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- Le Souricier commençait à s’amuser. Voyez-vous ça ! la pièce avait à peine commencé qu’Hisvet avait déjà réussi à intervertir les rôles des deux autres personnages ! Ah, si seulement Fafhrdétait là ! Il aurait adoré entendre chanter les louanges de Frix.Il avait eu un sérieux béguin pour la princesse d’Arilie, surtout à l’époque où elle était l’imperturbable esclave et servante d’Hisvet. Sauf que ce grand balourd n’apprécierait sûrement pas d’être ainsi enseveli. D’ailleurs, il était probablement trop gros pour survivre en grappillant des miettes d’air. Ce qui lui rappela qu’il ferait mieux de penser à sa propre respiration. Et de ne pas perdre de vue l’éventualité,toujours possible, de l’entrée en scène d’une troisième force du monde de la surface ou souterraine. Qui disait qu’il faudrait avoir des yeux dans le dos ?
- Donc, pas d’inepties, fillette, déshabille-toi, j’ai dit ! conclut Hisvet.
- Quatrie tenta bien de tergiverser :
- — Ayez pitié, Demoiselle. Ce serait une chose de me dévêtir pour un amant. Mais me déshabiller pour être fouillée par l’une de mes compagnes, une servante comme moi, c’est plus que dégradant. C’est intolérable !
- Alors Hisvet bondit à bas du lit.
- — Je commence à perdre patience, espèce de petite garce pudibonde ! Qui es-tu pour dire ce que tu trouves tolérable ou
- non ? Troisie, tiens-lui les bras ! Et si elle se débat, attache-les lui dans le dos !
- La servante aux cheveux bruns, qui était déjà derrière Quatrie,lui prit les coudes et les maintint le long de ses flancs en regardant sa maîtresse avec un sourire un peu pervers. Hisvet tendit le bras, releva le menton de la fille aux cheveux de linet, la regardant droit dans les yeux, commença à déboutonner le premier bouton de sa tunique avec une lenteur délibérée.
- — Je me serais soumise à vous, Demoiselle, sans qu’on me tienne les bras, dit Quatrie, avec toute la dignité dont elle était
- capable.
- — Tu n’es qu’une stupide petite débutante, Quatrie chérie,déclara Hisvet avec un calme inquiétant. Il y a bien des choses que tu ignores, et tu vas les apprendre. Tu te serais soumise àmoi, mais pas à la servante qui agit selon mes ordres, c’est cela ? Pour commencer, Troisie n’est pas une servante comme toi ; elle est au-dessus de toi, et elle a le pouvoir de te corriger en mon absence.
- Tout en parlant, elle continuait à défaire les boutons, en prenant son temps et en enfonçant les jointures de ses doigts et le bord des gros boutons dans la chair de la fille.Lorsqu’elle arriva au troisième bouton, ses petits seins fermes,couronnés de mamelons roses, jaillirent de la tunique.
- — Eh bien, les choses se passent comme tu le souhaitais,n’est-ce pas, Quatrie ? poursuivait Hisvet. Tu vois, c’est moi qui te déshabille et pas cette chère Troisie, bien qu’elle n’en perde pas une miette. En fait, c’est moi qui te sers. Tu ne trouves pas que c’est le monde à l’envers ? On pourrait dire que tu bénéficies d’un traitement de faveur, quoique je doute fort que tu en retires un grand plaisir.
- Lorsqu’elle en eut fini avec les boutons, elle toisa la fille des pieds à la tête, lui effleura légèrement les seins du dos de la main et dit avec un rire chaleureux :
- — Là, ce n’était pas si difficile, n’est-ce pas, ma chérie ?Continue, Troisie.En souriant, la brune servante fit glisser la tunique le long des bras de Quatrie et la lui retira.
