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- L’idée de « solidarité transnationale » doit être dépassée en ce qu’elle désigne un phénomène qui a connu une forte densification en termes de signification. L’auteur entend par la notion de densification un croisement des évolutions croissantes dans trois paramètres : le nombre d’acteurs concernés, la complexité des relations développées et la multiplicité des alliances mises en place. En effet, le phénomène a généré de nouvelles organisations ou implications, tandis que les relations entre acteurs se teintent de plus en plus d’intérêts stratégiques, ce qui débouche sur l’apparition de nombreuses alliances parfois contradictoires ou peu stables. Ce processus de densification est dû à des transformations historiques et à un phénomène d’institutionnalisation internationale des causes militantes. Cela se manifeste notamment par les fonds mis à disposition et l’intervention d’acteurs étatiques, d’experts et d’OIG qui modifient les méthodes contestataires initiales avec des approches plus technocratiques. On constate dès lors avec le cas de la défense des peuples autochtones la tenue régulière de réunions inter-OIG, le développement des normes internationales, la professionnalisation des dirigeants indigènes.
- L’auteur attribue ainsi deux volets aux solidarités transnationales : elles apparaissent entre les organisations indigènes qui se construisent et s’imaginent en tant que communautés transnationales, et entre ces organisations indigènes et les organisations de soutien du Nord qui épousent leur cause. Dans ce contexte, ces deux types d’organisations s’influencent et s’instrumentalisent mutuellement. En effet, l’intérêt du Nord permet aux organisations indigènes de capter des financements, de gagner en visibilité, mais également de construire une identité transnationale. Pour leur part, les organisations du Nord ont intérêt à profiter de la légitimité des causes indigènes, qui peuvent leur permettre de bénéficier d’une image d’organisation éthique.
- Finalement, cet état de fait débouche sur une situation déséquilibrée aux dépends des organisations indigènes. En effet, là où l’influence de celles-ci peut imposer une mise à l’agenda international, l’influence du Nord a tendance à créer une série de bouleversements au sein des organisations indigènes. D’abord, ces organisations doivent devenir le miroir des causes défendues par les soutiens du Nord qu’elles souhaitent attirer. En fonction de
- Soulié
- Louis
- TD Enjeux politiques de la mondialisation
- David Dumoulin-Kervran est sociologue, enseignant à l’université Sorbonne Nouvelle et chercheur au CREDA en délégation CNRS. Son objet d’étude concerne l’action collective transnationale, entre l’analyse des réseaux, des politiques de conservation de la biodiversité et la préservation des populations indigènes d’Amérique du Sud. Il a également élargit son champ d’analyse en participant à différents projets, tels que l’enquête collective Climacop sur la COP21. Sa lecture particulière du sujet lui permet de proposer une analyse approfondie des mobilisations autour de la défense des peuples autochtones. Cette catégorie de causes est particulièrement intéressante dans l’étude des mobilisations transnationales en ce qu’elle croise de nombreux facteurs propres à celles-ci.
- Thèse générale défendue par l’auteur :
- L’idée de « solidarité transnationale » doit être dépassée en ce qu’elle désigne un phénomène qui a connu une forte densification en termes de signification. L’auteur entend par la notion de densification un croisement des évolutions croissantes dans trois paramètres : le nombre d’acteurs concernés, la complexité des relations développées et la multiplicité des alliances mises en place. En effet, le phénomène a généré de nouvelles organisations ou implications, tandis que les relations entre acteurs se teintent de plus en plus d’intérêts stratégiques, ce qui débouche sur l’apparition de nombreuses alliances parfois contradictoires ou peu stables. Ce processus de densification est dû à des transformations historiques et à un phénomène d’institutionnalisation internationale des causes militantes. Cela se manifeste notamment par les fonds mis à disposition et l’intervention d’acteurs étatiques, d’experts et d’OIG qui modifient les méthodes contestataires initiales avec des approches plus technocratiques. On constate dès lors avec le cas de la défense des peuples autochtones la tenue régulière de réunions inter-OIG, le développement des normes internationales, la professionnalisation des dirigeants indigènes.
- L’auteur attribue ainsi deux volets aux solidarités transnationales : elles apparaissent entre les organisations indigènes qui se construisent et s’imaginent en tant que communautés transnationales, et entre ces organisations indigènes et les organisations de soutien du Nord qui épousent leur cause. Dans ce contexte, ces deux types d’organisations s’influencent et s’instrumentalisent mutuellement. En effet, l’intérêt du Nord permet aux organisations indigènes de capter des financements, de gagner en visibilité, mais également de construire une identité transnationale. Pour leur part, les organisations du Nord ont intérêt à profiter de la légitimité des causes indigènes, qui peuvent leur permettre de bénéficier d’une image d’organisation éthique.
