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Dec 15th, 2022
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  1. Affaire Bastien Vivès : « La société est en train de prendre conscience
  2. de la réalité des violences sexuelles faites aux enfants »
  3. Pour le juge Édouard Durand, qui co-préside la commission indépendante sur l’inceste et les violences
  4. sexuelles faites aux enfants (Ciivise), la levée de boucliers contre l’auteur de bandes dessinées Bastien
  5. Vivès, qui met en scène pédopornographie et inceste dans certains de ses ouvrages et devait être mis à
  6. l’honneur lors du prochain festival d’Angoulême, dénote une amorce de changement de regard sur un
  7. fléau qui concerne 5,5 millions de personnes en France.
  8. Sarah Brethes
  9. 14 décembre 2022 à 19h55
  10. I
  11. l n’y aura donc finalement pas d’exposition « carte blanche » à Bastien Vivès au prochain festival d’Angoulême
  12. fin janvier : la direction de l’événement l’a annoncé ce mercredi, après plusieurs jours de polémique, invoquant
  13. des « menaces » reçues par l’auteur dont l’œuvre, mais aussi les déclarations, posent question. Le festival continue
  14. de défendre l’auteur, considéré comme le petit prodige du 9 art français, estimant que son œuvre, « dans son
  15. ensemble, relève de la liberté d’expression et qu’il revient à la loi de tracer les frontières dans ce domaine et à la justice
  16. de les faire respecter ».
  17. Le juge Édouard Durand, qui co-préside la commission installée par l’exécutif en mars 2021 dans le sillage du
  18. mouvement #MeTooInceste né après la parution du livre La Familia grande de Camille Kouchner, « comprend » les
  19. quelque 100 000 personnes qui réclamaient dans une pétition la déprogrammation de l’exposition, et rappelle qu’il
  20. est interdit de diffuser des représentations pornographiques d’enfants.
  21.  
  22.  
  23. Mediapart : Que vous inspire cette polémique autour de l’œuvre, des déclarations et de la mise à l’honneur de
  24. Bastien Vivès au festival d’Angoulême ?
  25. Édouard Durand : On voit qu’il y a des choses qui sont en train de changer dans la société. Et que ce qui change,
  26. c’est la prise de conscience de la réalité des violences sexuelles faites aux enfants, de l’exploitation sexuelle des
  27. enfants, de la réalité de faire du corps de l’enfant un objet de fantasme ou de passage à l’acte sexuel.
  28. Cette prise de conscience résulte de l’expression par les victimes, les enfants victimes devenus des adultes, et par les
  29. mouvements qui les soutiennent, de leur invisibilité, de leur souffrance et de leur colère.
  30. C’est-à-dire qu’il y a un mouvement qui part d’une complaisance envers ces passages à l’acte ou ces fantasmes, et
  31. qui va vers une prise de conscience du fait que ces images, ces scènes, ces réalités sont une attaque de la dignité des
  32. enfants et de toutes les victimes, quel que soit leur âge.
  33. Comment réagissez-vous à la déprogrammation de l’exposition qui devait lui être consacrée ?
  34. Je comprends l’émotion exprimée par les très nombreuses personnes qui ont signé les pétitions. Leur colère, leur
  35. dégoût devant des images pornographiques d’enfants.
  36. Comment expliquer que des bandes dessinées qui mettent en scène explicitement de la pédopornographie
  37. et de l’inceste soient publiées ?
  38. L’histoire de cette prise de conscience, c’est un combat pour réduire les marges de l’acceptable.Aujourd’hui, on en
  39. vient à une réflexion sur la différence entre la photo ou la vidéo d’un enfant exploité sexuellement et la
  40. représentation de cette même réalité par le dessin d’un personnage fictif, mais qui reste la représentation d’un
  41. enfant. C’est cette marge-là qu’on franchit.
  42. Ces images sont par nature insoutenables pour tous les enfants victimes et les adultes qu’ils sont devenus,
  43. insoutenables pour toutes les personnes qui comprennent ce qu’ils et elles vivent. Il faut que la société continue de
  44. prendre conscience de l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants : il y a 5,5 millions de personnes qui ont
  45. été victimes de violences sexuelles dans leur enfance, 5,5 millions de personnes qui, probablement, en ce moment,
  46. se demandent comment il est possible qu’il y ait des représentations pornographiques d’enfants exploités
  47. sexuellement. Chaque année,160 000 enfants sont victimes de violences, de viols ou d’agressions sexuelles.
  48. Pourriez-vous nous rappeler, en tant que juge, comment l’inceste est considéré par la loi ?
  49. Pénalement, l’inceste est un crime ou un délit. La législation a progressé l’année dernière, avec la loi du 21 avril 2021,
  50. en précisant que quand l’agresseur est un majeur, on n’a pas à interroger le consentement, c’est-à-dire qu’on n’a pas
  51. à démontrer la contrainte, la menace, la violence ou la surprise.
  52. Ce qui ne veut pas dire que les passages à l’acte sont autorisés entre mineurs, même s’il faut prouver la contrainte,
  53. la menace, la violence ou la surprise. Ces passages à l’acte s’inscrivent par ailleurs toujours dans le cadre d’un
  54. rapport de pouvoir.
  55. Toute la question, c’est d’arriver à enlever les hypothèses qui ont tendance à faire de ces violences une fiction
  56. romantique, c’est-à-dire de masquer la réalité par des idées fausses pour autoriser la passivité.
  57. Bastien Vivès nie toute apologie de l’inceste et se défend notamment en évoquant des « fantasmes »…
  58. Je ne suis pas le professionnel le mieux qualifié pour réfléchir sur les fantasmes, leur connaissance et leur source,
  59. mais ce que je sais c’est qu’on n’a pas le droit de diffuser des représentations pornographiques d’enfants. Il faut
  60. penser à la dignité des enfants victimes et des adultes qui ont été victimes dans leur enfance.
  61. Ce qui a réveillé la polémique, c’est la mise à l’honneur de cet auteur. Qu’est-ce que cela dit ?
  62. Il y a des milliers et des milliers de personnes qui disent : « Quand allez-vous comprendre ce que nous vivons ?
  63. Quand allez-vous le voir ? Quand allez-vous choisir de quel côté vous êtes ? » C’est ça que j’entends. Et évidemment, je
  64. l’entends, car la Ciivise c’est ça, c’est cet espace de solidarité où il est dit que la parole des victimes de violences
  65. sexuelles est légitime.
  66. Qu’est-ce que vous répondez aujourd’hui à ceux qui crient à la censure ?
  67. La marge de création est extrêmement grande sans qu’il soit besoin de représenter des enfants comme objets
  68. sexuels. Il y a des choses merveilleuses à écrire, peindre, composer. L’espace de création est infini.
  69. Sarah Brethes
  70. Directeur de la publication : Edwy Plenel
  71. Direction éditoriale : Stéphane Alliès et Carine Fouteau
  72. Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS).
  73. Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007.
  74. Capital social : 24 864,88€.
  75. RCS Paris 500 631 932.
  76. Numéro de CPPAP : 1224Y90071
  77. N° ISSN : 2100-0735
  78. Conseil d'administration : Fabrice Arfi, Jean-René Boisdron, Carine Fouteau,
  79. Edwy Plenel, Sébastien Sassolas, James Sicard, Marie-Hélène Smiéjan.
  80. Actionnaires directs et indirects : Société pour l’Indépendance de Mediapart,
  81. Fonds pour une Presse Libre,Association pour le droit de savoir
  82. Rédaction et administration : 127 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris
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