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- Ivan pouffa.
- « Toi, dans la narine de Jefferson ? Haha, j’imagine que tu n’as jamais avoué ça à tes parents, si ? Il me tarde de questionner Allan à ce sujet, la prochaine fois que j’aurai la chance de le croiser. »
- « Bien sûr que je leur ai dit ! Tu penses, j’étais fier comme un pou. Bon, j’avoue en revanche qu’il n’y a qu’à toi que j’ai jamais confié l’existence de la Communauté. Mes parents voyaient d’un assez mauvais œil mes lubies pour que je me permette d’en rajouter une couche, alors ! »
- « Bah ! Je suis sûr qu’ils auraient adoré, au contraire. Ce petit côté village des Schtroumpfs tout à fait cosy, ces engueulades superbes de mauvaise foi que nos pères semblent tous affectionner tant, et la force tranquille d’Ipyr, qui me fait penser à ta mère. Vous auriez pu vous y installer sans dénoter le moins du monde, ça me semble être une existence tout à fait acceptable… Sauf à occuper la place de la crotte de nez vivante, bien entendu ! »
- Francis leva les yeux au ciel, feignant de ne rien avoir à ajouter sur le sujet, ne préférant pas poursuivre la conversation à propos de ses parents, avec qui ses relations pouvaient être compliquées. Il se dit finalement que c’était de bonne guerre, lui qui avait poussé son ami assez loin en le forçant à se confier à lui ce matin.
- « Bon, assez parlé de moi, gros malin. C’est ton tour ! »
- « Oui-da. J’ai. Tu parlais tout à l’heure de l’existence ou non du petit peuple, eh bien figure-toi que j’ai quelque chose à propos des fées ! »
- « Haha, Kekiral, le retour ? »
- « Non, non, du tout. C’est très sérieux. Ce n’est pas un récit à proprement parler. Plutôt un poème, assez évocateur, que je vais te réciter. Il est assez ancien, et son auteur est inconnu, donc je me suis permis en l’apprenant de remettre quelques formulations au goût du jour, mais je pense avoir assez bien respecté ce qui y est dit. Et ne te marre pas en m’entendant déclamer ! Ahem :
- Sous le ciel effondré, de ces terres sacrées,
- Comme si pour nous briser, les astres de céans,
- Tel un fétu de paille, dans les mains d’un géant,
- venaient indolemment nos échines ployer,
- Maudit sois-tu, désert, et ta fière rigueur,
- Toi qui jamais ne sut, allaiter tes enfants,
- Plus sec qu’un bûcher, plus âpre que le temps,
- Tu consumes nos vies jusqu’aux dernières heures...
- Oui toi, traître et trompeur, qui de ton souffle las,
- Efface mes exploits, et mes peurs, et mes pas,
- M’engloutis sous le sable, comme avant Pharaon,
- Tell’ une mer déchaînée, menant à l’Achéron.
- Que je hais tes couleurs, tes ocres, ton carmin,
- Dont à présent le flot, qui coule de mes mains,
- Se répand sur le sol, et rejoint le sillon,
- Qu’a tracé sur tes ors le sang de ma maison.
- Que me manquent mon Loir, ses rives et sa terre,
- Et l’odeur du bosquet, fleuri aux chrysanthèmes,
- Et ma pauvre demeure, qui toujours l’huis ouvert,
- Est plus chère à mon cœur que ta Jérusalem.
- Tu m’as volé la brise, la douceur angevine,
- La saveur des baisers sur le corps de ma femme,
- Et l’amour de ma mère, qui seule dans sa ruine,
- Ne pleure pas son fils, mais celui d’Abraham.
- Je n’en veux pas aux hommes, je n’en veux pas à Dieu,
- Ni à cette muraille, qui tomba sous les cris.
- Ce qui m’emplit de rage, quand j’ouvre grand les yeux :
- Tes dunes insensibles, qui m’ont pris mon pays.
- Mais alors, à la fin, quand aux larmes taries,
- Succède le frisson, et avec lui l’effroi,
- Que face à l’oraison, le courage s’enfuit,
- A mon heure venue, devant moi je te vois…
- De tes ailes diaphanes, ces vitraux de diamant,
- Dont nulle cathédrale, n’a jamais pu rêver,
- N’en déplaise à Diogène, et à ses errements,
- Des rayons du soleil tu viens me délivrer.
- Tes longs cheveux dorés, sur mon torse souillé,
- Tendrement se promènent, en un suave ballet,
- Effacent ma souffrance, et referment mes plaies,
- Apportant à mon âme le repos mérité.
- Tu est nue et ta peau, comme un albe suaire,
- M’arrache au Yeshimon, me tire de la lie,
- S’empare de mon corps, si bien que je me perds,
- Dans la fraîcheur du ru, la mollesse du lit.
- De ta bouche moqueuse, tu embrasses mon front,
- Et mes yeux dans les tiens, enfin je peux dormir,
- Renoncer à mes doutes, rentrer à la maison...
- Il n’est nulle façon plus belle de mourir. »
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