Ivain

Untitled

Jan 6th, 2020
223
0
Never
Not a member of Pastebin yet? Sign Up, it unlocks many cool features!
text 7.82 KB | None | 0 0
  1. Il était une fois, dans un pays heureux, une rivière qui coulait paisiblement au fond de son vallon. Ses eaux étaient claires et poissonneuses. Depuis toujours y résidaient d’imposantes carpes et des perches impétueuses, et toutes sortes d’animaux y prospéraient, car une ondine en était la gardienne. Pendant des siècles, la fée de la rivière avait veillé sur chaque bête qui nageait dans ses remous, chaque plante qui en habillait le lit sablonneux, et chaque insecte qui se faufilait entre les galets de ses berges.
  2. Près du cours d’eau, au pied de la montagne, il y avait un village. Ses habitants chérissaient la rivière, car elle apportait de l’eau à leurs plantations et des poissons à leurs filets. Le bétail s’y abreuvait et les barques des artisans descendaient son flux tranquille afin qu’ils tirent à la ville les fruits de leur travail. Tous les jours une petite fille, la plus jeune du village, gambadait le long de ses rives du matin au soir. Elle aimait la rivière plus qu’aucun de ses congénères.
  3. Un triste matin, le cours s’arrêta. L’eau était toujours là, mais les feuilles d’automne ne glissaient plus sur sa surface. Plus aucun remous n’égayait ses sinues. Les flots s’étaient changés en un mince lac en forme de ficelle qui serpentait, inerte, dans la vallée.
  4. Les villageois étaient inquiets. Si les barques ne voguaient plus vers l’aval, les artisans ne pourraient glaner leur pitance. Tandis qu’ils en débattaient, d’étranges murmures parcoururent les roseaux qui flânaient sur les berges. Hélas, les hommes et femmes en ce lieu ne connaissaient pas le langage du Petit Peuple, et ils ne purent comprendre les chuchotements.
  5. Le doyen du village rassembla les habitants dans la salle du conseil et leur parla ainsi :
  6. « La fée de la rivière est en colère. Pour apaiser son courroux, nous devons lui sacrifier quelques volailles bien dodues. »
  7. La petite fille vint alors devant eux et leur tint ce discours :
  8. « Attendez ! J’ai entendu les murmures des roseaux, et par eux la naïade m’a parlé. Elle m’a dit qu’elle ne pouvait plus dormir. Nous devons l’aider à retrouver le repos, car elle nous aide depuis le premier jour qu’a connu ce village. »
  9. Mais les hommes et les femmes rirent de ces paroles. « Qu’en sait la fillette ? », disaient-ils goguenards. Ils la chassèrent donc de la salle du conseil, égorgèrent plusieurs poules et versèrent leur sang dans les eaux du vallon.
  10. Quelques jours plus tard, la rivière était toujours figée, et l’onde devenait boueuse.
  11. Les villageois étaient angoissés. Si les flots ne pouvaient plus venir embrasser les plantations, les cultures dépériraient. Tandis qu’ils palabraient, d’étranges échos firent bruisser les arbres qui dormaient le long du rivage. Hélas, les hommes et femmes en ce lieu ne connaissaient pas le langage du Petit Peuple, et ils ne purent percevoir ces paroles.
  12. Le doyen du village rassembla les habitants dans la salle du conseil et leur parla ainsi :
  13. « La fée de la rivière est encore en colère. Pour apaiser son ire, nous devons lui sacrifier une paire de porcelets bien gras. »
  14. La petite fille vint alors devant eux et leur tint ce discours :
  15. « Attendez ! J’ai entendu les échos dans les feuillages, et par eux la naïade m’a parlé. Elle m’a dit qu’elle n’arrivait toujours pas à dormir. Nous devons l’aider à retrouver le repos. »
  16. Mais les hommes et les femmes rirent de ces paroles. « Pourquoi diable écouterions nous un enfant ? », se gaussaient-ils. Ils la chassèrent donc de la salle du conseil, saignèrent deux pourceaux et brûlèrent leur viande près des eaux du vallon.
