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- "L’Ascension des flammes", troisième chant.
- Après avoir durant cent lunes et cent jours,
- Veillé le corps chéri de son premier amour,
- Zakaz en deuil, scella de son caveau l’accès,
- Et jura devant ceux des siens qui lui restaient,
- Qu’il ne connaîtrait plus la moindre paix de l’âme,
- Tant qu'à ses pieds le corps vicié du traître infâme,
- Ne gésirait vaincu, prêt à subir vengeance,
- Exemplaire sanction pour qui avec violence,
- Se retourna contre ses frères et ses soeurs,
- L’ignoble moins que rien, démon dénué de coeur,
- Que ne rachèteront ni les mots ni l’offrande,
- Mais fera de son juge toute la légende.
- L’univers enragé, en habit de lumière,
- Tourna son regard noir et son ire première,
- Vers la bête du mal qui ravageait ses terres,
- Le reptile brûlant du nom de Baal Ezer,
- Qui de sa gueule infâme crachait le venin,
- Que son maître maudit avait voué aux siens.
- De mille lances d’or il lui perça le cuir,
- Et le cloua au sol, l’empêchant de s’enfuir.
- Méprisant la douleur qui le terrassait presque,
- Il fondit d’un seul bond sur l'être titanesque,
- Lui enserra le cou de ses mains de colosse,
- Promptes à la caresse tant qu’à broyer les os.
- Dix jours durant la lutte dévasta le monde,
- Des torrents de magma suait l’hydre féconde,
- Et bientôt ne resta que la plaine brûlée,
- Partout où le regard pouvait bien se porter,
- Mais le roi courroucé ne lâchait pas sa prise,
- Pas plus que le dragon, vile bête insoumise,
- Ne voulait bien mourir, renoncer à la tâche,
- Par son maître confiée, comme le font les lâches.
- Alors le dieu vengeur, impatient d’en finir,
- Car il sentait enfin ses muscles s’affaiblir,
- Se jeta dans la gueule, entra dans le volcan,
- Dans l’espoir d’y trouver l’organe palpitant,
- Le découper en deux, et pour toujours tarir,
- Le flot dégoulinant que vomissait le sbire.
- Il remonta sans hâte le torrent de feu,
- Inhalant malgré lui le poison dangereux.
- La lave comme un croc lui déchirait les chairs,
- Mais aucune douleur, la rage ne fait taire.
- Lui embrasait les yeux un acide brouillard,
- Inapte à embrumer l’implacable regard.
- Malgré l’épaisse gangue entravant sa démarche,
- Il parvint à son but, le puissant patriarche,
- Mais en pleine fournaise aucun coeur ne battait,
- Comme si Baal Ezer, du néant procédait,
- Sans avoir besoin d’air ni d’autre nourriture,
- Que la rage et la haine livrées en pâture.
- Égaré, le grand roi, comprenant son erreur,
- Ne savait où aller pour quitter la chaleur,
- Chaque voie identique, en d’infinis méandres,
- Basaltiques entrailles, maudite salamandre.
- Quand soudain dans le loin résonna familière,
- Une voix disparue, affaiblie oui, mais fière,
- Et enfin il le vit, emmitouflé de chaînes,
- Son fils qu’il croyait mort, telle une image ancienne,
- Revenue le hanter comme au soir de sa vie.
- Mechtal, car c’était lui, le hêla dans un cri,
- Et le père comblé, de ses poings calcinés,
- Réduisit en morceaux les liens du prisonnier.
- C’est alors que du dieu jaillirent sans entrave,
- Toutes les eaux du monde, en un grondement grave,
- Et c’est fut un peu trop pour le serpent de feu,
- Qui recracha sitôt, ses hôtes bilieux,
- Et la lutte repris, désormais plus loyale,
- Car l’eau agile et vive est du brasier l’égale.
- S'abattit sur la bête un déluge glacé,
- Mais ne pouvait son feu pas même tempérer.
- Alors le roi des dieux, à la force des bras,
- Se saisit des babines crachant le magma,
- Et les maintint fermées jusqu'à ce que tarisse,
- Le flux dévastateur et la source du vice.
- Sous le souffle gelé de Mechtal triomphant,
- Baal Ezer dut céder, privé de vent ardent,
- Et ainsi fut des dieux la première victoire,
- Terrassant à eux deux le feu du désespoir,
- Qui encore aujourd'hui git congelé sur terre,
- Plus gros qu’un continent, au milieu de la mer.
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