Ivain

Jour 23 - Leak

Nov 3rd, 2021 (edited)
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  1. Joseph, le nez dans les papiers qui jonchaient son petit bureau dans la salle de rédaction du « Former Mediocrity », écrasa sans y prendre gare sa cigarette à moitié consommée sur une pile de courriers en retard. De l'autre côté du fouillis, le cendrier débordant de mégots dégageait une forte odeur de tabac froid, mais Joseph n'y prêtait pas attention, et alluma une autre cigarette, poursuivant sa lecture et le griffonnage compulsif dont il noircissait de son écriture illisible un petit calepin relié de cuir.
  2.  
  3. Autour de lui, l'incessant brouhaha des conversations, des sonneries des téléphones et du son des télévisions saturait l'immense salle qui abritait l'âme du quotidien indépendant, perchée au dernier étage d'une ancienne usine textile. Une centaine d'employés, journalistes comme lui, mais aussi secrétaires, techniciens, commerciaux, s'affairaient sous la superbe verrière d'époque qui laissait admirer la lente descente du soleil vers l'horizon. Joseph aurait pu tout aussi bien être seul dans son studio délabré du centre-ville, tant il savait se montrer imperturbable lorsqu'il était sur un « truc », comme il aimait à le dire.
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  5. Et cette fois, son truc était Le, truc.
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  7. Il avait de longue date acquis une belle notoriété dans le petit milieu du journalisme d'investigation. Depuis ses débuts, il avait toujours eu le goût de la traque, et il avait écumé tous les continents, à la recherche de la vraie information. Celle qui révélait aux gens, aux gens normaux, sans importance, les dessous cachés de leur monde. Il y avait eu notamment le scandale du Lithium en Amérique du Sud, les ingérences américaines dans l'affaire Z, puis la fraude massive du parti conservateur il y a trois ans – très bel article, à la verve particulièrement grinçante, mêlant à la perfection provocation satirique et recul déontologique. C'était devenu son style, sa marque de fabrique, et on pouvait désormais, rien qu'aux premiers mots d'un de ses papiers, reconnaître la patte de Joseph Poznań.
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  9. Et encore aujourd'hui, même lorsque ses articles finissaient noyés dans la masse des informations en continu dont l'Occident s'abreuvait jusqu'à la nausée, les grands de ce monde savaient à qui ils devaient leur embarras. Il était le morpion, le petit scribouillard qui les démangerait jusqu'à la tombe.
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  11. Malgré ce statut, Joseph n'avait jamais craint pour sa sécurité. Il avait, bien sûr, vécu quelques moments chauds indissociables des enquêtes de terrain, mais il avait toujours habilement su, en fin connaisseur de l'âme humaine, se constituer quelques assurances et voies de sortie. Il n'était pas intouchable, mais presque.
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  13. Cette fois-ci en revanche, c'était différent... Il touchait à du lourd, du sensible : il y a un mois environ, il avait reçu dans sa boîte aux lettres morte un étrange courrier. Il avait tout de suite flairé l'embrouille : l'os était trop gros, trop appétissant... Dans cette lettre, un corbeau anonyme lui avait suggéré, pour résumer, qu'une fusion se préparait, dans le plus grand secret, entre la fondation Pájaro, ONG humanitaire des plus respectables – tout du moins de prime abord, et sa jumelle, à la réputation bien plus sulfureuse, la fondation Elliot-Weaving.
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  15. Comme tout le monde, et plus particulièrement en tant que journaliste, Joseph avait une idée relativement assumée des activités réelles de la EWF. Il entretenait d'ailleurs, depuis longtemps, le rêve d'y consacrer un article. Mais à chaque fois qu'il avait tenté de s'y intéresser d'un peu trop près, il s'était cassé les dents ; trop d'opacité, d'interconnexions, de dangers aussi. Il y avait là quelque chose de presque surnaturel, relevant plus de la divination que du montage occulte, tant le secret parvenait à s'imposer en maître quand il commençait à poser des questions. Il avait alors suivi le conseil des plus aguerris de ses collègues : faire comme si. Il y avait suffisamment d'autres sujets d'intérêts, et aux répercussions autrement plus tangibles.
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  17. Son corbeau avait subtilement réussi à le faire changer d'avis. Bien qu'il n'ait pas cru une seconde au contenu du courrier sur le coup, il n'avait pu par la suite détacher ses pensées de quelques infimes détails, de fugaces suggestions. Cela avait été comme une clé, la clé de lecture de nombreux autres faits, des faits anodins, sans rapport apparent, mais qui pourtant révélaient des choses au fin limier qu'il était. Et il avait eu raison de suivre son flair, alors. Lorsqu'il avait commencé à prendre la chose au sérieux, délaissant ses autres sujets en cours, le corbeau l'avait recontacté, comme en contrepartie d'un succès dans l'étrange jeu de piste qu'on construisait pour lui. Car c'était bien de ça qu'il s'agissait, Joseph n'était pas dupe : porte, monstre, trésor. Ou presque : ce second courrier lui avait fourni juste ce qu'il fallait pour relancer les points morts de son enquête, tout en requérant d'avoir saisi ce que le précédent avait bien voulu révéler...
