Ivain

Jour 13 - Kind

Oct 15th, 2022
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  1. « C’est ça que tu souhaites ? »
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  3. La question de Francis était sortie toute seule, et il en fut le premier surpris. Pourtant, il sentait que le moment était venu. Avec leur joute dans la rivière et leur quasi-sieste au soleil, Ivan avait pu se vider l’esprit, peut-être oublier un peu sa méfiance et sa réticence. Les pensées sombres l’occupaient sans doute toujours – elles ne devaient jamais vraiment le lâcher – mais il était prêt à les affronter. Et puis, comment Francis pourrait-il soulager son ami de la chape de plomb qui le pesait, s’il ne pouvait pas l’empoigner en premier lieu ?
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  5. « Qu’on m’oublie ? » répondit Ivan. « J’avoue que j’y ai pensé, ces derniers jours quand je me suis enfermé chez moi. Je ne voulais voir personne, et que personne ne s’inquiète pour moi. »
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  7. « Ce n’est pas ce que je voulais dire. »
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  9. « Ah, tu veux dire, que moi j’oublie tout ce que j’ai vécu avant aujourd’hui, comme l’Ihjan ? Fra’, mon vieux, tu sais bien que c’est le cas. »
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  11. « Je ne sais rien de tel. Bien au contraire, je ne pense pas que tu le veuilles, ni que ce soit bon pour toi. »
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  13. Ivan ouvrit la bouche pour protester, mais son ami enchaîna.
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  15. « Mais ce n’est toujours pas ce que je voulais dire. Ton récit ne parlait pas d’oubli ; enfin, ce n’était pas le fond de la chose, pas ce que l’histoire exprimait en toi. Il s’agissait, pour reprendre les mots de l’orpailleur, de connaître les gens vraiment, dans leur simplicité, sans contexte ni préjugés. Sans laisser ses espoirs et ses attentes teinter sa vision de l’autre. C’est ça que tu souhaites, n’est-ce-pas ? »
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  17. « J’avoue que ça sonne bien. »
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  19. « Tu voudrais, peut-être, qu’on te perçoive ainsi. Tu aurais voulu qu’Emma et toi vous vous compreniez ainsi, dès le début. »
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  21. Ivan le coupa un peu plus brutalement cette fois.
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  23. « Ne prononce pas son nom. S’il-te-plaît, ne gâche pas ce que l’on a aujourd’hui. »
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  25. La demande sonnait comme une supplique, mais il y avait aussi une part de menace dans le ton qu’il avait employé. Un avertissement. Quelque chose comme "si tu poursuis par-là, je rentre chez moi et on ne se revoit plus".
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  27. Mais cette fois, Francis ne ferait pas marche arrière. Il comptait toujours aller au fond du sujet. Il fallait juste qu’il trouve une autre route. Et il fallait jouer subtilement. L’enjeu était de taille. Aujourd’hui il avait, d’histoire en histoire, péniblement entrouvert l’immense coquille de Mulut Laut, et celle-ci menaçait de se refermer à tout moment. Définitivement.
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  29. « Soit, je vais te faire la leçon d'une autre manière. Avec d'autres fantaisies de ma part », ajouta-t-il avec un sourire.
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  31. « Me faire la leçon hein ? Mais qu’as-tu donc à m’apprendre ? »
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  33. « Eh bien, pour commencer, que les chats n’ont pas neuf vies. C’est une méprise bien trop partagée, et il est grand temps que je t’éclaire sur ce point. »
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  35. Le changement soudain de sujet arracha un petit rire incrédule à Ivan, mais son compagnon continua très sérieusement.
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  37. « Vois-tu, il existe bien un chat qui possède neuf vies, mais là encore, elles ne sont pas pour lui. Il est destiné à les donner.
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  39. Il s’agit de Du'ībīca, le Chat Entre Deux Mondes, une créature fantastique qui existe à la fois dans notre plan d’existence et dans celui des Ombres, inaccessible aux êtres vivants. Il est le sujet de bien des légendes, mais il y a une histoire en particulier que je voudrais te raconter.
