Not a member of Pastebin yet?
Sign Up,
it unlocks many cool features!
- Mederi est située au cœur d'immenses plaines, au bord d'un fleuve large et calme, qui assure une irrigation exceptionnelle des cultures. On dit que certaines années, lorsque le climat est bon, les mederis ont jusqu'à quatre récoltes de riz. Mais ce n'est pas pour ça que cette ville est célèbre: elle a connu dix pestes, et s'en est relevée à chaque fois, si mortelles et fulgurantes qu'aient été les épidémies.
- En conséquence, la peur des rats et de leur vermine saute aux yeux de quiconque arrive par le fleuve : avant qu'il ne puisse débarquer, la cale de son bateau est minutieusement fouillée, ses passagers inspectés. Aux balcons, les prostituées et résidents curieux qui offrent partout ailleurs aux marins le spectacle de leur présence, brillent ici par leur absence, et pendant quelques jours le port semble être celui d'une ville fantôme. Tout comme son navire s'amarre solidement à la jetée, la crainte du visiteur s'ancre dans le cœur des mederis. Mais même lorsque celle-ci se dissipe et qu'enfin il peut pénétrer en ville, la maladie ne manque pas d'imprimer sa marque, comme en écho, sur ce qu'il en découvre.
- Les hauts murs peints, bien entretenus, qui délimitent en cercles concentriques les quartiers de Mederi, ne sont plus seulement, en temps de paix, les agréables promenades ou points de vue bucoliques sur la campagne alentour, mais également les verrous qui tentaient de freiner le mal dans sa progression, jadis. Les beaux volets aux motifs géométriques, qu'on admire le mieux lorsqu'ils sont fermés, interrogent: la demeure est-elle vide, la famille qu'elle habitait décimée? Chaque belle boutique de soieries, de confiseries ou de livres anciens, semble encadrée par une officine, une droguerie ou le cabinet d'un médecin. Au milieu des fleurs qui ornent le rebord des fenêtres, on distingue çà et là quelques pièges à souris, comme dans d'autres contrées bien sûr, mais ici on les remarque. Sur la place du marché, en déambulant au milieu des étals bigarrés, on ne sait plus si c'est un grain de poivre ou de mort-au-rat que l'on écrase négligemment en frôlant un sac d'épices. Le cimetière et les églises, si grands et majestueux, ne sont plus lieux de souvenirs et de recueillement, mais de deuil et de suppliques. Enfin, celui qui connaît les caravanes des pistes les plus poussiéreuses du monde autant que les gigantesques bâtiments qui sillonnent les mers, ne manquera pas de s'étonner une dernière fois en parcourant Mederi: nul rongeur n'attire l'attention du passant au fond des ruelles sombres, ne dispute un reste de poisson aux oiseaux pour le bonheur des enfants, ni ne grimpe difficilement à une tige de riz sous le regard amusé des paysans.
- Aujourd'hui, Mederi est pleine de vie, tout comme ses habitants, incontestablement, mais les villes, comme les hommes, gardent parfois des séquelles de leurs affections passées. Et ainsi, lorsqu'on pense à Mederi, on pense à ses pestes. Et le voyageur méfiant ne manquera pas de s’interroger avant de se diriger vers une ville que même les rats préfèrent éviter...
Advertisement
Add Comment
Please, Sign In to add comment