Ivain

Jour 29 - "Patch"

Nov 16th, 2021
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  1. « Vas-tu enfin me dire où nous allons encore finir, cette fois ?... »
  2.  
  3. Perdu au milieu de la lande, le couple pataugeait dans la tourbe humide. Quelques pas devant son compagnon, la jeune femme avançait d'une démarche énergique et fière, semblant ignorer les disgracieux bruits de succion à chacun de ses mouvements. Elle portait, à la manière des hommes, de hautes bottes de cavalier sur un pantalon en tissu bleu sombre, et sous son élégante redingote ouverte dont les pans flottaient au vent, un gilet assorti, à la coupe résolument moderne. Elle faisait négligemment tourner une chaînette en laiton accrochée au troisième bouton, au bout de laquelle un gros diamant était sanglé à une cordelette de cuir. Sans se retourner, elle eut un large geste du bras gauche, abordant ostensiblement une superbe mais très voyante pipe en bois verni - éteinte, comme depuis qu'elle en avait fait l'acquisition.
  4.  
  5. « Allons, mon cher Watson, n'est-ce pas évident ? Tu devrais un peu plus faire travailler tes petites cellules grises. A ce propos, envoie-donc le chocolat. »
  6.  
  7. Albert soupira avant d'obtempérer. Il était nettement moins à l'aise que sa filleule dans cet environnement plus adapté aux moutons qu'aux bipèdes, mais il préférait cela à la navigation, tout bien réfléchi. Depuis quelque temps, Charlotte semblait s'être lassée de la piraterie, et avait découvert, durant leurs pérégrinations, ces romans de Christie et Doyle. Elle s'était donc procurée une pipe, une canne et une casquette, et tous deux depuis écumaient les époques à la recherche de quelque mystère à élucider...
  8.  
  9. « Vraiment pas, non... Depuis le cambriolage à Florence, je dois bien t'avouer que tu m'as perdu, encore plus qu'à l'habitude, aussi incroyable que cela puisse paraître. »
  10.  
  11. « Allons bon, quel impatient tu fais. Mais certes ; dans tout bon roman, le détective réunit les suspects lorsque le terme approche, et expose ses déductions. »
  12.  
  13. Elle fit volte-face, et, portant la pipe à ses lèvres, attrapa la canne qu'elle gardait sous l'épaule. Elle s'en servit pour désigner la besace d'Albert, tapota sur le diamant, et enfin fit un geste théâtral pour désigner la lande autour d'eux.
  14.  
  15. « Bien, tout le monde est là. Procédons. Revenons à Florence, justement. Te souviens-tu ce jeune homme, très étrange garçon au demeurant, dont s'occupait Ennio, celui qui nous avait engagés pour résoudre son affaire de vol ? »
  16.  
  17. « Bien sûr que je m'en souviens, d'ailleurs je ne sais pas qui de vous deux était le plus étrange... Il me semble que tu l'as fortement traumatisé. Rappelle-moi de ne jamais te laisser avoir descendance, il en suffit largement d'une comme toi »
  18.  
  19. « Je crois qu'il a beaucoup apprécié notre rencontre, au contraire. Il a dû nous trouver sympathiques, pour une fois que quelqu'un ne le traitait pas comme un attardé... Et bien que j'apprécie au plus haut point tes conseils matrimoniaux, merci de ne pas m'interrompre, Toby, un simple hochement de tête suffira pour attester de ta compréhension, à l'avenir. »
  20.  
  21. « Si je me souviens bien, Toby est le chien. Voilà donc le rôle auquel je prétends ? »
  22.  
  23. « Ne te plains donc pas, Toby est un formidable enquêteur, un fin limier ! Enfin bref, le type ! La première fois que nous l'avons rencontré, pendant que nous parlions avec son tuteur, le jeune prodige dessinait. Personne n'aurait prêté attention à ses gribouillages, mais une vraie détective ne néglige aucun détail. Figure-toi qu'il nous a croqués, tous les deux. Soit-dit en passant, il a fortement surestimé l'écart de taille entre nous. Mais passons ; il y avait sur son dessin autre chose d'encore plus intrigant. En y regardant de près, on pouvait distinguer dans ma main, ce compas que voici !... Albert, le compas ! »
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  25. L'intéressé maugréa et sortit le compas de sa poche, pour le montrer à l'assistance médusée.