- Finalement, cet état de fait débouche sur une situation déséquilibrée aux dépends des organisations indigènes. En effet, là où l’influence de celles-ci peut imposer une mise à l’agenda international, l’influence du Nord a tendance à créer une série de bouleversements au sein des organisations indigènes. Ainsi, ces organisations doivent devenir le miroir des causes défendues par les soutiens du Nord qu’elles souhaitent attirer. En fonction du type de soutien, elles devront être assez conformes à une grille de lecture par exemple écologiste, ou encore alter-mondialiste, pour en constituer la vitrine. Cela tend à la construction d’une autochtonité caricaturale sur la base du rapport à la nature, à la tradition. De plus, le fort intérêt pour les organisations indigènes à trouver des soutiens contribue à l’apparition de conflits entre celles-ci, en fonction de qui peut être rendu visible et financé, et qui ne le peut pas.
- Critiques :
- Le texte fournit des matériaux d’analyse permettant une approche plus subtile et réaliste des mobilisation transnationales.
- Soulié
- Louis
- TD Enjeux politiques de la mondialisation
- David Dumoulin-Kervran est sociologue, enseignant à l’université Sorbonne Nouvelle et chercheur au CREDA en délégation CNRS. Son objet d’étude concerne l’action collective transnationale, entre l’analyse des réseaux, des politiques de conservation de la biodiversité et la préservation des populations indigènes d’Amérique du Sud. Il a également élargit son champ d’analyse en participant à différents projets, tels que l’enquête collective Climacop sur la COP21. Sa lecture particulière du sujet lui permet de proposer une analyse approfondie des mobilisations autour de la défense des peuples autochtones. Cette catégorie de causes est particulièrement intéressante dans l’étude des mobilisations transnationales en ce qu’elle croise de nombreux facteurs propres à celles-ci.
- Thèse générale défendue par l’auteur :
- L’idée de « solidarité transnationale » doit être dépassée en ce qu’elle désigne un phénomène qui a connu une forte densification en termes de signification. L’auteur entend par la notion de densification un croisement des évolutions croissantes dans trois paramètres : le nombre d’acteurs concernés, la complexité des relations développées et la multiplicité des alliances mises en place. En effet, le phénomène a généré de nouvelles organisations ou implications, tandis que les relations entre acteurs se teintent de plus en plus d’intérêts stratégiques, ce qui débouche sur l’apparition de nombreuses alliances parfois contradictoires ou peu stables. Ce processus de densification est dû à des transformations historiques et à un phénomène d’institutionnalisation internationale des causes militantes. Cela se manifeste notamment par les fonds mis à disposition et l’intervention d’acteurs étatiques, d’experts et d’OIG qui modifient les méthodes contestataires initiales avec des approches plus technocratiques. On constate dès lors avec le cas de la défense des peuples autochtones la tenue régulière de réunions inter-OIG, le développement des normes internationales, la professionnalisation des dirigeants indigènes.
- Arguments mobilisés :
- Avec le cas de la défense des peuples autochtones, l’auteur attribue deux volets aux solidarités transnationales : elles apparaissent entre les organisations indigènes qui se construisent et s’imaginent en tant que communautés transnationales (un levier qui s’est avéré indispensable aux mobilisations sur le continent américain dès les années 1970), et entre ces organisations indigènes et les organisations de soutien du Nord qui épousent leur cause. Dans ce contexte, ces deux types d’organisations s’influencent et s’instrumentalisent mutuellement. En effet, l’intérêt du Nord permet aux organisations indigènes de capter des financements, de gagner en visibilité (par l’intérêt international porté au sujet), mais également de construire une identité transnationale (voir le rôle du groupe de travail de l’ONU dans les rencontres transnationales indigènes). Pour leur part, les organisations du Nord ont intérêt à profiter de la légitimité des causes indigènes, qui peuvent leur permettre de bénéficier d’une image d’organisation éthique. Cet état de fait marqué par le rôle des « fenêtres d’opportunité » débouche à terme sur une situation déséquilibrée aux dépends des organisations indigènes. En effet, là où l’influence de celles-ci peut imposer une mise à l’agenda international (avec la constitution des causes en problèmes par les OI), l’influence du Nord a tendance à créer une série de bouleversements au sein des organisations indigènes. Ainsi, ces organisations doivent devenir le miroir des causes défendues par les soutiens du Nord qu’elles souhaitent attirer. En fonction du type de soutien, elles devront être assez conformes à une grille de lecture par exemple écologiste, ou encore alter-mondialiste, pour en constituer la vitrine. Cela tend à la construction d’une autochtonité caricaturale sur la base du rapport à la nature, à la tradition (voir l’ethnicisation des luttes paysannes). De plus, le fort intérêt pour les organisations indigènes à trouver des soutiens (le succès de la COICA en constitue un bon exemple) contribue à l’apparition de conflits entre celles-ci, en fonction de qui peut être rendu visible et financé, et qui ne le peut pas. Certains, comme le mouvement zapatiste, parviennent à constituer leur propre réseau de soutien transnational, d’autres continuent à chercher de nouveaux alliés.
- Critiques :
- Le texte fournit des matériaux d’analyse permettant une approche plus subtile et réaliste des mobilisation transnationales. En revanche, on peut regretter que l’auteur ne développe pas assez la suite envisageable de l’institutionnalisation internationale des mobilisations transnationales, à savoir l’appropriation des causes par des acteurs économiques et financiers. De plus, sur la forme, l’usage répété du terme « indien », bien que compréhensible, peut prêter à confusion, d’autres termes pourraient sembler préférables.
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