerelles, les arcs-boutants et les balcons avaient tous un aspect courbe, rebondi, espiègle. Ils étaient disposés en cascade circulaire, de telle sorte que la cité toute entière semblait un terrain de jeu pour la lumière, qui courait entre ses pierres busquées et bondissait joyeusement sur ses tuiles ocres.
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