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- Mon interview avec Bruno Gaccio
- Propos recueillis par sylvie kerviel
- Le Monde, 13 février 2000
- Immeuble de Canal+, troisième étage, bureau des Guignols, 11 h 30. J'ai rendez-vous avec Bruno Gaccio. Issu du café-théâtre, il est le plus ancien de l'équipe actuelle des Guignols. Arrivé en 1992, il a assuré la transition après le départ, en 1996, de ses deux acolytes, Benoît Delépine et Jean-François Halin.
- Sur le mur de la pièce, on voit deux photos de lui. L'une côté pile, l'autre côté face. Sur les deux, il est nu comme un ver (de face, le cadrage s'arrête au ras du pubis). L'air narquois, il prend une posture de Chippendale. Sur son corps bronzé de rugbyman et sur ses fesses, trois triangles blancs dessinent des marques laissées par un maillot de bain féminin.
- Gaccio passe la tête dans l'encadrement de la porte. - Sympa la photo, non ?, lance-t-il.
- Ses deux comparses, Franck Magnier et Alexandre Charlot, sont, eux, à l'oeuvre depuis 9 h 30, épluchant la presse du jour pour y trouver la matière qui viendra nourrir « Le Journal des Guignols » du soir. Un attaché de presse de Canal assiste à l'entretien. - Parler de moi, ça ne m'intéresse pas, dit Gaccio, d'entrée. Ce qui compte, c'est ce qu'on voit à l'antenne. Ça m'énerve, ces journalistes qui cherchent toujours à savoir ce qu'il y a derrière le rideau ! Ça ne commence pas bien. Il n'écoute pas, saisit ma main, l'approche de ses lèvres et dit, d'une voix de crooner : - Tu aimes les pâtes ? J'ai un resto dans le Midi, tu viendras, dis ?
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- Les problèmes commencent. - Quelles sont, parmi les personnalités caricaturées par les Guignols, celles qui vous inspirent le plus ?
- Il se rapproche : - Ce qui m'intéresse chez les gens, c'est la tache sur la cravate...
- Et il pose son index juste entre mes seins. Ça dérape. L'attaché de presse s'en rend compte. Il tente d'intervenir : - Arrête Bruno, t'es lourd !
- Bruno n'y prête aucune attention.
- Nouvelle tentative : - Comment se répartissent les rôles entre vous trois ?
- Le torse bombé, tendu en avant, il s'approche encore, me domine du haut de sa masse. - J'ai pas envie de parler de ça. Par contre, je peux t'apprendre des positions que tu connais pas... Ça s'aggrave. On balbutie encore quelques questions, en reculant. Mais rien à faire. Réponses : - T'es mariée ? T'as des amants ? Combien ?
- Maintenant, il est devenu impossible de continuer. Une seule solution, la fuite. Devant l'ascenseur, l'attaché de presse tente de limiter les dégâts. En guise d'excuses, il bafouille : « Vous savez, il est toujours comme ça avec les femmes... »
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