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  19. Et il en était désormais convaincu, preuves à l'appui : la fusion aurait bien lieu, cela serait officialisé un jour ou l'autre, et il lui fallait absolument avoir terminé sa bombe d'ici là, avoir percé les motifs obscurs d'un tel mariage contre nature.
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  21. Joseph avait toujours été quelqu'un de très prudent, il ne travaillait que rarement sur ordinateur, et ne conservait jamais plus que quelques traces de ses recherches. Finissant sa lecture, il regarda sa montre et s'étira bruyamment. Enfin il semblait prendre conscience de son environnement. La fin de journée commençait à se faire sentir, et autour de lui, les conversations glissaient vers des sujets plus légers. Certains de ses collègues iraient sans doute voir le match ce soir, les Patriots recevaient les Saints pour un affrontement décisif, mais lui avait d'autres projets pour ce soir. Il éteignit son ordinateur, récupéra quelques papiers sur son bureau et se leva. Il se rendit sur le balcon qui faisait tout le tour de l'étage pour y incinérer quelques documents, et pendant qu'il s'échinait contre le vent, Donald vint tâter le terrain :
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  23. « Alors, Jo' ! Dis-moi, ça avance ton histoire ? Tu nous fais saliver, mais moi j'ai aussi un bouclage demain, tu sais. Je ne te demande pas de me pondre un sujet sur les gelées tardives ou la foire aux épices, mais je ne peux pas non plus t'entretenir indéfiniment à faire ta reine du bal ! »
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  25. « Je te l'ai dit, Donald », soupira Joseph. « Pour une fois, je ne peux rien te donner à mâcher, mais c'est énorme, vraiment, chaque jour un peu plus. Crois-moi, si tout se déroule comme prévu, c'est Pulitzer pour le ForMed, mon vieux. »
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  27. « Le Pulitzer je m'en cogne, ce que je veux, c'est remplir mes pages ! Je te laisse un mois, tu m'entends ? Après ça, tout le monde sera parti en vacances, et on devra attendre avant de sortir ton article. Je te le dis, fais attention, ton exclu va te filer sous le nez, à trop jouer la mijorée. »
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  29. Il lui flanqua une grande claque dans le dos, et repartit en braillant dans son kit mains-libres. Il n'avait pas tort, ceci étant dit. Joseph ne craignait qu'une chose, c'est que l'affaire sorte avant qu'il ne dégaine... Il fallait accélérer le mouvement.
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  31. En sortant du bureau, il laissa sa voiture et remonta la rue pendant quelque temps, avant d'entrer dans un pub bondé de cadres en chemise. Il y a bien longtemps que les prolos ne mettaient plus les pieds dans le quartier. Il prit une pinte qu'il se força à avaler tranquillement, quelques cigarettes pour se calmer, et résista à l'envie de plus en plus pressante de filer à l'arrière. Il devait agir normalement, s'astreindre au rôle de l'employé sans histoires qui venait se détendre après le bureau. Il tailla le bout de gras avec quelques gars au visage peint : toutes les conversations tournaient autour du match.
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  33. Il détestait le football, mais dans son métier, il fallait pouvoir parler de tout. Finalement, il commanda quelque chose à manger, et en attendant il se rendit aux toilettes. Le couloir était bondé, comme tous les soirs, et la file pour les dames débordait jusque dans la salle. Il se faufila agilement entre les corps dans l'étroit couloir, et, le plus naturellement du monde, emprunta une porte de service qui donnait vers les parties communes de l'immeuble. Son manège n'avait duré que quelques secondes. Il longea le papier-peint défraîchi sur quelques mètres, les sens à l'aguet, jusqu'au large casier en bois qui abritait les boîtes aux lettres. L'une d'entre elle était au nom d'Edgard H., qui devait être décédé il y a un bon siècle, et dont l'appartement sous les combles avait été reconverti en local technique. Fort heureusement, nul n'avait songé à retirer la boîte postale.