  17. Quelques jours plus tard, la rivière était toujours immobile, et commençait à s’assécher.
  18. Les villageois étaient désespérés. Si imposantes carpes et perches impétueuses ne pouvaient plus s’aventurer près du village, les familles des pêcheurs connaitraient la disette. Tandis qu’ils tergiversaient, un étrange cri tomba de la montagne. Hélas, les hommes et femmes en ce lieu ne connaissaient pas le langage du Petit Peuple, et ils ne purent savoir ce que signifiait cet hurlement.
  19. Le doyen du village rassembla les habitants dans la salle du conseil et leur parla ainsi :
  20. « La fée de la rivière est toujours en colère. Pour apaiser sa rage, nous devons lui sacrifier notre plus beau taureau. »
  21. La petite fille vint alors devant eux et leur tint ce discours :
  22. « Attendez ! J’ai entendu le cri de la montagne, et par lui la naïade m’a parlé. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas dormi depuis une lune. Nous devons l’aider à retrouver le repos. »
  23. Mais les hommes et les femmes s’énervèrent à ces paroles. « Que cette gamine arrête de nous importuner avec ses fadaises ! », grondaient-ils avec agacement. Ils la chassèrent donc de la salle du conseil, tuèrent un taureau majestueux et lestèrent sa carcasse pour que l’ondine au fond de l’eau puisse en faire festin.
  24. Quelques jours plus tard, la rivière reprit son cours.
  25. Alors que la fillette gambadait le long des berges, tout heureuse de retrouver ses jeux d’enfant, elle entendit un son qui courait à la surface de l’eau. C’était une voix des plus mélodieuses, un timbre cristallin qui ravissait l’oreille et réchauffait le cœur.
  26. « Ah, qu’il est bon de s’éveiller au zénith après un long somme ! » dit la fée de la rivière. Voyant la petite, elle ajouta : « Je m’excuse pour ton village s’il a souffert du calme que j’ai imposé à l’eau. Je ne voulais pas punir des innocents, mais je n’avais pas le choix. »
  27. « Pourquoi, madame la fée ? »
  28. « Au bout de ma rivière, à l’endroit où elle rejoint le Grand Lac Salé, des humains de la ville se sont mis à construire de grands navires de guerre. Du matin au soir et du soir au matin, ils frappaient les arbres de leurs haches, coupaient les branches avec leurs scies et cognaient l’écorce de leurs marteaux. Tout ce que l’eau entend, je l’entends. Je ne pouvais plus fermer l’œil avec ce vacarme. J’ai donc dû arrêter la course des flots. »
  29. « Pourquoi, madame la fée ? »
  30. « Vois-tu mon enfant, quand les humains de la ville se sont rendus compte que la rivière ne coulait plus, ils ont attendu. Et quand le cours n’a pas repris, ils ont emporté leurs haches, leurs scies et leurs marteaux pour construire leurs funestes vaisseaux ailleurs. C’est ainsi que j’ai pu retrouver le sommeil. Je me sens désolée pour les humains de ton village, et plus encore pour les animaux qu’ils ont cru bon de faire périr en mon honneur. Mais j’ai récupéré mes forces à présent, et je veillerai de nouveau sur tous les êtres qui peuplent mes eaux. »
  31. La fillette rentra au village, impatiente de conter à tous ce que la naïade lui avait confié. Avant d’atteindre la première chaumière, elle entendit les chants et les rires des habitants. Ils se réjouissaient des bienfaits de la rivière retrouvés. Ils félicitaient le doyen de leur avoir montré la voie à suivre. La petite fille comprit qu’ils ne voudraient pas entendre ses paroles. Elle tourna alors les talons et s’en retourna jouer sur les berges.
  32.  
  33. ***
  34.  
  35. « C’était une belle histoire, William. »
  36. « Merci, La Créature. Je l’ai écrite ici, pendant l’une de ces nuits d’insomnie que je subis depuis que je suis arrivé dans ton monde. Avant que tu ne viennes me voir, je restais là, coincé dans notre bulle de verre au fond de l’eau, à regarder la surface. En espérant qu’un jour mon espèce trouvera le moyen d’y vivre. Je crois que d’une certaine façon, la fée incarnait ce que je m’imaginais être. Le gardien mystique de ces eaux. »
  37. « Tu n’es pas la fée, William. Tu es la petite fille. L’être humain auquel la Créature peut parler. Tu peux être le messager qui fera le lien entre ton peuple et cette planète. »
Advertisement
Add Comment
Please, Sign In to add comment