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  27. « C'est Toby, je te rappelle... »
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  29. « Merci, Toby. Ce compas que voici, donc, et dont personne en ce lieu et en cet instant précis ne pouvait avoir connaissance. Comment diable était-ce possible ? Soit le peintre avait une méthode de raisonnement supérieure à la mienne, soit il possédait quelque faculté de prescience. Quoi qu'il en fût, le résultat étant le même, je décidai de mener une petite expérience, car il faut savoir que s'il est bien un mystère à la hauteur de mon intelligence, c'est bien de découvrir les secrets que renferme ce diamant aux pouvoirs incroyables. »
  30.  
  31. Là-dessus, elle cessa de jongler avec la Larme, et la colla sous le nez d'Albert.
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  33. « J'offrai donc à notre hôte, qui alors doutait de nos intentions pourtant louables et envisageait d'aller trouver la police, un magnifique joyau en gage : si d'aventure nous ne revenions pas avec le butin dérobé, il pourrait garder la gemme. »
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  35. Albert soupira bruyamment.
  36.  
  37. « Je te remercie, mais j'avais saisi tout cela, pourrais-tu en venir au fait ? Et, soit-dit en passant, tu les as mis en danger en leur confiant l'objet d'une telle convoitise... »
  38.  
  39. « Mais non, voyons. Ceux qui nous pourchassaient agissent dans l'ombre, je savais bien qu'ils n'auraient nul besoin d'user de violence pour récupérer le diamant. Quant au fait, nous y arrivons. En revenant chez Ennio, j'allai discrètement voir l’artiste. Il avait, confirmant ainsi ce que j'avais brillamment pressenti, exécuté toute une série d'esquisses et de peintures fort détaillées sur la gemme. Autant d'indices, apparemment sans rapport, mais qui ne purent me résister bien longtemps. Mesdames et messieurs, tenez-vous bien, car je fis alors une découverte capitale : cette gemme capable de tordre le cours du temps, n'est vraisemblablement pas issue de notre monde. Elle accompagne les humains à travers les époques, bouleversant leurs destinées et influant sur l'avenir de l'humanité toute entière. Je n'ai pas eu le cœur de dépouiller le peintre de ses œuvres, et donc ne peut vous les montrer maintenant, mais croyez-moi, tout cela est indubitable. Née de la volonté bienveillante d'un esprit oublié, enfermé dans la Terre, cette pierre est une bénédiction, le cadeau que l'esprit fit pour tous nous sauver, et nous mener vers un futur radieux... Oui, Toby ? »
  40.  
  41. Albert avait la main levée depuis un moment, et se permit enfin un commentaire :
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  43. « Brillant, assurément. Mais vos petites cellules grises omettent sans doute quelques fâcheuses contradictions. Par exemple celle-ci : » Et, exhibant bien haut le compas qu'il avait en main, se prenant au jeu, « grâce à cet instrument, nous retrouvâmes sans peine le diamant. Une nouvelle fois en sa possession, nous décidâmes d'éprouver la théorie qui vient de vous être exposée. Nous explorâmes les méandres du temps à la recherche des scènes que le petit avait dessinées. »
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  45. Charlotte applaudit bruyamment, parfaitement enthousiaste.
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  47. « Eh bien tu as compris, finalement ! Tu vois bien, que je n'ai pas besoin de t'expliquer sans cesse ce que nous faisons. Vraiment, nous formons un duo des plus efficaces. »
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  49. « Mais alors, car il y a un mais, nous pûmes constater que les prédictions des tableaux étaient imparfaites. Notons par exemple la conquérante antique : inconnue au bataillon, et ce n'est pas faute d'avoir écumé les innombrables villages de Thrace. Quant au volcan : si l'éruption a bien eu lieu, elle fût parfaitement naturelle, et bien postérieure à ce que suggérait le navire portugais à l'arrière-plan de l'oeuvre. D'autres prévisions n'eurent pas même lieu : aucune patineuse russe ne marquât si ostensiblement son époque ; pas plus que des vaisseaux ne s'envolèrent dans le ciel et au-delà, aussi loin que nous allâmes les chercher dans l'avenir... »
  50.  
  51. Il leva un sourcil, un petit sourire aux lèvres, mais déchanta bien vite et avisant l'air ravi de son enquêtrice en chef.