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  35. Son cœur manqua un battement en apercevant un papier dedans. La main tremblante, Joseph déchira l'enveloppe et n'eut pas la patience d'attendre avant de lire : « Ruelle, maintenant. »
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  37. Le journaliste leva la tête, surpris, et promena son regard autour de lui. Personne dans le couloir. Etonnant, comme message, très différent de la forme des précédents. Son corbeau voudrait le rencontrer ? Mais dans ce cas, que dire de ce « maintenant » ? Maintenant quand ? Cela ressemblait plus à un piège, mais là encore, un piège bien inefficace. Et puis, si sa boîte aux lettres morte était grillée, lui-même l'était d'autant plus, et il y avait plus simple pour l'atteindre que ce drôle de stratagème.
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  39. Il fixa la porte au fond du couloir. La prudence aurait voulu qu'il retourne dans le pub, qu'il mange son poisson frit comme si de rien n'était. Mais sa curiosité le tiraillait ; il n'y aurait probablement personne dehors ; il devait en avoir le cœur net. Après tout, maintenant, c'était maintenant. Lentement, il se rendit jusqu'à la porte, inspira un grand coup, et poussa le lourd battant en métal.
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  41. Il n'y avait personne dehors, évidemment. Engoncée comme elle l'était entre les deux immeubles, la ruelle était particulièrement sombre à cette heure, et il percevait à peine l'animation de la rue, tout au bout. Il fit quelques pas, leva les yeux au ciel, le long des escaliers de service en métal qui pendaient le long de la façade. Rien.
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  43. Subitement, il perçut un mouvement à l'extrémité de son champ de vision. Quelque chose ou quelqu'un avait bougé, tout là-haut, sur le toit. Pris de panique, il retourna vers la porte, mais celle-ci ne s'ouvrait que de l'intérieur. Joseph jura, il s'était comporté comme un bleu. Son cœur commença à battre la chamade, il était presque sûr de ne pas avoir rêvé la silhouette en haut, et quand bien même, mieux valait finir ridicule que refroidi. Il s'élança alors vers l'extrémité de la ruelle, aussi vite qu'il le pouvait. Il entendit du bruit derrière lui, confirmant ses soupçons. Il avait le temps de rejoindre le boulevard, son poursuivant prendrait plusieurs minutes à redescendre les escaliers, il sauterait dans un taxi, il...
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  45. En pleine course, il se retourna, ébahi, et vit un homme, tout du moins une forme d'allure humaine, tant sa vitesse était grande, courir le long des hauts murs, sautant de plate-forme en plate-forme, rapide comme l'éclair. Le type était parvenu au sol en une seconde, en une seconde il l'avait rejoint ! Il allait l'attraper, c'était fini.
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  47. « Atten... »
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  49. Puis ce fut le noir complet, et Joseph sombra, inconscient.
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  52. Une douleur au crâne le réveilla. Péniblement, il entrouvrit les paupières, tentant de ne pas bouger. Étrangement, il se trouvait allongé sur un confortable sofa en velours rouge, dans un coin d'une pièce richement décorée. Mobilier luxueux, énorme lustre en cristal diffusant une lumière tamisée, parquet massif... A l'autre bout de la pièce, un petit groupe discutait à voix basse autour d'un somptueux bureau en bois vernis, devant de hautes fenêtres par lesquelles les pâles lumières de l'aube commençaient à pénétrer.
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  54. « Il est réveillé »
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  56. C'était la voix très grave qu'il avait entendu avant de percuter cette saleté d'échelle mal fixée, dans la ruelle. Comme les cinq personnes se tournaient vers lui, il décida de cesser son petit jeu. Il se redressa et put enfin dévisager ses ravisseurs. Trois hommes et deux femmes. Un occidental au regard bovin, d'allure parfaitement commune ; inconnu au bataillon. Une jeune femme à l'air sévère et l'air de ne pas beaucoup plaisanter, ex-militaire probablement ; idem. Un grand natif américain, très athlétique, qui paraissait sans âge ; sans doute le type de la ruelle, mais inconnu lui aussi. Et, bien sûr, le couple qu'il n'était pas surpris de découvrir devant lui : Ann Pájaro et Peter « Lord » Elliot, très élégants tous les deux, comme à leur habitude.
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  58. Cette dernière s'approcha de lui :
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  60. « Profondément navrée pour tout ce tracas, monsieur Poznań, mais tout aussi enchantée de vous rencontrer et de vous accueillir aujourd'hui. Vous nous avez fait une belle frayeur... Comment vous sentez-vous ? Désirez-vous quelque chose, avant de poursuivre ? »
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  62. Joseph la dévisagea, ne parvenant pas à déceler de duplicité dans son attitude. Pour autant, ne jamais montrer ses doutes.
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  64. « Où sommes-nous, et que me voulez-vous ? »
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  66. Elle eut un petit rire et fit un geste vers la fenêtre.
