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- La naissance du mythe de Cthulhu
- Dans la biographie de H.P Lovecraft, où l'on trouve beaucoup de romans et nouvelles horrifiques, si ce n'est uniquement cela, gît un mythe populaire et connu de l'imaginaire collectif, titre aussi prestigieux soit-il, du nom de Cthulhu. Aujourd'hui, même si Cthulhu est vu généralement comme un gigantesque monstre, un simple cousin de Godzilla venu embêter les humains tous les siècles ou deux, dans l'esprit et le livre de Lovecraft, il est et restera la modélisation de la peur, le dieu omniprésent d'un autre monde qui ne vit que pour la destruction, capable de rendre fou un homme par sa seule vision, et comme il le dit lui même « Il ne peut pas être décrit par des mots».
- Pour comprendre comment Lovecraft est parvenu à faire de Cthulhu un concept plus qu'une créature, il faut au moins jeter un œil curieux dans sa biographie. En effet, Lovecraft avait pour but, bien avant de commencer à écrire, de créer une cosmologie qui lui serait propre, un univers parallèle au nôtre peuplé de créatures des enfers, et dont Cthulhu n'est qu'un morceau. Ainsi naquirent les Dieux Premiers ou les Grands Anciens que Lovecraft se fait un plaisir de faire un terme récurent dans ses œuvres. De fait, ce que je pense être la plus grande force de l'Appel de Cthulhu est la cohérence de sa cosmologie maléfique, couplé à la santé mental du protagoniste, qui d'abord ne semble pas crédible, et qui va finir omniprésente et crédible, le tout dans une atmosphère malsaine grandissante. Les descriptions de Cthulhu sont également très vagues, car si on connaît le minimum requis à l'imaginer, jamais le monstre dans sa totalité n'est décrit concrètement, à la place des couleurs sont des adjectifs horrifiques, et à la place des formes sont de vaques descriptions, ce qui premièrement renforce l'idée que la créature est trop horrible pour être décrite, et deuxièmement permet au lecteur d'avoir sa propre vision de Cthulhu, ce qui en fait une notion de peur que chacun adapte à lui-même, et logiquement, à laquelle tout le monde peut s'identifier. Ce genre de description, en revanche, est un pari risqué là où un lecteur peut aussi ne pas croire en Cthulhu et se désintéresser, c'est pourquoi Lovecraft nous délivre une nouvelle à cheval entre rapport officiel et récit horrifique. En effet, on suit un protagoniste dont le nom m'échappe tant il est inutile, qui sera entraîné dans une suite de rapport sur des cauchemars qui le mèneront à enquêter sur Cthulhu. Ce personnage n'est qu'un prétexte auquel on raconte Cthulhu comme un mythe, dont on doute de l'existence. D'un côté, cela permet d'élargir un publique en alternant deux genres, mais d'un autre, le protagoniste n'est pas vraiment inclus dans le récit. Ce parti-pris a également pour effet de se poser des questions non seulement sur la santé mentale du héros, mais également de mettre le lecteur à sa place, afin de se questionner sur sa psychologie. Ce personnage est conscient de la condamnation de l'espèce humaine, il est le seul conscient de la force qui gît et cela amène une toute nouvelle dimension au récit, car le protagoniste étant le seul à connaître Cthulhu, ne peut en parler à personne à moins de créer une panique, ou même d'être considéré comme fou. Peut-être l'est-il, après tout. Qui pourrait bien admettre qu'il existe des forces si colossales que l'humanité ne peut pas la comprendre, et que cette force sera bientôt libérée ? Le choix de ne pas inclure directement un personnage façonné dans un tel récit nuit peut-être à la force horrifique du livre, mais ouvre des questions et des résonnements possibles que le lecteur doit se poser pour atteindre une vraie angoisse. L'appel de Cthulhu est une œuvre méritant largement succès, et succès il y a eu, car de nombreux auteurs vinrent poursuivre et compléter le mythe de Lovecraft, de par ses reprises d'August Derleth ou même sa liaison au Necromonicon. Ce livre sert de base, voire d'éducation à quiconque cherche à créer un univers fantastique horrifique et surtout cohérent.
- Ce n'est qu'après avoir pris la peine de comprendre la philosophie de Lovecraft et l'apocalypse qu'il a crée dans ce monde si similaire au nôtre qu'on peut comprendre le mythe qu'est Cthulhu, celui d'une entité bien plus colossale que l'humanité ne le sera jamais, que personne ne soupçonne et qu'on laisse torturer notre esprit, et après cela, peut-être que nous nous coucheront ce soir dans le noir, les yeux encore ouverts, avec l'incertitude de ce qu'il se trouve de l'autre côté de la fenêtre, et que nous laisseront le sommeil nous gagner en même temps que Celui qui cherche à nous détruire, Cthulhu.
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