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  41. À cette époque, Du'ībīca était emprisonné dans une statue à son effigie, au cœur d’un sanctuaire, quelque part dans les collines népalaises qui séparent l’Himalaya des savanes inondées du Teraï. Ce n’était pas même une statue, plutôt un haut-relief gravé dans le mur du temple. Cette situation n’était pas un problème pour lui. En effet, s’il était immobilisé dans notre réalité, dans le monde des ombres il pouvait déambuler où bon lui semblait.
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  43. Le sanctuaire était un lieu hautement convoité, car la légende racontait que Du'ībīca était prêt à offrir ses neufs vies à la première âme véritablement gentille qui se présenterait à lui. Si beaucoup désiraient ce fabuleux cadeau, peu savaient où se trouvait le lieu sacré. Les quelques habitants qui vivaient à proximité ne cherchaient pas cette rétribution, et ils étaient peu enclins à partager le secret avec des gens venus d’ailleurs, fussent-ils népalais.
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  45. Malheureusement, le premier qui parvint au sanctuaire n’était pas un jeune héros au cœur pur, mais un richissime entrepreneur, obsédé par son désir de longévité. Il avait fait fortune dans la construction de bateaux, en employant sur ses chantiers navals les populations que ses propres navires avaient permis de coloniser. Et c’est avec ce genre d’intelligence méprisable qu’il comptait obtenir ce qu’il voulait de la part du Chat Entre Deux Mondes. Il avait dépensé sans compter pour parvenir à la porte du temple, en soudoyant et en achetant chaque indice, et à présent, il en poussait le battant en conquérant victorieux.
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  47. Il perdit tout de même son sourire en découvrant la gravure qui dessinait l’étrange silhouette féline, son visage sans bouche, ses trois yeux inquisiteurs, ses longues oreilles décorées de bijoux et ses pattes dont le bas s’estompait en une sorte de trompe-l'oeil tel qu’on ne pouvait pas vraiment distinguer ses membres. Aux côtés de la statue se tenait une femme entre deux âges, vêtue d’une robe très simple, et dont l’air de patience infinie ne faisait qu’ajouter à la solennité intimidante du lieu.
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  49. Mais bien vite, le magnat reprit contenance, et mit son plan à exécution. Avec à peine un signe de tête à l’égard de l’anachorète, il s’avança devant Du'ībīca, s’assit en tailleur sur le sol, et sortit un parchemin avec beaucoup de cérémonie. Il signa ostensiblement ce manuscrit. Par cette signature, il venait de céder plus de la moitié de sa fortune à un millier d’hospices, améliorant du même coup la vie d’innombrables miséreux. Il ne pouvait imaginer plus grande gentillesse, et attendait donc impatiemment sa récompense.
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  51. Cependant, le haut-relief ne produisit qu’un léger bruit semblable à un soupir ou à un chuchotement, et la servante du Chat, qui parlait en son nom, secoua la tête d’un air désolé.
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  53. "Je suis navrée, Du'ībīca refuse de vous donner ce pour quoi vous êtes venu."
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  55. Bien sûr, l’entrepreneur protesta, posa une foule de questions, s’indigna enfin, mais l’interprète restait mutique. Le visiteur quitta le temple d’un pas rageur. Mais il n’en avait pas fini avec Du'ībīca. Les jours suivants, il revint, avec chaque jour une nouvelle "preuve" de sa gentillesse à lui présenter, mais rien n’y fit. Alors, conscient qu’il ne passerait jamais pour une âme bienveillante aux yeux trop perceptifs de la divinité, il changea de stratégie.
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  57. Il fit venir l’homme le plus gentil qu’il connaissait. Celui-ci s’appelait Aziz, c’était un parangon de vertu qui avait dédié sa longue vie au secours des pauvres et des malades, sans relâche et au risque de sa propre santé. Le plan était de présenter ce saint homme devant Du'ībīca, et lorsqu’il recevrait sa juste rétribution, il devrait tenter de convaincre la créature d’en céder une partie au riche constructeur.