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  68. « Au temps pour les rafraîchissements, donc. Nous sommes au siège de la fondation Pájaro, à Paris. Et nous ne voulons que discuter avec vous, et c'est aussi votre cas, je crois savoir. Sachez que vous êtes absolument libres de vos mouvements, vous pouvez dès à présent vous en aller si tel s'avérait être votre désir. »
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  70. Le journaliste fronça les sourcils et regarda sa montre. Quelques heures seulement s'étaient écoulées. Mais il pouvait bien distinguer ce qui ressemblait à Paris, dehors. Il n'y avait jamais mis les pieds, mais la haute tour de métal qui se dressait à l'Ouest ne laissait que peu d'ambiguïté sur la question.
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  72. « C'est impossible, bon Dieu... Comment diable-»
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  74. « Je comprends votre surprise. Vous n'allez pas tarder à comprendre, rassurez-vous. Mais avant cela, laissez moi vous présenter monsieur Elliot, que vous connaissez sans doute. C'est à son initiative que nous vous avons contacté, alors je me permets de lui céder la parole. »
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  76. L'intéressé s'avança d'un pas lent. Son élocution était aussi austère que celle de la Pájaro était ampoulée.
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  78. « Monsieur Poznań. Avant toute chose, sachez que les lettres que vous recevez viennent précisément de ce bureau. Leur contenu, tout comme ce que vous en avez déduit, est exact : j'ai proposé il y a quelque temps une fusion de nos deux organisations, que votre hôtesse a accepté. L'affaire sera bientôt officielle. Et, comme nous suspections qu'une telle annonce ne puisse faire naître que de la suspicion, nous avons décidé de trouver un... Comment dire... Un communiquant au-delà de tout soupçon. Vous. Vous aurez votre article, c'est pour ça que vous êtes là. »
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  80. « Je vous demande pardon ? Ne comptez pas sur moi pour tromper mes lecteurs, ni pour vous faire autre chose que la publicité que vous méritez ! »
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  82. Lord Elliot éluda la protestation d'un geste.
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  84. « Nous en discuterons plus tard, vous saurez tout ce que vous voudrez savoir, je vous l'ai dit. Mais il y a quelque chose que vous devez appréhender avant cela, quelque chose de primordial. »
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  86. Il désigna alors à Joseph une petite fille au cheveux noirs, assise sagement sur le fauteuil du bureau. Il ne l'avait pas remarquée jusque-là. Elle semblait absente, les yeux ouverts et bougeant la bouche sans qu'aucun son en émane. On aurait dit une droguée dans son monde. Ne sachant qu'en comprendre, Joseph se préparait à revenir à la charge, mais Peter l'interrompit une nouvelle fois.
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  88. « Elle n'est pas une enfant comme les autres, vous le verrez lorsqu'elle sera là. Bylgja est très occupée, et ne passe pas tout son temps ici bas, comme nous autres... Mais je vois que vous avez encore des doutes. Pour apaiser votre curiosité, voici les grandes lignes de la fusion - je vous en communiquerai les détails tout à l'heure : la fondation Pájaro héritera de toutes les activités et moyens de feu la fondation EW. Celle-ci n'aura plus aucun lien juridique avec mon entreprise. Par ailleurs, mon entreprise va très largement réduire son champ d'action. Tous ses moyens seront dédiés à quelques projets qui, selon nous, s'avèreront vitaux pour l'Humanité d'ici peu. En l'espèce, et parmi d'autres : recherche fondamentale sur la fusion nucléaire ; développement de nouveaux prototypes de fusées spatiales, et tout particulièrement de vaisseaux à propulsion radiative sans médium ; agriculture auto-suffisante en milieu clos ; terraformation. J'imagine que vous saisissez, à voir votre tête... Voyez-vous, ce revirement n'a rien de si étonnant, au fond. Nous sommes des gens ambitieux, vous le savez, et nous avons d'immenses moyens. Lorsque vous aurez appris ce que l'enfant nous a appris, tout cela vous semblera naturel, croyez-moi. Elle est l'espoir et la grandeur de la civilisation humaine, prenez ce qu'elle vous dira pour argent comptant... »
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  90. Justement, la petite, Bylgja, semblait en meilleure forme que tout à l'heure. Elle fixait Joseph, et lorsque Peter eut fini de parler, elle se leva et vint prendre Joseph par la main et le mena vers le sofa :
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  92. « Bonjour, Joseph. Je te connais bien, mais toi non, alors discutons. J'ai une très longue histoire à te raconter, je compte sur toi pour être attentif... Oh, d'ailleurs, j'oubliais. Ton poisson frit est arrivé tout à l'heure, je l'ai récupéré pour toi, mais il est refroidissait alors je l'ai mangé, désolée. »
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