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  53. « Effectivement, cela pourrait sembler troublant. Mais c'est là que tu oublies, mon cher apprenti limier, la nature du temps : tu as dit que certains évènements n'eurent pas lieu au moment où nous y assistâmes. C'est qu'en fait... il n'avaient pas, encore, eu lieu, nuance ! »
  54.  
  55. « Je ne comprends pas : nous étions au bon endroit, au bon moment, et nous aurions pu y retourner encore et encore, rien de ce que nous aurions vu n'aurait changé. »
  56.  
  57. « Certes. Voilà l'explication toute simple : le temps, pour nous, est une ligne, nous choisissons un moment, et ce qui s'y déroule est figé. Mais pour la gemme, le temps n'est pas ainsi : par essence, son temps s'écoule autour du notre. Pour faire simple, nous avons une ligne, elle, a toute la feuille de papier. C'est pourquoi en ne regardant que la ligne, ce que tu suggérais, nous voyons toujours la même chose. Si nous allions dans le futur assister à l'éruption, nous verrions précisément la même chose. Car ce n'est pas notre futur que nous devons rejoindre, mais celui du diamant ! »
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  59. Albert était bouche bée. Il savait que sa filleule avait de nombreux talents, mais il n'avait jamais soupçonné qu'elle fût si douée : si elle avait raison – car il n'avait pas tout compris, elle était, vraiment, le plus grand détective de tous les temps, tout comme elle avait été une pirate plus que respectable.
  60.  
  61. « Je crois que je vois... Mais, alors... »
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  63. « Alors, Toby, l'évidence s'impose : si la gemme est bloquée sur cette ligne, dans notre ligne, c'est qu'il y a un trou dans la trame. Il manque une pièce au mécanisme. Il faut corriger cela, pour que tout se déroule comme prévu. Ce trou, c'est ce qui ne s'est pas encore passé aujourd'hui même. La pièce, c'est nous, mon vieil ami. Ce qu'il faut corriger, c'est que le diamant ne peut pas dire ce qu'il veut. Il lui manque une voix, pour guider l'esprit - plus limité que le mien, de ses porteurs. Ce qu'il nous faut, c'est une prophétie. Et cette prophétie, elle commence, ici ! »
  64.  
  65. Charlotte venait de désigner une colonne de fumée à l'horizon. Une chaumière.
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  67. « Je ne comprends toujours pas, Charlotte... »
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  69. « Tu comprendras bientôt, crois-moi cher parrain. J'espère que tu as bien sur toi le tableau que j'ai demandé à Ennio en paiement de nos services ? »
  70.  
  71. Albert confirma. Elle lui avait confié ce gros tube en métal dans lequel, supposait-il, se trouvait ce dont elle parlait, mais il n'en savait pas plus. Charlotte se remit en marche, et il eut beau la tanner, elle ne desserra plus la bouche.
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  73. Après encore quelques heures, il parvinrent en vue d'une modeste maison, bâtie au milieu de la tourbière. A leur approche, un jeune homme en sortit. Il était blond un peu foncé, et il portait une ample tunique, un drôle d'assemblage de pièces de tissu colorées. Il était borgne.
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  75. Albert chuchota :
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  77. « Charlotte, nous allons lui faire peur, avec notre accoutrement. Et puis, je parie qu'il ne comprendra rien à ce que tu pourras bien lui dire. »
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  79. « Mais non, allons. Cesse donc de croire que je fais peur à tout le monde. Et puis rappelle-toi, ce n'est pas lui qui ne comprend rien, c'est toi qui ne parle pas la bonne langue. De toute façon, mon anglais est tellement mauvais que s'il ressemble à quelque chose, c'est sans doute à la langue primitive que ce solide gaillard doit baragouiner. »
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  81. Elle leva les deux bras, comme si c'était elle qui accueillait l'homme, et brailla avec son horrible accent:
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  83. « Salutations ! Je me nomme Charlotte, et voici mon parrain et fidèle assistant, Albert. »
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  85. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'autre sembla comprendre. Son visage se détendit et il lui rendit son salut :
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  87. « Salutations à vous. Je me nomme Swithelm. Voulez-vous entrer ? »
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  89. Swithelm vivait seul. Après quelques politesses, il finit par s'enquérir de l'objet de la présence de ses deux invités dans sa lande. Charlotte prit son air sérieux. Albert, interloqué, eût même la sensation qu'elle l'était, sérieuse. Peut-être plus que jamais auparavant...