- — Ma parole, mais tu rougis, Quatrie ! remarqua Hisvet avec un ricanement. C’est une spécialité fort recherchée dans la Rue aux Putains, à ce qu’on dit, et cher payée. Examine soigneusement sa robe, dit-elle à Troisie. Palpe bien les coutures et l’ourlet. Elle aurait pu voler quelque chose de plus petit quele Forceur. Et maintenant, ma chère petite, apprête-toi à être fouillée de la tête aux pieds par une servante qui est ta supérieure, conformément à mes ordres, et sous mes yeux.
- Elle prit le fouet de peau de serpent blanche sur le lit et, de son manche d’argent, indiqua à Quatrie la position à prendre.
- — Écarte les bras. Voilà, comme ça. Et cambre-toi un peu, que toute ton anatomie soit parfaitement accessible. Les jambes plus écartées, je te prie. Là, ça devrait suffire.
- Le Souricier constata que le corps de la fille avait été intégralement rasé ou épilé. Cette pratique – des plus agréables et des plus séduisantes au demeurant, songea le Souricier – qui avait la faveur de cet imbécile de Glipkerio, le Suzerain des Épouvantails à moineaux, était donc encore en vigueur à Lankhmar
- .— Il n’y a rien dans le vêtement, Troisie ? Tu en es sûre ? Eh bien, jette-le vers le mur du fond et passe tes doigts dans ses cheveux. Penche-toi en avant, ma petite. Doucement, Troisie,pas trop fort. Je sais qu’elle a les cheveux assez courts, mais tu serais surprise d’apprendre ce que quelques poils peuvent parfois cacher. Et n’oublie pas les oreilles. Nous cherchons quelque chose de petit.
- Hisvet bâilla et avala une bonne rasade de vin. Quatrie jeta un regard noir à sa plus proche tortionnaire. Il y avait quelque chose de particulièrement dégradant dans la façon dont elle l’empoignait par les oreilles, les lui écartait et les repliait d’un côté et de l’autre. Mais Troisie, prenant exemple sur sa maîtresse, se contenta de répondre d’un sourire suave.
- — La bouche, maintenant, ordonna Hisvet. Ouvre bien grand, Quatrie, comme chez le chirurgien-barbier. Vérifie les deux joues, Troisie. Je ne vois pas Quatrie faire le petit hamster, mais on ne sait jamais, après tout. Et maintenant… Tu sais sûrement ce qu’il te reste à faire, Troisie ? Peut-être aurais-je dû te préciser de la fouiller par-devant et par-derrière. Tu peux lubrifier tes doigts avec ma pommade. Mais n’en mets pas trop : elle est à base de l’huile essentielle dont on oint l’empereur de l’Est. Ne t’angoisse pas comme cela, Quatrie ! Imagine que c’est ton amant qui t’explore ainsi, te démontrant avec dextérité l’étendue de son affectueuse considération. Qui est ton amant, Quatrie ? Car tu en as un, je suppose ? Mais j’y songe : j’ai surpris ce joli page, Hari, en train de te regarder d’une façon bien précise. Je me demande ce qu’il penserait s’il pouvait te voir ainsi affairée. C’est cocasse. Et si je le faisais appeler ? Eh bien, voilà qui est à moitié fait. Maintenant, Troisie, la plus sombre avenue du plaisir amoureux. Penche-toi bien, Quatrie. Tout doux, Troisie. Ne lui fais pas mal. Certains aspects de cette discipline semblent tout à fait nouveaux pour notre petite élève. Comment, Quatrie ? Des larmes ? Réjouis-toi mon enfant ! Ta culpabilité n’est pas encore prouvée, en fait tu es en bonne voie de disculpation. La vie est décidément pleine de surprises.