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  59. Bien sûr, Aziz ne serait jamais venu de lui-même pour obtenir ce genre de cadeau, jusqu’au Népal qui plus est. Mais dans sa malice, le magnat avait fait un don considérable à ses œuvres, non pas en guise de paiement, mais avant même de lui faire sa requête, et ainsi le bon samaritain se sentait redevable. Il arpenta donc les collines, entra dans le temple, et s’agenouilla respectueusement devant le haut-relief. Mais à nouveau, celui-ci émit un bruissement, et à nouveau la servante secoua la tête.
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  61. Aziz ne protesta pas, mais s’en voulut de décevoir ainsi les attentes de son mécène. Ne pouvant se résoudre à partir, il se retira près de l’entrée du temple, et attendit humblement. Lorsque Dhairya – puisque c’était son nom – lui adressa de nouveau la parole avec compassion, il lui expliqua sa situation, et lui demanda conseil.
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  63. Ils parlèrent longtemps tous les deux. Il ne s’agissait pas de donner au visiteur la marche à suivre concernant Le Chat Entre Deux Mondes, mais plutôt de lui prodiguer des conseils plus généraux, de partager sa sagesse, de discuter de philosophie morale avec lui. Ces échanges bienveillants rassuraient le vieil homme, et la conversation se poursuivit ainsi jusqu’au coucher du soleil. Dès l’aube suivante, Aziz revint dans le sanctuaire, non pour se présenter à nouveau à la bête fantastique, mais pour reprendre sa discussion avec Dhairya, qui accepta de bon gré. En dépit de leurs âges respectifs, la servante tenait un rôle de mentor et de guide spirituel pour Aziz, et celui-ci, d’un naturel modeste, n’en était nullement troublé.
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  65. Peu à peu, Dhairya sut détourner son élève de sa culpabilité et de sa frustration à l’égard de Du'ībīca. Enfin, trois jours après son arrivée, Aziz décida de repartir. Il abandonnait le fardeau qu’il s’était lui-même attribué. Pour l’heure, il rentrait dans son village natal, qu’il n’avait pas visité depuis des décennies, happé comme il l’était par sa vocation humanitaire. Il y resterait le temps qu’il faudrait pour profiter de la présence des siens, puis reprendrait sa dure lutte contre la misère et l’indigence.
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  67. Il fit des adieux reconnaissants à Dhairya, sortit du temple, et découvrit avec stupeur que le ciel avait pris une teinte de mauve terne, parcouru d’étranges stries noires. En baissant les yeux, il vit une panthère ; non pas une panthère en vérité, mais un très grand chat noir aux longues oreilles, dont les pattes semblaient se mêler à la grisaille ambiante. La créature ouvrit trois yeux d’une couleur indescriptible, plongeant son regard droit dans celui d’Aziz. Celui-ci s'inclina avec révérence, tandis qu’une voix résonnait avec force dans sa tête.
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  69. "Merci pour ta visite, Aziz. Moi aussi, j’ai décidé de partir."
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  71. "Mais, maître Du'ībīca, vous n’étiez pas…prisonnier de la pierre ?"
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  73. "Aucunement. Je suis restée ici quelques siècles, car le royaume des ombres m’intéressait davantage. À présent, je me rends compte que certains esprits humains méritent d’être explorés eux aussi."
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  75. "C’est là que nous sommes ? Dans le royaume des ombres ?"
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  77. "Non, je t’ai amené dans l’interstice entre nos deux mondes, pour que nous puissions parler."
  78.  
  79. Aziz ne put s’empêcher de demander :
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  81. "Ai-je donc finalement pu incarner l’âme pure que vous désiriez ?"
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  83. "Ah, cela…Je crains qu’il n’y ait eu une légère erreur de traduction au fil des dernières centaines d’années. Mon souhait n’était pas de récompenser "une âme véritablement gentille", mais simplement un acte de gentillesse. Et j’ai dû attendre pour cela."