  90.  
  91. « Swithelm, je viens à toi avec une lourde tâche. Sais-tu qui est Bylgja ? Oui, je vois à ton regard étonné que tu le sais. C'est elle qui m'envoie, en quelque sorte. Mais ma tâche ici se termine. Et la tienne commence. Je sais bien que tu me prends pour une folle, mais ne m'interroge pas. Prends seulement ceci, et juge par toi-même. »
  92.  
  93. Elle arracha sa chaînette et posa le diamant sur la table, puis elle saisit le tube métallique dans le sac d'Albert. Elle l'ouvrit, et déroula son contenu. C'était un des tableaux du protégé d'Ennio. On pouvait y apercevoir un désert assez détaillé, et au loin, une montagne, ou une falaise. En son centre, une large ouverture représentée en rouge, et devant cette faille, ce qui s'aparentait à une femme, aux cheveux longs, tenant... Oui, un bâton de berger, et menant ses chèvres vers le passage. D'après les couleurs, le soleil se couchait, juste au-dessus de la montagne, et l'enfant avait représenté un drôle de ciel. Sur une exacte moitié du tableau, il faisait jour, et sur l'autre, nuit.
  94.  
  95. Alors, Charlotte se leva, désignant du doigt la silhouette sur le dessin.
  96.  
  97. « Bonne chance, Swithelm. Que les esprits t'accompagnent. »
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  99. Puis elle sortit. Albert la rejoint dehors, et ils s'éloignèrent de la masure.
  100.  
  101. « Es-tu sûre qu'il comprendra ? »
  102.  
  103. « Oui, il verra bien vite ce dont est capable la gemme. Et alors, il cherchera cette bergère. C'est son destin, c'était écrit... Dessiné, en fait. »
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  105. « Mais Charlotte, pourquoi lui ? J'ai moi aussi vu l'ensemble des tableaux, et je veux bien comprendre que celui à la bergère ressemble le plus à une prophétie, mais dans ce cas, pourquoi ne nous sommes-nous pas mis à sa recherche nous-même ? »
  106.  
  107. « C'est très simple. Il n'y a qu'une seule peinture de nous, rappelle-toi. Celle à la boussole. Nous sommes la pièce manquante, ceux qui guident la Larme sur le bon chemin. Voilà qui est fait, maintenant c'est à Swithelm de prendre le relai. Pourquoi lui ? Tu sais, cet esprit dont je lui ai parlé, Bylgja ? J'ai mené mon enquête. Cet esprit est apparu ici, dans son clan. Un esprit né pour guider les humains à travers le temps. Ça ne te rappelle rien ? Swithelm aussi, il verra le lien entre le diamant et Bylgja, c'est son héritage. Il trouvera la bergère, si complexe que ce soit, et, comme nous aujourd'hui, il lui remettra la Larme et lui parlera de notre prophétie. Alors, la réalité sera fidèle aux tableaux... »
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  109. Albert était impressionné par la solennité de Charlotte.
  110.  
  111. « Je crois que je vois. Mais alors, en donnant la pierre, nous perdons aussi la capacité de sortir de notre ligne de temps et de vérifier si tu as raison... »
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  113. « Il te faudra avoir confiance en moi, mon cher ! Les jours radieux seront pour nos descendants ! »
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  115. Il sursauta, soudain conscient de ce que cela impliquait.
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  117. « Mais attends ! Cela signifie que nous sommes coincés ici ? A cette époque ? »
  118.  
  119. « Eh oui, quel sacrifice héroïque nous faisons là. Quoi que... Vu que nous pouvons voyager dans le temps à deux, je pourrais retourner prendre la Larme et te ramener chez nous, mais il faudrait évidemment que je revienne ensuite la remettre à Swithelm. C'est ce que tu veux ? »
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  121. Albert fit mine d'hésiter, puis son regard pétilla.
  122.  
  123. « Pour rien au monde ! »
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  125. « A la bonne heure ! De toute façon, je me suis renseignée sur cet endroit, et il existe de fabuleuses légendes à propos de ces contrées. Après tout, si les esprits existent, pourquoi pas les ogres, les elfes, les dragons ? Je crois que nous commencerons par un dragon, tout bien réfléchi. Mais avant ça, écuyer, il me faut une armure ! »
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