- Le Souricier esquissa un sourire cynique dans son étrange prison invisible. Les surprises qui accompagnaient Hisvet étaient invariablement désastreuses, il le savait par expérience. Il s’amusait furieusement, pour autant que sa situation limitée le lui permît. C’était drôle, mais toutes ses plus grandes amours, ses coups de cœur, il les avait eus avec de petites filles minces comme celles-ci. Il songea à son petit Lys Noir, du temps où il faisait office de spadassin et d’homme de main pour Pulg, et où Fafhrd avait trouvé un Dieu en la personne d’Issek ; à Reetha, la servante aux chaînes d’argent de Glipkerio ; à Ivivis de Quarmall, souple comme un serpent. À son premier amour, Ivrian, l’innocente, la tragique, dont il avait alimenté les rêves de princesse. À Cif, évidemment. Et puis à Ivmiss Ovartamortes, la pouliche de la nuit . Ça faisait sept en comptant Hisvet. Mais il y en avait une autre, une huitième, dont le nom et l’identité lui échappaient, qui était aussi servante de métier, et d’autant plus délicieuse qu’elle lui était en quelque sorte interdite. Qui était-elle ? Quel était son nom ? S’il pouvait se rappeler un seul détail, tout lui reviendrait. C’était exaspérant ! Évidemment, il avait eu toutes sortes de femmes aux formes plus généreuses, mais sa mémoire sélective ne conservait le souvenir que des filles plus petites que lui. C’était son panthéon personnel de petites chéries. On aurait pu croire qu’un homme dans la tombe (car telle était sa situation, il fallait bien voir les choses en face) aurait été en mesure de se concentrer sur un sujet donné, eh bien non ; même ici, on était distrait par toutes sortes de détails et de responsabilités : il fallait s’occuper de soi, veiller à respirer régulièrement, repousser les fragments de terre qui entraient par mégarde dans sa bouche, faire attention à ce qui se passait devant et derrière… Tiens, c’est aussi ce que devait se dire Quatrie, même si on était fondé à se demander de quelle utilité cela pouvait bien lui être. Il revint au spectacle réjouissant de la triade féminine que la destinée avait dispensé à sa contemplation secrète.
- [...]
- — Mais, Demoiselle, souligna humblement Troisie, lorsque je me penche ainsi avec cette courte tunique, j’expose la partie postérieure de mon individu. Surtout avec votre interdiction de porter des dessous.
- — C’est parfaitement exact, observa Hisvet avec un sourire. Et c’est en partie en pensant à cela que j’ai conçu ces uniformes. De la sorte, lorsqu’elles reçoivent l’ordre de ramasser quelque chose par terre, les servantes se baissent gracieusement, comme pour une révérence, en gardant la tête et les épaules droites. C’est beaucoup plus civil et agréable.
- [...]
- Hisvet caressa les seins de la servante brune penchée en avant. Ils étaient presque aussi petits et fermes que ceux de la blonde, avec des mamelons plus gros, rosés, de la teinte du cuivre fraîchement astiqué.
- — Combien de coups, Demoiselle ? demanda anxieusement Troisie d’une petite voix craintive. En tout ?
- — Chut ! Je n’ai pas encore décidé. Tu es censée aimer ça. Et tu vas vraiment connaître l’extase, je te le garantis, car je sens tes mamelons durcir, malgré ta peur. Et vois comme les aréoles sont hérissées de chair de poule ! Tu devrais pousser des soupirs et des gémissements de plaisir quand je pétris tes seins et quand je fais jouer mes doigts dessus.
- Une goutte tomba dans la cuve de cristal de la clepsydre.
- — Un ! s’écria Hisvet. Tu as recommencé à fléchir les jambes, déclara-t-elle d’un ton sinistre.
- Retirant sa main des seins de la servante, elle appliqua une bonne poussée sur ses genoux.
- Dans sa retraite, le Souricier jeta un coup d’œil aux rides concentriques qui s’étalaient à la surface de la vasque de l’horloge à eau. Un frisson de panique à l’état pur le surprit à la pensée qu’il semblait un peu trop bien placé ; ça ne pouvait pas être le seul effet du hasard. Était-ce un coup d’Hisvet ? Se savait-elle observée, par lui ou par n’importe quel personnage invisible ? Peut-être tout cela n’était-il fait que pour endormir sa vigilance ?