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  85. "Mais, l’entrepreneur…"
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  87. "Rendre aux victimes de l’époque les richesses que l’on a volées à leur atroce labeur, ce n’est pas un acte de gentillesse. Pas plus que de se forcer, pour l’accomplissement d’un seul homme, à faire quelque chose de contraire à sa nature", ajouta la créature en dévisageant Aziz.
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  89. "Je comprends."
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  91. "Toutefois, je suis maintenant satisfaite. Et ce n’est autre que Dhairya, ma fidèle servante depuis tant d’années, qui a fait preuve de la gentillesse que j’attendais de récompenser. À ton égard, bien entendu. Il semblerait que même les êtres de mon rang ne soient pas à l’abri d’une certaine ironie.
  92.  
  93. À présent, toute chose retrouve l’équilibre. Je vais me libérer de mon carcan de roche, et du même coup libérer mon interprète. Après m’avoir voué sa vie, elle en recevra une en cadeau. À toi, je donnerai la seconde de mes vies. Les autres, je les garderai avec moi, pour ce périple humain qui s’annonce passionnant."
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  95. Sur ces mots, Le Chat Entre Deux Mondes disparut en silence. Le ciel retrouva son aspect habituel aux yeux d’Aziz. Jetant un dernier regard dans le temple, il vit Dhairya qui lui souriait tranquillement. À côté d’elle, le mur du temple était nu, comme si la statue n’avait jamais existé. Alors, Aziz rentra chez lui. Il fit encore de bien belles choses jusqu’à sa mort, et plus encore dans la vie qui suivit. »
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  97. Tout en écoutant, Ivan oscillait d’un pied sur l’autre, un peu tiraillé. Manifestement, il avait apprécié le conte, mais rechignait à entendre ce qui allait suivre.
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  99. « Alors mon vieux, est-ce que tu as saisi les leçons subtilement cachées dans mon récit ? »
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  101. « C’était pas si subtil. Mais oui, c’est bon : la gentillesse, ce n'est pas se forcer à faire quelque chose contre notre nature. J’ai compris le message. »
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  103. « Bien. »
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  105. « Mais tu crois que je ne le sais pas ? Tu crois que je n’ai pas essayé de me le répéter ces derniers jours ? »
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  107. Sa voix se faisait tremblante.
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  109. « Rationnellement, je sais bien que ne pas vouloir d’enfant ne fait pas de moi une mauvaise personne. Mais si ce n’est pas de la méchanceté, pourquoi est-ce que j’ai autant l’impression d’avoir été puni ? On avait tout, on avait une si belle histoire, elle et moi… »
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  111. Sa tirade mourut en sanglots. Francis attendit que son ami évacue toutes ses larmes, une main sur son épaule.
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  113. « Aussi douloureux que ce soit, tu n’as pas été puni, Ivan. Il faut que tu te fasses à l’idée qu’Emma avait un bonheur à trouver ailleurs, et que toi aussi, tu en as un qui t’attend, plus loin sur la route. Si vraiment tu ne te crois pas une mauvaise personne, tu dois arrêter de te punir pour ce qui s’est passé. »
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  115. « Facile à dire, Fra’. Tu sais pas ce que c’est. »
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  117. « Indubitablement. En revanche, il y avait une deuxième leçon dans ma parabole, une qui t’a échappé. »
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  119. « Ah bon ? » répondit Ivan d’un ton morne.
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  121. « Pourquoi crois-tu que Le Chat Entre Deux Mondes ait donné une seconde vie au bon samaritain ? »
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  123. « Eh bien, il a passé sa vie à aider les autres. Il en mérite une deuxième, j’imagine. »
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  125. « Ah, mais ce n’était pas les termes du contrat. Il fallait un acte de gentillesse, devant la statue de Du'ībīca. Et c’est précisément ce qu’il a fait au moment de son départ. Décider de retrouver les siens, de se donner le répit qu’il ne s’était jamais accordé, c’était un acte de gentillesse envers lui-même. »
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  127. Ivan leva des yeux rougis vers son ami, mais ne répondit rien.
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  129. « La voilà, la deuxième leçon. Savoir être gentil avec soi-même est une vertu. »
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