- Non, se dit-il, je vais chercher des choses trop compliquées. C’était juste l’une de ces glorieuses visions inavouables qui venaient – c’était à espérer du moins – illuminer les derniers moments des enterrés vivants moins heureux ou moins habiles à se tirer d’affaire que lui. Il se repaissait du spectacle de Quatrie qui prenait place de l’autre côté du petit derrière frémissant de Troisie, appréciait la distance, de l’œil et du manche de son fouet blanc, ses petits seins aux pointes roses tressautant légèrement comme elle dansait sur place d’excitation. Elle était toute rose, et pas de confusion, il en était sûr.
- Floc ! fit la clepsydre.
- — Deux ! s’écria Hisvet, en remettant la main sur la nuque de Troisie et en faisant venir à elle son pâle visage. Nous allons échanger un autre baiser. Ça t’aidera à supporter la douleur et je veux sentir quand elle te traversera, goûter ta réaction. Ne plie pas les genoux.
- Elle attira le visage de la servante tout contre le sien et l’embrassa férocement tandis que sa main libre jouait avec les petits seins juvéniles de Troisie.
- Le troisième floc ! fut suivi d’un bref clac ! et d’un petit cri étouffé. Troisie se cabra. Et tout ça pour moi , les petites chéries, se dit le Souricier. Les yeux bleus de Quatrie jetaient des éclairs, comme ceux d’une furie en extase. Elle était haletante. Elle leva son fouet de peau de serpent comme si elle s’apprêtait à donner un second coup, mais se retint au dernier moment.
- Hisvet relâcha la tête de Troisie pour respirer.
- — Merveilleux ! dit-elle. Ton cri m’est descendu dans la gorge… Il avait un divin goût d’épice. (Puis :) Très bien, Quatrie, s’écria-t-elle. Reste sur la pointe des pieds, petite.
- — Hesset, viens à mon secours ! s’écria Troisie, invoquant la déesse de la lune lankhmarienne. Dites-lui d’arrêter, Demoiselle, je ferai tout ce que vous voudrez !
- — Chut, petite, répondit Hisvet. Hesset va te donner du courage.
- Et, appliquant à nouveau le visage de la fille sur le sien, elle étouffa ses cris à ses lèvres impatientes tandis que son autre main appuyait sur ses genoux.
- Les trois sons se répétèrent d’une manière à peu près identique. Troisie se cabra, faillit faire une cabriole. Surpris de sa réaction, le Souricier éprouva presque une étincelle de honte, mais il se rappela à temps de respirer – et tout ce qui s’ensuit.
- — Dites-lui d’arrêter, implora la servante lorsque Hisvet lui relâcha la tête pour reprendre son souffle. Elle va me tuer ! (Puis, incapable de contenir son indignation :) Vous saviez depuis le début qu’elle n’avait pas volé le joyau, Demoiselle ! C’est vous qui m’avez induite en erreur.
- Hisvet, qui s’affairait sur ses seins, referma les articulations de son pouce et de son index sur la chair entre ses seins, la pinça, la tordit, la frotta et tira brutalement dessus. Troisie ne put retenir un cri.
- — Silence, espèce de stupide petite salope ! siffla sa maîtresse. Tu as pris plaisir à la faire souffrir, maintenant tu vas payer. Idiote, va ! Tu ne te rends pas compte qu’une servante qui dénonce sa camarade sous n’importe quel prétexte trahira aussi volontiers sa maîtresse ? J’exige une complète loyauté de mes servantes. Frappe, Quatrie, de toutes tes forces !
- Elle attira le visage de la servante tout contre le sien ; le floc ! de la goutte se confondit avec le troisième coup. Cette fois, lorsque Hisvet lui relâcha la tête, il n’y eut pas de prière instante ; ce furent les larmes qui jaillirent. Hisvet les écarta d’une main impatiente qu’elle plongea aussitôt dans sa large poche.
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